Écrasement du vol PS752: «La douleur est encore fraîche», selon un proche de victimes

MONTRÉAL — Un an après l’écrasement du vol PS752 d’Ukraine International Airlines, «la douleur est encore fraîche», témoigne un proche de deux des 55 Canadiens qui font partie des victimes du tragique accident d’avion survenu près de Téhéran.

«Ces jours-ci, c’est comme un jour après l’écrasement», a raconté en entrevue téléphonique le Montréalais Armin Morattab, qui a perdu son frère, Arvin et sa belle-soeur, Aida Farzaneh, dans le drame.

Arvin et Aida, tous deux établis à Montréal, avaient un bel avenir devant eux, a relaté M. Morattab. Le couple, qui étudiait au doctorat à l’École de technologie supérieure (ETS), voulait acheter une maison et avoir des enfants. 

Les jeunes amoureux étaient allés passer deux semaines en Iran pour voir des amis et de la famille. Avant l’accident, M. Morattab dit qu’il s’inquiétait pour eux, car les tensions entre l’Iran et les États-Unis avaient montré d’un cran quelques jours plus tôt, lorsque les Américains avaient assassiné un général iranien de premier plan, Qassem Soleimani.

«Mon frère Arash et moi, on les a appelés plusieurs fois pour leur dire de prendre soin d’eux, que ce n’était pas une bonne situation, qu’il pourrait y avoir une attaque… Malheureusement, cela est arrivé», a-t-il soutenu.

La mort du couple a été très difficile pour la famille, a souligné Armin Morattab.

«Chaque jour nous nous souvenons, partout où nous allons, nous nous rappelons de ces souvenirs que nous avons eus ensemble», a-t-il affirmé.

Sentiment de culpabilité

Comme M. Morattab, la douleur de Mahmoud Zibaie demeure bien vive après un an. La journée du drame, l’homme de Toronto suivait le vol en ligne. Il a même pris une vidéo de la technologie de suivi pour la montrer plus tard à sa fille de 15 ans, Maya, qui était dans l’avion avec sa femme, Shahrzad Hashemi.

Quelques minutes après le décollage, il est parti préparer du thé. Au moment où il est revenu à son ordinateur, l’avion avait disparu de l’écran. Il a rapidement vu des articles sur l’écrasement sur les réseaux sociaux.

En plus du deuil qu’il a dû faire, M. Zibaie doit faire face à un sentiment de culpabilité, car il devait lui aussi être dans l’avion avec sa famille. Il était rentré quelques jours plus tôt puisqu’il s’inquiétait de prendre trop de jours de congé dans son nouvel emploi.

«C’est encore très, très, très dur, la blessure est fraîche. Et je crois qu’il faudra beaucoup de temps pour guérir», a-t-il relaté.

Après le drame, il est d’ailleurs déménagé de Toronto à Ottawa, car il ne se sentait pas capable de rester là-bas.

Tristesse mélangée de colère

Si Armin Morattab dit ressentir beaucoup de douleur face à ce qui s’est passé il y a un an, il éprouve aussi beaucoup de colère contre l’Iran, qui est un «criminel» dans cette affaire, a-t-il insisté.

«Nous parlons d’un crime, parce que c’est un crime. C’est l’assassinat de 176 belles âmes», a-t-il expliqué.

L’Iran a admis avoir abattu par erreur le Boeing, mais la cause exacte de l’accident n’est pas encore établie. En vertu des règles de l’aviation civile internationale, c’est l’Iran qui mène l’enquête, puisque l’écrasement a eu lieu sur son territoire.

Selon M. Morattab, il s’agit d’un non-sens. «C’est un conflit d’intérêts, quelqu’un qui a fait un crime ne peut pas enquêter sur son propre crime», a-t-il plaidé.

Il trouve d’ailleurs «insultant» que l’Iran ait tenté d’offrir 150 000 $ US aux familles des victimes. «Qu’est-ce que ça signifie? On ne fait pas d’enquête, on vous paie et on s’attend à ce que vous restiez silencieux et le dossier est clos», a-t-il tranché.

M. Morattab exhorte le Canada à faire pression sur l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) pour qu’elle condamne davantage le comportement de l’Iran dans ce dossier.

Il reconnaît toutefois que le gouvernement du Canada en a fait beaucoup pour soutenir les familles des victimes depuis la tragédie. «Ils nous ont beaucoup soutenu dès le jour un», a-t-il indiqué, mentionnant entre autres le fait que le Canada ait instauré le 8 janvier comme Journée nationale de commémoration des victimes de catastrophes aériennes.

Retrouver des biens

Quant à Mahmoud Zibaie, il espère un jour pouvoir récupérer les effets personnels de sa femme et sa fille.

Jusqu’à présent, il a pu recevoir le passeport brûlé de sa fille et certaines des cartes bancaires de sa femme.

«C’est tout ce que j’ai récupéré, a-t-il déclaré. Ça fait mal.»

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