Encore une pénurie d’organes au pays, mais plus de greffes sont réalisées

MONTRÉAL — S’il y a eu une hausse des greffes d’organes au Canada au cours de la dernière décennie, beaucoup de gens décèdent encore par manque de reins, de foies et de coeurs disponibles. Car l’offre ne suffit toujours pas à la demande.

L’an dernier, 223 Canadiens sont morts pendant qu’ils languissaient sur une liste d’attente, indique l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) dans un rapport dévoilé jeudi. Parmi eux, il y avait 28 Québécois.

L’ICIS dit publier ces données pour sonner l’alarme et faire prendre conscience de l’importance du don d’organe.

«On est certainement en pénurie», signale en entrevue Alexandra Maheux, porte-parole pour l’ICIS.

Cette pénurie concerne principalement des reins, qui sont aussi les organes les plus transplantés.

Le nombre croissant de Canadiens ayant reçu un diagnostic de stade terminal de l’insuffisance rénale, qui a augmenté de plus de 30 % au cours de la décennie étudiée, explique en partie ce besoin accru.

À la fin de 2018, 4351 personnes figuraient sur une liste d’attente pour une transplantation. Les trois quarts attendaient un rein. Au Québec, ils étaient 805 en attente d’un organe compatible.

Mais l’ICIS révèle toutefois des nouvelles encourageantes.

L’an dernier, près de 2800 transplantations d’organes ont été réalisées au Canada, ce qui constitue une hausse de 33 % depuis 2009.

«Il y a de l’amélioration dans chaque province», souligne Mme Maheux.

L’une des raisons expliquant cette augmentation est un changement des pratiques ayant cours au Canada, comme dans d’autres pays. En plus des donneurs en état de mort cérébrale, ont été ajoutés en 2006 les donneurs ayant reçu un diagnostic de décès cardiocirculatoire (DDC) — c’est-à-dire les donneurs dont le coeur a cessé de battre. Le nombre d’organes transplantés provenant de donneurs après DDC est ainsi passé de 42 en 2009 à 222 en 2018, ce qui représente une hausse de près de 430 %.

Cela a permis de réduire les temps d’attente, souligne l’ICIS, surtout pour les greffes de poumons et de reins.

Le nombre de donneurs après une mort cérébrale a aussi augmenté, d’environ 20 % entre 2009 et 2018. Il s’agit là d’une tendance encourageante puisqu’un donneur décédé peut fournir jusqu’à huit organes, note l’Institut.

L’ICIS fournit aussi des renseignements sur les types de donneurs: l’an dernier au pays, il y a eu 555 donneurs vivants (personnes qui ont fait don d’un rein ou d’un lobe du foie) et 762 donneurs décédés. Le nombre de donneurs décédés a augmenté de 56 % entre 2009 et 2018, alors que le nombre de donneurs vivants est demeuré stable.

Première en Amérique du Nord, la Nouvelle-Écosse a adopté cette année une loi sur le consentement présumé au don d’organe. Mais comme cette loi est très récente, il est encore trop tôt pour mesurer son impact et voir s’il y aura alors plus d’organes disponibles pour des greffes, a souligné Mme Maheux.

L’ICIS dit publier ces données sur les dons d’organes pour rappeler à tous qu’ils sauvent des vies et souligner qu’il y a une pénurie au pays. Il rappelle en outre l’importance de s’inscrire à titre de donneur d’organes et de faire connaître ses volontés à ses proches.

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