Élections sénatoriales en Géorgie: un gain démocrate, l’autre course reste serrée

WASHINGTON — Le candidat du Parti démocrate Raphael Warnock a remporté l’un des deux sièges de l’État américain de la Georgie aux élections sénatoriales tenues mardi. 

M. Warnock devient donc le premier sénateur noir de l’histoire de cet État du sud-est des États-Unis. Il a défait la candidate du Parti républicain, la sénatrice sortante Kelly Loeffler.   

L’attention se tourne maintenant vers la lutte pour l’autre siège de la Georgie au Sénat qui oppose David Perdue, du Parti républicain, et Jon Ossoff, du Parti démocrate. Si ce dernier l’emporte, les démocrates du président élu Joe Biden pourront prendre le contrôle du Congrès.

Le vote par anticipation dans l’État a brisé les records précédents, en grande partie en raison de la pandémie de COVID-19 qui a réduit l’appétit du public pour voter en personne et à l’engouement sans précédent qui marque la politique américaine à l’ère de Donald Trump.

Ces votes ont été comptés en premier, et comme le vote par anticipation a tendance à favoriser les démocrates, Jon Ossoff et le révérend Raphael Warnock ont brièvement eu une avance importante sur leurs rivaux républicains sortants, David Perdue et Kelly Loeffler.

Mais au fur et à mesure que la soirée avançait, ces marges ont disparu.

Ce n’est que lorsque le comté de DeKalb, qui fait partie des bastions démocrates riches en voix autour d’Atlanta, a finalement annoncé la majeure partie de ses votes que Raphael Warnock a légèrement dépassé Kelly Loeffler et Jon Ossoff a réduit l’avance de David Perdue à moins de 500 voix.

Le scénario a fait écho au drame présidentiel de novembre, provoquant un autre tweet conspirateur mardi soir de la part de Donald Trump, qui a continué à affirmer sans fondement que son deuxième mandat avait été volé.

«On dirait qu’ils sont en train de mettre en place une grande « décharge électorale » contre les candidats républicains», a écrit le président. «En attendant de voir de combien de votes ils ont besoin?»

Près de 3,1 millions de personnes avaient voté par anticipation lors du second tour de deux élections sénatoriales, mardi, soit environ 40 % des électeurs inscrits de l’État.

Mercredi, le Congrès se réunira pour certifier la victoire de Joe Biden en tant que président élu.

Une seule victoire républicaine priverait les démocrates de l’important contrôle du pouvoir législatif, qui ouvrirait la voie au programme du président élu Joe Biden.

Mais la Géorgie, naguère un bastion républicain fiable, n’est plus le même endroit qu’il y a une génération, a souligné Charles Bullock, professeur de sciences politiques à l’Université de Géorgie à Athens.

«En grandissant ici, en Géorgie, vous n’auriez pas trouvé de restaurant mexicain, vous n’auriez pas trouvé de restaurant chinois nulle part dans l’État. Ce sont deux groupes qui se sont énormément développés», a indiqué M. Bullock.

«La population noire en Géorgie a également augmenté progressivement. Et ce qui se passe encore plus récemment, c’est qu’il y a eu une augmentation du nombre de chacun de ces groupes minoritaires qui s’inscrivent et votent.»

Bien que ce soit par moins de 12 000 voix, Joe Biden a remporté l’État lors du vote présidentiel de novembre. Il est le premier candidat démocrate à y arriver depuis Bill Clinton en 1992 et l’ancien gouverneur de l’État Jimmy Carter en 1980.

Les esprits s’échauffent à Washington

Dans la capitale nationale, les tensions montent alors que des partisans de Donald Trump se préparent à protester contre les résultats de l’élection présidentielle de novembre.

Ils prévoient d’inonder les rues mercredi alors que les législateurs américains se réuniront pour certifier ces résultats — un processus auquel un certain nombre de membres républicains du Congrès se sont déjà engagés à s’opposer.

Des clips vidéo sur Twitter montraient, mardi soir, des groupes de manifestants non loin de la Maison-Blanche, se heurtant à des policiers qui les aspergeaient de poivre alors qu’ils tentaient d’empêcher le groupe de s’aventurer dans le secteur de la ville connu sous le nom de Black Lives Matter Plaza.

Une solide performance démocrate en Géorgie pourrait faire monter la température sur l’atmosphère politique surchauffée à Washington.

M. Ossoff, âgé de 33 ans, un ancien employé du Congrès devenu gestionnaire de médias et journaliste d’enquête, a passé les sept dernières années en tant que dirigeant d’Insight TWI, une société de films documentaires du Royaume-Uni.

Il est dans une bataille féroce contre M. Perdue, le républicain sortant dont le cousin germain Sonny est un ancien gouverneur de la Géorgie, devenu secrétaire à l’Agriculture de Donald Trump.

David Perdue, un fervent partisan de M. Trump, a été évincé de la campagne électorale la semaine dernière puisqu’il a dû s’isoler après avoir été exposé à la COVID-19.

«Cela pourrait être votre dernière chance de sauver l’Amérique que nous aimons. C’est pourquoi je suis ici», a déclaré le président Trump lundi lors d’un rassemblement en Géorgie.

«L’extrême gauche veut détruire notre pays, démolir notre histoire et effacer tout ce qui nous tient à cœur. Cela pourrait être le vote le plus important que vous n’aurez jamais exprimé pour le reste de votre vie.»

Warnock, la cible des républicains

Les deux républicains ont passé la campagne à concentrer leurs attaques contre M. Warnock, le prédicateur baptiste.

En tant que défenseur franc des valeurs progressistes comme l’accès à l’avortement, les droits des homosexuels, le mouvement Black Lives Matter et en dénonçant le privilège des Blancs, le révérend a été une cible logique pour les républicains, qui espèrent le dépeindre comme le porte-étendard de la «gauche radicale».

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