En marge des violences au Capitole, des gens se sentant invisibles

WASHINGTON — Une paix difficile s’est installée jeudi sur une colline fortifiée du Capitole tandis que les soldats de la Garde nationale faisaient la sentinelle, que des travailleurs érigeaient des barrières en acier et que les partisans de Donald Trump — ainsi que le reste du pays — attendaient la suite des choses.

Dans l’ombre du bâtiment, où la veille un nombre relativement mince de fidèles à Donald Trump réunis à l’extérieur dans une colère partisane aveugle ont réussi à traverser les lignes de police et à pénétrer dans les chambres du pouvoir politique, il n’y avait jeudi que confusion — et appréhension.

«Quand nous avons découvert qu’ils avaient fait intrusion dans le Capitole — cela a ruiné la journée pour moi et ma femme», a confié William Wroe, 60 ans, un partisan de Donald Trump qui était venu du Tennessee avec sa femme Annette pour participer à un rassemblement.

Leur cœur s’est serré quand ils sont retournés dans leur chambre d’hôtel pour voir que la couverture de l’actualité était entièrement centrée sur la «poignée de personnes» qui s’étaient déchaînées à travers le Capitole.

M. Wroe a déclaré qu’il continuait de soutenir le président Trump, mais a dit craindre que les divisions politiques autour de l’élection présidentielle de novembre ne menacent de déchirer le pays.

«Nous devons tous nous tourner vers Dieu, prier et prier et prier pour que nous soyons en sécurité, a-t-il dit. Je n’aime pas ce que devient ce pays.»

Comme son mari, Annette Wroe a admis qu’elle continuait de croire les allégations de fraude électorale formulées par le président Trump — affirmations qui ont été largement démenties, démystifiées et rejetées par un éventail de juges, y compris des juges favorables à Donald Trump, dans les principaux États de la bataille présidentielle.

Mais les défis économiques et sociaux auxquels de nombreux Américains, y compris des partisans de Donald Trump, sont confrontés à travers le pays — William Wroe a perdu son emploi dans une société aérospatiale californienne en 2015 —sont impossibles à nier.

«Nous sommes ceux qui ont dépensé des centaines, voire des milliers de dollars pour être ici, pas parce que nous voulons vénérer Trump; nous ne sommes pas là pour ça. Nous sommes là pour dire, « Hé ! – Écoutez-nous »», dit-elle.

«Écoutez les gens. Vous représentez certains des gens, vous ne nous représentez pas tous. Et il doit y avoir une façon. Je ne connais pas le chemin; au bout du compte, Dieu gagne. Mais je sais que je ne suis pas entendu.»

Max Villeneuve, un résident de Sacramento dont les parents sont tous deux nés à Montréal, a également déclaré qu’il avait participé au rassemblement de mercredi pour être pris en compte comme membre d’un groupe d’Américains qui se sentent invisibles face à l’establishment politique.

«C’était surtout pour montrer qu’il a un réel soutien, que ses partisans sont de vraies personnes, des gens ordinaires», a affirmé M. Villeneuve, déplorant la «classe des ordinateurs portables» de journalistes et de législateurs qui ignorent leur sort.

M. Villeneuve a dit craindre que la situation de mercredi ne marque la naissance d’un «Antifa de droite» qui ne fera que croître de plus en plus virulent et violent, alimenté par des rêves de révolution, alors que les divisions de classe américaines continuent de s’élargir.

«Quand les gens n’ont rien à perdre, ils perdent (la carte), a-t-il dit. C’est ce que vous avez vu hier (mercredi). Ces gens pensaient qu’ils étaient en train de « faire un 1776 » au Capitole. Et ce n’est pas ainsi que cela fonctionne.»

Destitution?

À l’intérieur du bâtiment jeudi, le mouvement pour accélérer le départ de Donald Trump de Washington a pris de l’ampleur tandis que la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a exhorté le vice-président Mike Pence à prendre au sérieux l’invocation du 25e amendement.

«En appelant à cet acte séditieux, le président a commis une attaque indescriptible contre notre nation et notre peuple», a déclaré Mme Pelosi lors d’une conférence de presse.

L’amendement constitutionnel rarement utilisé donne au vice-président, ainsi qu’aux membres du cabinet fédéral, le pouvoir de destituer un président jugé inapte à exercer ses fonctions.

«Si le vice-président et le cabinet n’agissent pas, le Congrès pourrait être prêt à aller de l’avant avec la (procédure de) destitution», a dit Mme Pelosi.

Quelques heures après que le chaos eut été apaisé, le Congrès a finalement certifié Joe Biden en tant que président élu des États-Unis. M. Biden a présenté son nouveau procureur général, Merrick Garland, et manifesté de nouveau son dédain pour les émeutiers ayant investi le Capitole.

«Il ne s’agissait pas de manifestants — n’osez pas les appeler des manifestants», a fulminé M. Biden.

«C’était une foule d’émeutiers, d’insurgés, de terroristes intérieurs. C’est aussi simple que cela. Et j’aimerais que nous puissions dire que nous ne l’avions pas vu venir.»

Donald Trump, quant à lui, son compte Twitter gelé, des membres du personnel démissionnant de leurs postes et des alliés politiques disparaissant à la minute, a finalement promis tôt jeudi un transfert de pouvoir ordonné le 20 janvier.

Mais il a continué à affirmer avec défi qu’il était le vainqueur légitime en novembre, invoquant des théories du complot non fondées sur une élection présidentielle volée, alors même que l’exode de son administration se poursuivait à un rythme soutenu.

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