Élimination des centrales au charbon: une alliance sans la Chine et l’Inde

OTTAWA — Les plus grands pollueurs de la planète n’en font pas partie, mais la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, espère convaincre certaines de leurs villes de se joindre à sa nouvelle initiative pour éliminer la production d’électricité au charbon.

Cette nouvelle alliance mondiale a été lancée par Mme McKenna et son homologue britannique, Claire Perry, jeudi, dans le cadre de la Conférence des Nations unies sur le climat (COP23) qui se déroule à Bonn en Allemagne.

Vingt-sept pays, états, provinces et villes se sont engagés à éliminer progressivement les centrales électriques alimentées au charbon et à soutenir la production d’énergie propre grâce à leurs politiques et à des investissements.

Le charbon, une source d’énergie polluante, est responsable de plus de 40 pour cent des émissions mondiales de dioxyde de carbone.

Parmi les membres de l’alliance, se trouvent une dizaine de pays européens comme la France, l’Italie et le Portugal, mais pas l’Allemagne, pays hôte de la COP23.

Pour l’instant, l’alliance réunit les économies qui avaient déjà l’intention de se débarrasser de leurs centrales au charbon.

Seulement deux États américains issus de la U.S. Climate Alliance, soit ceux de Washington et de l’Oregon, se sont joints à cette campagne.

La Chine et l’Inde, qui comptent parmi les plus grands consommateurs de charbon sur la planète, n’en font pas partie non plus. La ministre McKenna estime toutefois pouvoir convaincre les villes de Beijing et de Delhi de joindre l’alliance parce qu’elles ont déjà entamé une transition vers les énergies propres.

«On n’a qu’à regarder les images de Beijing et de Delhi et d’autres villes partout dans le monde pour comprendre l’importance d’éliminer progressivement l’usage du charbon», a affirmé la ministre à Bonn lors d’une téléconférence avec les médias.

«Ce n’est pas uniquement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais c’est aussi pour la santé. Près d’un million de personnes meurent chaque année de la pollution causée par le charbon.»

Catherine McKenna a l’intention d’aborder la question avec son homologue chinois lors de son prochain voyage en Chine prévu en décembre.

L’initiative du Canada et du Royaume-Uni est saluée par Greenpeace qui, par voie de communiqué, enjoint les membres de cette nouvelle alliance à maintenir la pression sur les pays qui n’en font pas encore partie et à dénoncer ceux, comme les États-Unis, qui proposent «de fausses solutions comme la récupération des émissions de CO2».

L’administration Trump, qui a abandonné l’accord de Paris sur le climat, avait organisé un événement lundi à Bonn pour vanter les mérites du charbon et des technologies pour le rendre plus propre.

Les ministres McKenna et Parry se sont donné pour objectif de rallier 50 pays d’ici un an. Mme McKenna promet d’annoncer d’autres partenaires lors d’une réunion en décembre à Paris pour souligner les deux ans de l’accord de Paris sur le climat.

Trois provinces sur dix

Au Canada, le Québec, l’Ontario, la Colombie-Britannique et la ville de Vancouver ont joint l’alliance, mais pas les provinces de l’Alberta, la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick qui dépendent du charbon pour produire leur électricité.

Le Canada s’est donné jusqu’en 2030 pour le remplacer par des énergies vertes.

«On a travaillé beaucoup avec les quatre provinces qui utilisent le charbon pour pouvoir l’éliminer d’ici 20 ans», a dit Mme McKenna en rappelant que son gouvernement a alloué 2 milliards $ pour le développement de technologies propres.

Les syndicats, qui craignaient des pertes d’emplois dans l’industrie du charbon au pays, se sont dits rassurés après l’annonce.

«Les syndicats s’engagent à collaborer avec les gouvernements du Canada et de l’Alberta pour atteindre les objectifs internationaux de lutte contre les changements climatiques pris par le Canada en s’assurant que personne ne soit laissé pour compte», a réagi le président du Congrès du travail du Canada, Hassan Yussuff.

La ministre McKenna a promis de lancer un groupe de travail en 2018 pour aider les travailleurs touchés. Elle a également indiqué que le gouvernement appuierait le plan de transition de l’Alberta pour les travailleurs du charbon en assouplissant les critères de l’assurance-emploi.

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