Douleur chronique et COVID-19: une étude du CHUM pour aider ceux qui en souffrent

MONTRÉAL — La qualité de vie des personnes souffrant de douleur chronique est précaire, et elles n’ont pas forcément accès à toutes les facettes de leurs traitements en ces temps de pandémie de COVID-19. 

Des chercheuses du Centre de recherche du CHUM lancent ainsi une étude pancanadienne pour voir comment leur vie et leur santé sont bouleversées — et les aider.

Même si cette maladie est méconnue, 20 pour cent des Canadiens souffrent de douleur chronique. Chez les 65 ans et plus, il s’agit même d’une personne sur trois.

La douleur chronique persistante est une maladie, pas juste un symptôme, lance d’entrée de jeu Manon Choinière, chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CR-CHUM) et professeure titulaire au Département d’anesthésiologie de l’Université de Montréal.

Et chez ceux qui en souffrent, la qualité de vie peut diminuer significativement, car elle est ponctuée de deuils: certains doivent cesser de travailler, d’autres sont contraints de limiter leurs activités sociales. Plusieurs développent en conséquence de l’anxiété et des problèmes de dépression.

C’est pourquoi la chercheuse s’inquiète des conséquences de la COVID-19 sur leur bien-être.

Car le traitement de cette maladie nécessite une approche multidisciplinaire, dit-elle. Bref, elle craint pour eux la «rupture dans le continuum de soins, car la douleur chronique ne se soigne pas uniquement avec des médicaments».

Or, il n’est pas possible actuellement pour ces personnes d’avoir des rendez-vous en physiothérapie, par exemple, et les gyms sont fermés. Leur condition peut se détériorer sans exercice physique, note Mme Choinière.

L’isolement causé par les mesures de distanciation sociale exacerbe leur isolement déjà existant, et la professeure craint pour leur santé mentale. Aussi, ces personnes souffrantes bénéficient normalement de l’aide de leurs proches, parce que la douleur les empêche de remplir tous leurs besoins au quotidien. Elles n’ont actuellement plus ce soutien.

Certains s’inquiètent aussi de la pénurie de médicaments, comme l’hydroxychloroquine, qui aide ceux affectés d’arthrite rhumatoïde, mais qui sert actuellement à soigner ceux atteints de la COVID-19.

Avec sa collègue du CR-CHUM Gabrielle Pagé et d’autres d’ailleurs, comme Anaïs Lacasse, chercheuse et professeure en sciences de la santé à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue(UQAT), Mme Choinière a lancé une étude qui prend la forme d’un questionnaire bilingue en ligne. Les personnes souffrant de douleur chronique pourront fournir des informations utiles sur leur expérience actuelle de la douleur, leurs traitements, leur bien-être émotionnel ou encore leur qualité de vie.

Dans cette optique, les scientifiques recherchent de 2000 à 3000 adultes aux prises avec des douleurs chroniques depuis plus de trois mois. Déjà plus de 1000 patients ont répondu, souligne Mme Choinière.

Il leur sera aussi demandé s’ils acceptent de participer à des entrevues individuelles, plus en profondeur. Un suivi sera également fait trois mois après la fin de la pandémie.

«Si on connaît mieux leurs besoins, on va être en mesure de leur donner des ressources additionnelles, de meilleurs traitements, améliorer leur vie et aussi leur autogestion», durant et au-delà de l’actuelle pandémie, dit Mme Choinière.

Elle s’attend à avoir des résultats dès l’été, et espère les présenter — ainsi que des recommandations pour les soins — lors d’une conférence à l’automne.

Le questionnaire est accessible ici: https://fr.surveymonkey.com/r/covid19-douleur