Emily Murphy, la femme qui bloque la transition

WASHINGTON — La patronne d’une obscure agence fédérale américaine qui bloque la transition présidentielle avait été prévenue bien avant le jour du scrutin de ce qui l’attendait.

Avant le 3 novembre, Emily Murphy, qui dirige la General Services Administration (GSA), a discuté sur Zoom avec Dave Barram, l’homme qui était assis dans sa chaise vingt ans plus tôt.

La conversation avait été organisée par des amis communs. Cela a permis à l’homme de 77 ans de partager avec Mme Murphy ce qu’il a vécu en 2000, quand la course présidentielle entre George W. Bush et Al Gore a ultimement été décidée par une poignée de votes floridiens.

«Je lui ai dit, ‘je vous regarde et je sais que vous voulez faire ce qui est bien’, a déclaré M. Barram, qui a refusé de dévoiler ce que Mme Murphy lui a dit. Je vais vous dire ce que ma mère me disait: ‘Si vous faites la bonne chose, alors vous devrez simplement vivre avec les conséquences de votre choix’.»

Il y a maintenant dix jours que Joe Biden a franchi le seuil des 270 grands électeurs nécessaires pour battre le président Donald Trump et décrocher la présidence. Mais contrairement à 2000, quand l’identité du vainqueur était réellement en doute, cette fois on sait que M. Biden l’a remporté, même si M. Trump refuse de l’admettre.

Mais Mme Murphy n’a pas encore reconnu la victoire de M. Biden, paralysant la transition officielle des pouvoirs. Quand elle confirmera la victoire de M. Biden, cela débloquera des fonds pour la transition et permettra à l’équipe Biden de commencer à installer son personnel de transition dans les agences fédérales.

L’administration Trump refuse aussi que M. Biden ait accès à des renseignements confidentiels tant que sa victoire n’aura pas été certifiée par la GSA.

Mme Murphy a refusé d’être interviewée pour cet article. À la télévision et en ligne, elle est vilipendée par la gauche qui lui reproche d’interférer avec le transfert démocratique du pouvoir. Des partisans de M. Trump prétendent plutôt qu’elle fait son devoir en appuyant le président républicain, qui multiplie les poursuites en justice pour contester l’issue d’une élection qu’il décrit — sans preuve — comme frauduleuse.

La femme de 47 ans dirige une agence de 12 000 employés dont la mission est de gérer le portefeuille immobilier du gouvernement et d’agir comme gestionnaire de sa chaîne d’approvisionnement. Mais avant la semaine dernière, pratiquement personne ne savait qui elle était.

Cette avocate diplômée de l’Université de la Virginie se spécialise depuis 20 ans dans l’approvisionnement gouvernemental. Ses connexions partisanes lui ont finalement permis d’obtenir un poste tout aussi obscur que puissant.

«Je ne suis pas ici pour faire la une ou me faire connaître, avait dit Mme Murphy en octobre 2017, lors de son audience de confirmation devant le Sénat. Mon but est de faire ma part pour que le gouvernement fédéral soit plus efficace et plus sensible aux besoins du peuple américain.»

Mme Murphy a été impliquée dans sa part de querelles au cours de sa carrière gouvernementale.

Alors qu’elle était membre de l’administration de George W. Bush, par exemple, elle a eu maille à partir avec Lurita Doan, qui était alors la patronne de la GSA. Mme Murphy était à ce moment directrice des acquisitions pour la GSA.

À un certain moment, Mme Doan a demandé comment la GSA pourrait aider «nos candidats (républicains)» à gagner. Mme Murphy a quitté l’agence peu de temps après et elle a rapporté cet incident à un procureur spécial.

La directrice du groupe sans but lucratif Project on Government Oversight, Danielle Brian, a dit que cet épisode lui avait donné espoir que Mme Murphy saurait résister à la pression de M. Trump une fois à la tête de la GSA.

«Elle était essentiellement une dénonciatrice, a dit Mme Brian. Je pensais vraiment qu’elle avait le potentiel de dire non à un président. Ça ne semble pas être le cas.»

M. Barram, qui dirigeait la GSA au moment de l’affaire Bush-Gore, sympathise avec Mme Murphy.

«Les législateurs républicains lui demandent d’être plus courageuse qu’ils ne le sont eux-mêmes, a-t-il déploré. Bien sûr, c’est sa décision, et elle devra la prendre un jour ou l’autre. Mais ça serait plus facile si cinq ou dix d’entre eux disaient: ‘Biden a gagné. Félicitons notre ancien collègue du Sénat.’»

Laisser un commentaire