Douleur chronique et cannabis médical: les preuves scientifiques font défaut

MONTRÉAL — On manque de preuves scientifiques de qualité pour conclure à l’efficacité du cannabis médical dans la lutte à la douleur chronique non cancéreuse, a-t-on prévenu lundi dans le cadre du 88e congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS).

Des études suggèrent toutefois qu’on devrait explorer le potentiel du cannabis médical pour réduire le recours aux opioïdes.

On a déploré l’enthousiasme «démesuré» qui est parfois constaté quant au rôle que pourrait jouer le cannabis médical pour combattre la douleur musculosquelettique chronique, tout en reconnaissant que l’arsenal médical dont on dispose pour le faire est limité.

Les deux phénomènes sont vraisemblablement reliés, a admis le modérateur de la conférence «Le cannabis médical contre la douleur chronique: derrière l’écran de fumée», le professeur Clermont Dionne, de la faculté de médecine de l’Université Laval.

«La douleur chronique reste un problème extrêmement important et l’arsenal thérapeutique est très limité», a-t-il dit.

De plus, on recommande souvent aux gens qui souffrent de douleur chronique d’améliorer leurs habitudes de vie, par exemple en faisant de l’exercice ou en cessant de fumer.

Le cannabis peut donc sembler une solution attrayante qui nécessitera un peu moins d’efforts.

«Le cannabis offre des opportunités de traitement passif qui semble intéressantes pour beaucoup de gens qui souffrent de douleur et qui ne trouvent pas de solution», a ajouté le professeur Dionne.

Différentes études scientifiques de qualité ont pourtant conclu au fil des ans qu’il est très improbable que le cannabis médical ou les cannabinoïdes soient efficaces contre la douleur chronique non cancéreuse.

Les lignes directrices canadiennes ne recommandent pas non plus que le cannabis médical soit utilisé comme traitement de première ligne, notamment parce que les effets indésirables peuvent être plus importants que les bienfaits et parce que l’innocuité à long terme reste incertaine.

Des études rappellent ainsi que le nombre de patients qui doivent prendre du cannabis avant qu’un avantage soit constaté est élevé, tandis que le nombre qui doit en prendre avant de voir des effets néfastes est faible.

Opioïdes

Une revue systémique publiée en 2020 concluait que «l’état des évidences du moment ne permet pas de promouvoir le cannabis médical comme une option qui permettrait de palier à l’utilisation des opioïdes dans le cadre du traitement de la douleur chronique non cancéreuse», a dit le professeur Arsène Zongo, de la faculté de pharmacie de l’Université Laval.

D’un autre côté, une étude a montré que l’ajout à leur traitement d’un extrait riche en CBD a aidé la moitié des participants à réduire ou à cesser leur consommation d’opioïdes. Cette étude ne quantifiait toutefois pas la réduction mesurée dans la consommation et ne proposait pas de comparaison avec un groupe témoin.

Une autre étude, celle-là menée en Alberta et elle aussi imparfaite, a montré que la consommation de cannabis pourrait mener à une réduction de la consommation d’opioïdes, mais l’effet constaté était mince.

«De façon globale, certaines études suggèrent qu’il y a un potentiel à aller explorer», a dit le professeur Zongo.

Cannabinoïdes et opioïdes agissent tous les deux sur les mécanismes biologiques de la douleur, et les cannabinoïdes interagissent avec le système opioïde, a-t-il rappelé. La synergie potentielle entre les deux a fait l’objet d’une vingtaine d’études.

Il y a toutefois encore beaucoup à faire avant de pouvoir affirmer ou infirmer que le cannabis pourrait être une alternative à l’utilisation des opioïdes ou représenter un traitement adjuvant permettant de réduire la progression vers la dépendance, a dit le professeur Zongo.

En 2019, le Centre canadien sur les dépendances et l’usage des substances attribuait huit décès par jour à l’utilisation illicite des opioïdes, ce qui en fait un problème important de santé et de sécurité publiques.

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