Énergie Est: Une harmonisation des mesures d’urgence sera requise

MONTRÉAL – Un important débroussaillage des structures d’intervention d’urgence devra être réalisé avant une éventuelle mise en service de l’oléoduc Énergie est, si jamais le projet va de l’avant.

C’est ce qu’ont constaté les commissaires du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, mardi soir à Lévis, alors qu’on leur a présenté un impressionnant éventail de structures en matière de réponse d’urgences en cas de déversement majeur d’hydrocarbures.

«Dans la gestion des sinistres impliquant plusieurs intervenants, plusieurs plans d’intervention et plusieurs juridictions, le défi c’est l’arrimage», a reconnu d’emblée Steve Boivin, chef d’équipe aux opérations de sécurité civile au ministère de la Sécurité publique.

«Le mot clé, c’est l’harmonisation des plans», a-t-il répété, insistant sur la nécessité de réaliser cette démarche bien avant une mise en service.

Les commissaires ont été à même de constater que TransCanada a ses propres plans d’urgence, tout comme la Sécurité civile du Québec et l’Office national de l’énergie (ONÉ), l’organisme fédéral qui a juridiction sur un pipeline interprovincial et que chacun de ces organismes prévoit la mise en fonction d’un centre de commandement.

La commissaire Gisèle Grandbois a aussi noté que l’Office demande aussi de communiquer avec le Bureau de la sécurité des transports (BST) en cas d’urgence, ce qui lui a fait dire qu’elle ne savait plus qui appeler s’il y avait un incident.

Steve Boivin a lui-même avoué avoir eu des problèmes à résoudre la question de juridiction après avoir consulté un avocat la veille, mais il a tout même affirmé que, dans une telle situation d’urgence, c’était à la Sécurité civile d’assumer le leadership.

«C’est clair pour nous que la Sécurité civile, c’est une entité provinciale et, donc, la réponse va se faire dans notre structure de concertation et de coordination», a-t-il affirmé.

Invoquant la catastrophe ferroviaire de Lac Mégantic, la crise du verglas, les inondations au Saguenay et en Montérégie, les opérations sur le terrain s’étaient déroulées avec «le même système qui est dans le plan national de la sécurité civile, qui découle de Loi sur la Sécurité civile.»

Il a cependant été clairement établi que TransCanada avait la première responsabilité d’intervention pour fermer les pompes et les vannes de chaque côté d’une éventuelle rupture de l’oléoduc, une opération qui serait réalisée, selon le promoteur, en huit minutes.

TransCanada a aussi assuré que des équipements de contention seraient pré-positionnés et maintenus en permanence, qu’une surveillance humaine serait en place 24 heures sur 24, sept jours sur sept et des équipes prêtes à être déployées sur le terrain très rapidement.

«Au niveau des plans tactiques (d’intervention d’urgence), par exemple, on a déjà identifié le nombre de personnes requises pour déployer l’équipement; ce sont des centaines de personnes qui sont disponibles dans des délais relativement courts», a expliqué le vice-président d’Énergie Est pour le Québec et le Nouveau-Brunswick, Louis Bergeron.

Il a rappelé qu’après la mise en service, Énergie Est compterait 33 employés au Québec, dont une dizaine affecté à tous les 60 kilomètres environ, aux stations de pompage.

Revenant au «scénario du pire» élaboré par l’entreprise et évoqué à plusieurs reprises depuis le début des audiences, Louis Bergeron a insisté sur la faible probabilité d’un tel événement.

«Le scénario catastrophe de la rivière Etchemin, c’est le scénario où tout va mal: la conduite est carrément coupée en deux, chose qu’on n’a jamais vue et qui est un événement qui a une probabilité d’arriver une fois tous les 1,5 million d’années et tout se vide dans la rivière sans aucune intervention entre les deux vannes.»

Il a indiqué que la priorité serait alors de confiner le pétrole dans la rivière pour empêcher qu’il ne se rende au fleuve Saint-Laurent.

TransCanada a toutefois reconnu que des rives escarpées et des rapides poseraient des défis pour le travail de confinement.