Enquête de la coroner: pas de nouvelle de sa mère confinée au CHSLD pendant des jours

MONTRÉAL — Sans nouvelles pendant des jours de sa mère confinée au CHSLD Laflèche de Shawinigan durant la pandémie, une femme a relaté sa panique aux audiences publiques de la coroner, après avoir laissé des messages à répétition pour être informée de son état, en vain.

Cette situation l’a remplie d’inquiétude, alors qu’elle avait déjà constaté des lacunes et qu’elle surveillait les soins donnés à sa mère.

«J’aurais dû aller casser les fenêtres», a déclaré mardi Sofie Réunis, expliquant sa peur lorsque des jours s’écoulaient sans nouvelle après qu’elle eut appris qu’il y avait dans cette résidence une éclosion de COVID-19. Le premier cas y avait été rapporté le 22 mars.

Sa mère, Maria Lermytte, y est décédée le 6 avril 2020, à l’âge de 82 ans.

Ce CHSLD est d’ailleurs parmi ceux qui ont connu le pire bilan en matière de décès au Québec lors de la crise sanitaire avec 44 résidants qui y sont morts.

La coroner Géhane Kamel a été mandatée pour tenter de déterminer pourquoi autant de résidants de centres d’hébergement pour aînés ou personnes vulnérables y ont perdu la vie lors de la première vague de COVID-19.

Le cas de Mme Lermytte a été choisi parmi les personnes décédées au CHSLD Laflèche pour étudier plus en profondeur la gestion de la pandémie au printemps 2020 dans cet établissement.

Pour la fille de celle-ci, l’expérience de ce CHSLD a été pénible dès le premier jour.

Les CHSLD sont censés être un «milieu de vie», a-t-elle dit à la coroner, mais elle aurait plutôt décrit cet endroit comme «un zoo». Un milieu de vie devrait être calme, ce qui n’était pas du tout le cas avec deux téléviseurs allumés par chambre — un par résidant — et avec du personnel qu’elle a qualifié de «festif».

Résultat: sa mère, atteinte de Parkinson et de la maladie d’Alzheimer, «a paniqué», sa meilleure amie s’est mise à pleurer en voyant les lieux et son copain a proposé de ramener sa belle-mère à la maison sur le champ, a raconté Mme Réunis.

Elle avait acheté un fauteuil confortable pour sa mère qui souffrait d’un écrasement de vertèbres, mais il a été refusé. Le second a été accepté, mais «on ne la mettait jamais dans son fauteuil», par manque de temps, raconte-t-elle. Mme Lermytte passait ses journées dans un fauteuil roulant qui la faisait souffrir. 

Puis elle a découvert que sa mère n’était jamais amenée aux toilettes. C’était la règle: par manque de temps là aussi, les résidants portaient systématiquement des couches. 

Elle tient à préciser que les préposées aux bénéficiaires étaient «géniales», mais qu’elles faisaient chacune le travail de quatre personnes.

Elle allait donc voir sa mère tous les jours «car il y avait tellement de lacunes». Mais on lui a rapidement demandé d’y aller moins souvent, a-t-elle déclaré.

Puis sa mère a été changée d’étage. L’unité du quatrième était plus calme, mais il n’y avait pas d’infirmière attitrée, a souligné Mme Réunis, ce qui a posé problème lorsqu’elle a voulu faire changer un médicament. Cela lui a pris des jours avant de mettre la main sur une infirmière.

Puis la COVID a frappé au Québec et le 14 mars, les visites des familles ont été interdites au CHSLD.

Le 18 mars 2020, Mme Réunis a réussi à parler à sa mère grâce à une amie qui y travaillait. Mais après, pas moyen de lui parler jusqu’au 23 mars. Elle appelle, et personne ne répond. Elle laisse des messages et personne ne rappelle.

Entre le 23 mars et le 1er avril, c’est la même chose: silence radio.

Puis ce jour-là, elle se fait dire que sa mère a été infectée par la COVID-19 et qu’elle se trouve aux soins palliatifs. Elle va à son chevet mais sa mère ne semble plus voir ni entendre, a-t-elle déclaré dans la salle du palais de justice de Shawinigan. Elle ne réagit plus. Une seule autre visite sera autorisée, sa dernière, le 5 avril. Maria Lermytte décède le lendemain. 

Mme Réunis avait encore des doutes sur la cause du décès de sa mère, ne croyant pas qu’elle soit morte de la COVID-19, n’ayant pas réussi à voir le résultat de son test de dépistage. C’est la coroner qui le lui a finalement montré, un an plus tard. 

À la fin de son témoignage, celle-ci, Me Kamel, l’a remerciée d’avoir été «la voix de sa mère» et de l’aider à protéger la vie humaine.

Me Kamel poursuit son enquête mercredi.

Laisser un commentaire