En faire plus pour les itinérants en ces temps de pandémie

VANCOUVER — Les responsables de la santé publique au Canada doivent en faire plus aujourd’hui pour aider les personnes en situation d’itinérance, alors que les campements de tentes et les refuges de fortune à l’extérieur poussent comme des champignons dans certaines villes, estiment des défenseurs des sans-abri.

Cet appel à l’aide est lancé alors que des métropoles tentent de trouver des solutions adéquates pour héberger les itinérants en cette période de pandémie — et de distanciation sociale.

Quatorze personnes ont été arrêtées à Vancouver, dimanche, pour introduction par effraction, à l’école primaire Lord Strathcona, dans le «quartier chaud» du Downtown Eastside de Vancouver.

Un groupe qui se fait appeler la «Red Braid Alliance» faisait partie de cette manifestation de squatteurs qui voulait dénoncer la pénurie de logements sociaux. Mais Listen Chen, membre de l’Alliance, ne s’attend pas à ce que la Ville s’attaque vraiment aux problèmes vécus par les sans-abri.

«La Ville et la province ont toutes deux les pouvoirs d’urgence pour réquisitionner chaque chambre d’hôtel vide de Vancouver et pour héberger les gens», a-t-elle dit. «La Ville de Vancouver négocie avec des propriétaires pour ouvrir des logements, mais je ne m’attends pas à ce que les propriétaires d’hôtels fassent la queue pour ouvrir leurs chambres à une population stigmatisée.»

Ces «villages de tentes» refont leur apparition dès que les sans-abri se sentent en danger, comme pendant cette pandémie de COVID-19, explique Tim Richter, président de l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance. «S’ils ne veulent pas de squatteurs, s’ils ne veulent pas une augmentation des campements de tentes, alors il doit y avoir dès maintenant une réponse bien meilleure et plus sûre à l’itinérance», estime M. Richter en entrevue. «Les mesures de protection recommandées par la santé publique pour tous les autres Canadiens doivent être en place aussi pour les personnes sans abri.»

Des facteurs de risque particuliers

La Ville de Victoria a demandé au gouvernement de la Colombie-Britannique de réquisitionner ses hôtels vides afin de loger des itinérants. À Vancouver, un camp de fortune au parc Oppenheimer accueille maintenant une centaine d’itinérants, et les résidents riverains sont préoccupés par la violence qui sévit selon eux dans leur parc.

Les facteurs de risque des personnes en situation d’itinérance sont différents de ceux des autres citoyens, notamment les problèmes respiratoires sous-jacents et une mauvaise santé en général, rappelle M. Richter. Ce qui augmente considérablement les risques qu’une épidémie de COVID-19 se propage comme une traînée de poudre dans ces campements.

«Le fait que tant de gens soient exposés à un risque élevé de contracter cette maladie sans autre raison qu’un manque de logement et un accès à des soins de santé adéquats, ça en dit long sur l’urgence criante en matière de logement dans ce pays», conclut M. Richter.

L’hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, Bonnie Henry, soutient qu’elle est bien consciente du problème. «Nous sommes confrontés à deux urgences: une crise des surdoses (…) aggravée par les restrictions pour faire face à la pandémie», admettait-elle lundi en conférence de presse.

La province a créé la semaine dernière une équipe interministérielle, dirigée par le ministre du Développement social et de la Réduction de la pauvreté, Shane Simpson, afin de trouver des solutions de logement. La docteure Henry et le ministre Simpson prévoient une annonce sur le logement dans les prochains jours.