Éducation: deux ex-juifs hassidiques sont déboutés en Cour

MONTRÉAL — Deux ex-juifs hassidiques ont subi un revers en Cour supérieure du Québec dans leur poursuite contre le gouvernement du Québec pour ne pas avoir veillé à ce qu’ils reçoivent l’éducation à laquelle ils avaient droit.

Le juge Martin Castonguay a refusé de rendre un jugement déclaratoire contre le gouvernement du Québec et plusieurs écoles hassidiques ultra-orthodoxes.

Yochonon Lowen et Clara Wasserstein, aujourd’hui adultes, avaient affirmé au tribunal n’avoir reçu pratiquement aucune éducation laïque alors qu’ils fréquentaient des écoles religieuses privées gérées par la communauté ultra-orthodoxe Tash à Boisbriand, au nord de Montréal, dans les années 1980 et au début des années 1990.

Le couple marié alléguait que les écoles privées juives qu’ils fréquentaient ne les avaient pas préparés à vivre en dehors de la communauté, ce qui avait compliqué grandement leur recherche d’un emploi à la suite de leur retrait il y a plus de 10 ans.

Le couple ne réclamait pas de dommages et intérêts, mais plutôt un jugement qui aurait déclaré que le gouvernement et plusieurs écoles hassidiques avaient violé les lois provinciales sur l’éducation, dans l’espoir de garantir une éducation conforme pour les autres enfants dans l’avenir.

Au cours du procès en février, M. Lowen a déclaré qu’il n’avait jamais entendu parler de la science et qu’il ne pouvait ni écrire ni lire en anglais ou en français après avoir obtenu son diplôme, le laissant ainsi dépourvu des connaissances de base pour vivre en société.

Son éducation consistait en de longues heures à étudier des textes religieux en hébreu et en yiddish, ce qui laissait peu de temps pour d’autres études, selon ce qu’il avait déclaré.

Mme Wasserstein, pour sa part, avait témoigné que les filles de la communauté recevaient une éducation qui était davantage laïque que celle des garçons, mais qu’elle avait été dispensée de telles études à 13 ans parce qu’on jugeait qu’elle en savait déjà assez pour communiquer avec des étrangers.

Dans une décision publiée jeudi, le juge Castonguay a exprimé sa sympathie envers l’homme et la femme pour ce qu’ils ont enduré avant et après leur départ de la communauté de Tash en 2007.

Mais il a conclu que les problèmes avec les écoles avaient été réglés par une réglementation plus stricte ainsi que par des arrangements avec les commissions scolaires qui permettaient aux enfants ultra-orthodoxes de s’inscrire comme écoliers à la maison. Il a aussi conclu que le gouvernement du Québec avait agi conformément aux lois à l’époque.

Le juge Castonguay a noté que de nouvelles lois promulguées en 2017 avaient donné à l’État plus de pouvoirs pour agir contre les écoles illégales ou dans les cas où l’éducation d’un enfant est négligée.

Le juge a écrit que l’État s’était donné les moyens pour que les difficultés qui existaient auparavant ne soient plus.

Il a également écrit qu’un accord permettant aux membres des communautés juives ultra-orthodoxes de la province d’enregistrer leurs enfants comme élèves à domicile sous la supervision des districts scolaires locaux était un succès.

Au cours du procès, un ancien employé du ministère de l’Éducation du Québec a témoigné que le gouvernement savait depuis des décennies que les garçons fréquentant les écoles religieuses de la communauté ultra-orthodoxe n’étaient pas éduqués selon les normes provinciales. Cependant, le témoin a déclaré que la législation en vigueur à l’époque donnait à la province des pouvoirs d’enquête limités.

Dans son jugement, Martin Castonguay  a affirmé que le ministère de l’Éducation avait agi conformément aux lois en vigueur à l’époque.

Il a noté que les jugements déclaratoires doivent être utilisés pour résoudre des problèmes qui sont «réels et actuels» et ne doivent pas être utilisés pour se mêler de controverses politiques.

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