Éduc’alcool s’adresse aux gouvernements à propos des boissons sucre/alcool

MONTRÉAL — L’organisme Éduc’alcool dénonce les gouvernements du Canada et du Québec qui, selon lui, n’ont rien fait pour encadrer davantage les boissons alcoolisées sucrées, qui pourraient être liées à la mort d’une adolescente de Laval.

Le directeur général Hubert Sacy dit ne pas avoir été impressionné par la réaction des élus fédéraux et provinciaux après le décès d’Athena Gervais, âgée de 14 ans, qui pourrait avoir consommé ce type de produits.

M. Sacy dit avoir été alarmé dès l’automne dernier, lorsque des urgentologues et des techniciens ambulanciers ont fait état de plusieurs hospitalisations d’adolescents qui auraient consommé des boissons similaires.

«Il y a eu une morte. Est-ce qu’on peut au moins commencer par faire quelque chose?», a laissé tomber M. Sacy au bout du fil.

«Le gouvernement fédéral a des responsabilités, il a des pouvoirs. Et le gouvernement du Québec a des champs de juridiction et a des pouvoirs», a-t-il ajouté, déplorant que les deux niveaux de gouvernement se soient montrés du doigt dans les jours suivant le drame.

Athena Gervais a été trouvée morte derrière l’école secondaire de Laval qu’elle fréquentait. Selon le quotidien «La Presse», elle et ses amis avaient bu auparavant une boisson appelée FCKD UP, un breuvage alcoolisé et sucré qui a une teneur en alcool de 11,9 pour cent — ce qui équivaut à quatre consommations alcoolisées.

Les policiers attendent toujours le rapport toxicologique du coroner.

Éduc’alcool croit qu’il serait préférable que le gouvernement du Canada interdise la vente de boissons alcoolisées, sucrées et prémélangées, sinon, de limiter leur format. Il espère aussi une législation sur l’étiquetage afin de minimiser l’attrait pour les personnes d’âge mineur et pour les consommateurs vulnérables.

«Ce que nous demandons au gouvernement fédéral, c’est idéalement d’interdire la vente, la mise en marché de boissons qui camouflent le goût et l’effet de l’alcool», a indiqué M. Sacy.

«Si jamais il ne pouvait pas faire ça, à tout le moins, ces produits-là ne devraient être vendus que dans des contenants qui contiennent un seul verre d’alcool, de manière à ce que si tu veux boire quatre verres, il faut que t’achètes quatre contenants.»

Le Groupe Geloso, le producteur montréalais de FCKD UP, a annoncé la semaine dernière qu’il cessait la production de la boisson. Dans un communiqué, il déclarait qu’il avait présenté ce produit pour faire compétition à la boisson Four Loko — une boisson similaire qui était vendue à l’époque au Québec.

Four Loko avait été retiré des tablettes, car il ne respectait pas les lois québécoises, mais l’entreprise américaine a annoncé la semaine dernière qu’elle suspendait la remise en marché du produit.

Cependant, des boissons similaires sont toujours accessibles dans les dépanneurs.

La semaine dernière, Santé Canada a réitéré les risques associés à la consommation de boissons «à forte teneur en alcool offertes en format individuel de grande taille».

Le ministère a encouragé les parents à parler à leurs adolescents de consommation d’alcool, ajoutant qu’il réévaluait en ce moment ces produits avec le gouvernement du Québec et l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

«Bon nombre de produits alcoolisés vendus en format individuel sont très aromatisés et très sucrés, ce qui pourrait empêcher les consommateurs de se rendre compte de la quantité d’alcool qu’ils consomment véritablement», est-il écrit dans le communiqué de Santé Canada.

La marraine de l’adolescente décédée a lancé une pétition pour interdire la vente dans les dépanneurs de boissons ayant une teneur en alcool supérieure à 6,5 pour cent.

Selon Émilie Dansereau-Trahan, de l’Association pour la santé publique du Québec, les produits ne devraient pas être vendus à côté des bières.

«Je ne suis pas certaine que les gens savent qu’ils boivent l’équivalent de quatre portions d’alcool dans une boisson», a-t-elle déclaré.

Éduc’alcool demande par ailleurs au gouvernement du Québec d’intervenir par législation sur le prix minimum de ces produits qui sont trop facilement accessibles. Il suggère aussi qu’une législation exige que les produits prémélangés dans lesquels l’alcool n’a pas le goût de l’alcool ne soient vendus qu’à la Société des alcools du Québec (SAQ).

La publicité et la promotion de ces produits devraient aussi être encadrées plus sérieusement par les autorités, selon Éduc’alcool.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie