Drogues par injection: une hausse de 30% des consommateurs au Canada selon une étude

MONTRÉAL — Alors que la crise des opioïdes sévit, des chercheurs du Centre de recherche du CHUM ont dressé le portrait des consommateurs de drogues illicites par injection au Canada et calculé qu’ils auraient augmenté de 30 pour cent en cinq ans. Ils souhaitent que ces données aident les décideurs à déterminer où offrir de l’aide et où allouer les ressources.

Dans cette étude, on peut lire qu’au pays, 172 000 personnes se sont injecté des drogues à des fins non médicales (ou dans un contexte non médical) en 2016, en hausse par rapport à quelque 130 000 personnes en 2011.

Au Québec, ce fut environ 15 000 personnes en 2016 par rapport à 11 300 en 2011. 

C’est la première fois que le nombre de ceux qui s’injectent des opioïdes et des stimulants — comme la cocaïne et la méthamphétamine — est estimé par province et par territoire. Auparavant, des données globales pour le pays étaient disponibles, ainsi que pour certaines grandes villes comme Montréal et Toronto. 

Les chercheurs ont aussi voulu voir si ces gens recevaient de l’aide.

Ils ont ainsi estimé l’offre de traitements au pays et calculé dans quelles provinces le plus grand nombre de seringues avaient été distribuées et combien de personnes y ont reçu un traitement agoniste pour traiter leurs dépendances aux opioïdes — le plus souvent la méthadone ou la buprénorphine naloxone.

«C’est plus précis que ce qui avait été fait auparavant», a commenté en entrevue Brendan Jacka, l’auteur principal de l’étude, un chercheur en épidémiologie et en maladies infectieuses qui a effectué un stage postdoctoral dans le laboratoire de la Dre Julie Bruneau, aussi chercheure au CRCHUM

D’avoir des données plus précises aidera les autorités de santé publique à allouer les ressources financières aux bons endroits et à offrir les traitements requis, espèrent les chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM).

Cela pourrait ainsi aider à prévenir la transmission du VIH et du virus de l’hépatite C (VHC), et à réduire les dépendances aux opioïdes: pour la seule année 2017, il y a eu plus de 4000 décès liés à des surdoses d’opioïdes au Canada.

L’étude a été publiée par le American Journal of Public Health.

Des données plus précises

Les résultats ont été obtenus en se servant d’un modèle mathématique, utilisant notamment des données du réseau SurvUDI, qui effectue une surveillance des infections par le VIH et par le VHC parmi les utilisateurs de drogues par injection au Québec et à Ottawa.

Pour réduire la mortalité et la morbidité associées à l’injection de drogues, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) suggère que les pays distribuent en moyenne 200 seringues stériles par année par personne consommant de la drogue de cette façon et offrent un traitement par agonistes à au moins 40 personnes par groupe de 100 consommateurs.

Dans l’ensemble, le Canada a atteint les objectifs fixés par l’OMS, concluent les chercheurs.

Car selon leurs calculs, en 2016, pour 100 Canadiens consommant de la drogue par injection, 66 personnes ont reçu des traitements agonistes et 291 seringues stériles ont été distribuées à chaque consommateur — deux données qui ont augmenté pendant la période sous étude.

Toutefois, ces résultats sont inégaux à travers le pays, explique M. Jacka.

En 2016, l’Alberta et la Saskatchewan ont fourni plus de 700 seringues par personne consommant de la drogue par injection, contre moins de 200 au Québec, au Yukon et à Terre-Neuve-et-Labrador, soit en bas des recommandations de l’OMS.

Quant à l’offre de méthadone ou de buprénorphine naloxone, l’Alberta et l’Île-du-Prince-Édouard l’emportent haut la main. Le Manitoba se trouve en bas de la liste.

Selon les chercheurs, une meilleure évaluation du nombre d’individus potentiellement à risque était nécessaire depuis longtemps, afin de permettre aux provinces et territoires de répondre de manière appropriée à l’épidémie de surdose due aux opioïdes, à la consommation de méthamphétamine et cocaïne par injection, et aux virus transmissibles par le sang à travers le pays. «Cela encouragera aussi les autorités à colliger plus de données et d’offrir plus de services pour améliorer la vie des gens», a ajouté le chercheur.

Car c’est souvent au niveau local que les traitements et la prévention peuvent être livrés plus rapidement que dans le cadre de vastes stratégies nationales, peut-on lire dans l’étude.

Toutes les données seront remises aux décideurs politiques, partout au pays, promet M. Jacka.

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