École hassidique: la plaignante avait peur de dénoncer son ancienne communauté

MONTRÉAL — Une ex-juive hassidique qui demande un jugement déclaratoire contre le gouvernement du Québec pour ne pas lui avoir assuré une éducation adéquate, a déclaré lors d’un procès à Montréal qu’elle était terrifiée de dénoncer son ancienne communauté, mais qu’elle s’est manifestée parce qu’elle veut aider les enfants des prochaines générations.

Clara Wasserstein, une ancienne membre de la communauté ultra-orthodoxe Tash au nord de Montréal, a déclaré mercredi qu’elle avait décidé d’intenter une action en justice après avoir vu comment son fils aîné s’est épanoui lorsqu’il a finalement été placé dans une école publique, avec accès à des cours comme l’éducation physique.

«Nous avions nos enfants à l’école ordinaire où ils avaient toutes ces bonnes choses et je les ai vus s’épanouir», a-t-elle expliqué au juge de la Cour supérieure, Martin Castonguay.

«Je me suis dit que c’était égoïste de penser, « mes enfants sont biens », alors que tant d’autres souffrent.»

Elle a déclaré qu’à l’âge de 13 ans, elle avait été dispensée des cours de langue et de mathématiques, car on estimait qu’elle avait déjà suffisamment de connaissances séculières.

Mme Wasserstein et Yochonon Lowen demandent à la Cour supérieure un jugement déclaratoire contre le gouvernement du Québec, qu’ils accusent de ne pas avoir su leur assurer une éducation adéquate, comme l’exige la loi.

Le couple, qui a quitté la communauté ultra-orthodoxe Tash en 2010, soutient qu’il n’a reçu pratiquement aucune instruction laïque alors qu’il fréquentait l’école religieuse privée dirigée par cette communauté hassidique à Boisbriand, au nord de Montréal, dans les années 1980 et au début des années 1990.

Témoignant mercredi au procès, Mme Wasserstein a déclaré que l’éducation des filles dans la communauté avait pour objectif de les préparer à devenir des épouses et à élever des enfants juifs. Elle a raconté que les filles des écoles privées de la communauté recevaient un mélange d’éducation laïque et d’éducation religieuse, en yiddish, tandis que les garçons passaient plus de temps à étudier les textes sacrés de la religion juive.

Mais à partir de l’âge de 13 ans, la jeune Clara Wasserstein a été autorisée à sauter la partie laïque de la journée pour aider sa mère.

Elle a raconté au tribunal qu’elle avait environ 17 ans lorsqu’il a été convenu qu’elle épouserait Yochonon Lowen, et elle n’a jamais obtenu de diplôme d’études secondaires reconnu par le gouvernement du Québec.

Le témoignage émotif de Mme Wasserstein a offert un rare regard sur la communauté Tash, qui a déménagé à Boisbriand dans les années 1960 et compte maintenant quelque 3000 personnes.

Elle a décrit son éducation comme stricte, dans un cadre où les règles étaient appliquées avec des menaces de punition et les contacts avec le monde extérieur étaient fortement désapprouvés.

Les visites dans les bibliothèques étaient interdites, il fallait obéir sans poser de questions aux dirigeants communautaires et les châtiments corporels étaient courants, a-t-elle soutenu.

Elle a dit que son intention n’était pas de nuire à son ancienne communauté, mais plutôt de s’assurer que tous les jeunes aient accès au genre d’éducation qu’elle a dit n’avoir jamais eu.

«Ce n’est pas pour fâcher les gens, c’est pour amener des changements», a-t-elle fait valoir.

Le procès devrait se prolonger jusqu’à la semaine prochaine.

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