Énergie Est pose aussi des risques pour la côte Atlantique, selon un rapport

OTTAWA – Un groupe environnemental américain tire la sonnette d’alarme sur la forte augmentation du nombre de pétroliers dans l’océan Atlantique que provoquerait la construction du pipeline Énergie Est et la menace que cela ferait peser sur la vie marine.

Jusqu’à présent, les inquiétudes des opposants au projet d’oléoduc de la compagnie TransCanada (TSX:TRP) ont surtout tourné autour des risques de ruptures qui pourraient contaminer les sols et les approvisionnements en eau potable au Canada.

Mardi, le Natural Resources Defence Council (NRDC), associé à plusieurs autres groupes américains et canadiens, a dévoilé un rapport portant sur le chemin que prendra le pétrole brut après être arrivé au terminal de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick. TransCanada prévoit que près de 300 navires pétroliers par an prendront la mer pour la côte est américaine, et éventuellement l’Europe et l’Asie, afin de transporter ce brut.

Ces immenses bateaux — certains ayant une capacité de 130 piscines olympiques — pourraient mettre en péril des espèces marines déjà fragilisées. La baleine franche de l’Atlantique Nord (en voie de disparition) et le rorqual seraient potentiellement en danger, et les industries lucratives de la pêche au homard et au pétoncle pourraient être affectées.

Qui plus est, le type de pétrole transporté, soit du bitume mêlé à un diluant, serait extrêmement difficile à nettoyer en cas de déversement. La technologie actuelle ne le permet pratiquement pas, signale le rapport.

«Les équipes d’intervention d’urgence n’ont pas les outils nécessaires pour protéger nos côtes dans l’éventualité d’un déversement de bitume dilué provenant des sables bitumineux», a insisté Anthony Swift du NRDC, en conférence de presse.

La Baie de Fundy, dans les Maritimes, ainsi que le golfe du Maine, les côtes de la Nouvelle-Angleterre et les Keys de la Floride aux États-Unis seraient des régions particulièrement vulnérables. Le NRDC a d’ailleurs lancé une pétition pour demander au président américain Barack Obama d’imposer un moratoire sur le transport par pétrolier dans les eaux américaines du brut issu des sables bitumineux.

M. Swift s’est notamment désolé que l’Office national de l’énergie (ONÉ) ne prenne pas en compte tous les risques associés à la côte atlantique nord-américaine dans son évaluation du projet Énergie Est.

«Nous aimerions voir les autorités canadiennes et américaines travailler ensemble pour s’assurer que les impacts cumulatifs de ce projet sur les régions et les communautés côtières aux États-Unis soient aussi considérés», a-t-il précisé.

L’ONÉ doit notamment étudier «les effets environnementaux et socio-économiques pouvant découler d’un accroissement des activités de transport maritime», mais son mandat ne s’étend pas à notre voisin du sud.

Par ailleurs, les consultations publiques sur le projet se limitent aux villes localisées sur le tracé de l’oléoduc. La Nouvelle-Écosse est ainsi exclue, même si elle serait affectée par une augmentation du trafic de pétroliers.

«Ça montre que l’ONÉ ne considère pas complètement les impacts marins», a déploré Matthew Abbott du Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick.

«TransCanada et (la raffinerie) Irving Oil prétendent que nous vivons dans un monde imaginaire où les accidents de pétroliers n’arrivent jamais, les pipelines ne se rompent jamais et le bitume ne coule jamais. Ça semble être un bel endroit, mais nous devons vivre dans la réalité», a-t-il ironisé.

Le pipeline de 4600 kilomètres, qui doit partir de l’Alberta pour se rendre jusqu’au Nouveau-Brunswick, est le plus important projet évalué par l’ONÉ à ce jour. Si sa construction est autorisée, il transportera quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux de l’Ouest et de pétrole de schiste du Dakota du Nord, destiné à l’exportation.

Dans une déclaration écrite, TransCanada rappelle être un transporteur par pipeline et ne posséder aucun navire. «Ce sont nos clients qui déterminent la destination de leur pétrole. Précisons cependant que l’activité des pétroliers est soumise à des règles strictes», écrit la compagnie albertaine.

TransCanada affirme que le terminal maritime envisagé serait «régi par de nombreuses normes préventives de sécurité, au-delà des exigences de l’Organisation maritime internationale, à l’égard des pétroliers». La compagnie dit travailler avec les autorités locales pour le développement d’un plan d’urgence adapté.

Le déversement de 200 000 à 250 000 litres de pétrole causé par le bris d’un pipeline de la société Husky Energy la semaine dernière est un rappel, selon les environnementalistes, que le transport du pétrole comprend toujours des risques.

«Une bonne partie de la route d’Énergie Est reprend des pipelines qui ont d’abord été conçus pour du gaz naturel, ce qui comporte des risques. Mais nous avons vu des déversements avec des oléoducs relativement nouveaux», a indiqué M. Abbott.

Selon lui, la question n’est pas s’il y aura un déversement, mais quand.

L’ONÉ a entamé son évaluation d’Énergie Est en juin, une étude qui doit durer 21 mois. C’est toutefois le cabinet du premier ministre Justin Trudeau qui aura le dernier mot sur l’approbation de ce projet de 15,7 milliards $.