Enjeux au Sommet de la Francophonie: chaos en Haïti et flambée des prix alimentaires

DJERBA, Tunisie — Le premier ministre Justin Trudeau est arrivé en Tunisie où il participe au Sommet de la Francophonie.

Les membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) se réunissent ce week-end en Tunisie pour faire le point sur l’époque turbulente de la géopolitique et rechercher des liens plus étroits. Les temps sont difficiles comme en foi la crise sociale à Haïti, l’envol des prix alimentaires dans de nombreux pays africains et l’anxiété quant au rôle de la langue française à l’ère numérique.

Tout comme le Commonwealth, la Francophonie tient des réunions annuelles sur tout, des droits de la personne aux échanges culturels en passant par le rôle du français à l’échelle internationale.

Ce sommet est la quatrième et dernière étape d’un voyage de 10 jours pour Justin Trudeau, qui comprenait trois grands sommets en Asie, y compris la réunion des dirigeants du G20.

Le 18e Sommet de la Francophonie marque un retour après des annulations en 2020 et 2021 en raison de la pandémie de COVID-19. 

L’avenir de l’Afrique sera aussi un enjeu, croit la ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly. Selon elle, il règne sur ce continent une lutte entre les États démocratiques et les pays autoritaires.

«On voit une bataille d’influence un peu partout, mais particulièrement sur le continent africain, a-t-elle souligné. La Chine et la Russie essaient actuellement d’exercer leur influence. C’est important pour le Canada d’être présent sur le continent africain.»

L’évènement survient alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie fait monter en flèche les prix des aliments en Afrique. La question est particulièrement préoccupante en Afrique du Nord, où le coût du pain fait partie des aliments dont les prix ont explosé lors des manifestations du printemps arabe de 2010 à 2012.

«Il y aura des questions géopolitiques très importantes, a déclaré le politologue de l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily en entrevue. Les problèmes alimentaires du côté africain sont flagrants», a-t-il souligné.

Le pays hôte du sommet traverse lui aussi de sérieuses turbulences politiques et sociales. L’actuel président tunisien Kaïs Saïed a suspendu le Parlement en 2021, concentrant ainsi le pouvoir et s’en prenant à des institutions clés.

Amnistie Internationale et Human Rights Watch ont soulevé des préoccupations concernant l’emprisonnement par le gouvernement de M. Saïed de journalistes, le licenciement de juges et le fait de donner à la religion un rôle de premier plan dans l’armée.

Le Canada voulait que le sommet soit reporté en raison de ces préoccupations, alors que le gouvernement du Québec envisageait un boycott avant de se dire qu’il valait mieux profiter du sommet pour nouer des liens plus étroits avec les nations africaines.

M. Saïed s’est montré évasif sur le sujet lors de son discours d’ouverture.

«Comme tout le monde le sait, il a été question à des moments difficiles, pour des raisons multiples, d’organiser ce sommet à distance par vidéoconférence, voire même pour certains de l’annuler pour l’organiser ailleurs. Mais notre volonté inébranlable avec l’appui de nos appuis a fini par l’emporter. Nous voici réunis à Tunis et à Djerba.»

Vendredi, M. Trudeau a dit qu’il soulignerait l’importance des droits de la personne lors du sommet.

«Je ferai part de mes inquiétudes au sujet du recul démocratique que nous observons dans de nombreuses régions du monde et de nos inquiétudes au sujet de ce qui se passe en Tunisie», a-t-il déclaré aux journalistes à l’issue du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique à Bangkok.

Mme Joly a déclaré qu’elle avait rencontré des membres de la société civile pour entendre leurs inquiétudes et en faire part à son homologue tunisien.

«Ma tâche est d’amplifier la voix de la société civile. J’ai soulevé mes préoccupations en lien avec la démocratie et les droits des femmes au ministre des Affaires étrangères de la Tunisie», a-t-elle dit.

M. Trudeau a eu des rencontres bilatérales avec le premier ministre de l’Arménie, Nikol Pashinyan, et le président de la Suisse, Ignazio Cassis. Dimanche, il doit parler avec le président du Niger, Mohamed Bazoum.

Mme Joly a indiqué qu’elle avait eu des discussions avec ses homologues du Sénégal, de la Tunisie et du Maroc. Elle a souligné que les dirigeants africains souhaitaient davantage d’investissements canadiens dans des projets d’infrastructures nécessaires.

Le sommet examinera également l’amélioration de la scolarisation en français, en particulier dans les pays africains qui manquent de stabilité.

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