Enquête du coroner sur la mort de deux Autochtones en cellule dans le nord ontarien

Une femme dont le fils et le frère sont morts de complications médicales alors qu’ils étaient détenus par la police de Thunder Bay a déclaré lors d’une enquête du coroner que le plus douloureux pour elle aura été de savoir que son fils est mort sans avoir été emmené à l’hôpital.

Ina Kakekayash a essuyé quelques larmes à l’aide d’un mouchoir alors qu’elle parlait de son fils, Donald Mamakwa, au cours d’une audience se penchant sur les circonstances entourant son décès, en août 2014, ainsi que celles entourant le décès de son frère, Roland McKay, en juillet 2017.

Les deux hommes d’origine autochtone sont morts de problèmes médicaux sans jamais avoir pu obtenir l’aide d’un médecin ou d’une infirmière alors qu’ils étaient détenus par la police.

La mère et la sœur de M. Mamakwa ont déclaré au jury avoir été blessées par le manque de soins médicaux offerts à leur proche qui souffrait de diabète et qui avait connu de longues années en situation d’itinérance.

«La question que je me suis toujours posée, c’est « aurait-il obtenu de l’aide si on l’avait amené à l’hôpital? » Savoir qu’il est mort en cellule, c’est ce qu’il y a de plus difficile», a mentionné Mme Kakekayash par l’entremise d’un interprète dans une salle d’audience de Thunder Bay, en Ontario.

«Nous ne serions pas ici aujourd’hui s’il avait été conduit à l’hôpital et non dans une cellule», a-t-elle martelé.

Rachel Mamakwa, la sœur de Donald, a soutenu que son frère était aimé et qu’il méritait le respect des policiers. Elle a ajouté que s’il avait été amené à l’hôpital, ses proches auraient pu être à ses côtés.

«Il pourrait être en vie aujourd’hui, a-t-elle dit. Je suis juste vraiment triste de savoir qu’il a dû mourir seul dans un lieu très sinistre.»

Selon le procureur de l’enquête du coroner, Peter Keen, on devrait entendre des témoignages qui suggèrent que les deux hommes auraient survécu s’ils avaient été transportés à l’hôpital et soignés pour leurs problèmes de santé.

Me Keen a donné un aperçu mardi matin des témoignages qui seront entendus au cours des 17 jours d’audiences sur la mort en cellule de Don Mamakwa, âgé de 44 ans, en août 2014, puis de Roland McKay, âgé de 50 ans, trois ans plus tard, en juillet 2017.

Les deux hommes avaient été arrêtés parce qu’ils étaient soupçonnés d’ivresse publique et ils étaient détenus en cellule au quartier général du Service de police de Thunder Bay.

Dans une déclaration liminaire, le procureur Keen a déclaré mardi que le jury de l’enquête du coroner devrait entendre des preuves indiquant que Don Mamakwa n’avait pas fait l’objet d’une évaluation médicale significative et qu’il aurait eu 97 % de chances de survie s’il avait été transporté à l’hôpital.

Il a ajouté qu’on devrait aussi entendre des preuves selon lesquelles Roland McKay, qui était lié à M. Mamakwa, aurait également eu plus de chances de survie à l’hôpital que dans sa cellule, où il est mort.

Me Keen a indiqué aux jurés qu’ils devraient aussi entendre un expert leur parler des expériences des Autochtones avec le racisme et de leurs interactions difficiles avec le système de santé.

L’enquête devrait explorer comment le racisme et les préjugés ont pu jouer un rôle dans les interactions des premiers intervenants avec MM. Mamakwa et McKay avant leur mort. L’enquête du coroner ne vise pas à pointer du doigt des responsables, mais à examiner des solutions pratiques pour résoudre ces problèmes.

L’enquête du coroner devrait aussi entendre des experts sur les meilleures pratiques policières pour composer avec des personnes en état d’ébriété.

Des similitudes entre les deux décès

Les enquêtes sur les deux hommes sont conjointes en raison de similitudes, a déclaré Me Keen. Les deux Autochtones avaient bu, tous deux ont interagi avec les ambulanciers et la police, et ils sont tous les deux morts en cellules au poste de police de Thunder Bay, a résumé le procureur. Et leurs chances de survie dans ces circonstances n’ont pas été satisfaites, selon Me Keen.

«La vérité et la réconciliation sont des mots appropriés pour une enquête de cette nature», a déclaré Me Keen aux jurés.

L’avocat du directeur de la police de Thunder Bay et plusieurs policiers avaient présenté une requête en janvier 2021 pour faire exclure de la preuve certaines vidéos de surveillance des blocs cellulaires.

Dans une de ces séquences, on voit des policiers amener en détention un autre Autochtone, Dino Kwandibens, pour ivresse publique le soir même où M. Mamakwa a été arrêté puis retrouvé mort en cellule.

Selon la décision du coroner David Cameron, des policiers de Thunder Bay peuvent être vus dans la vidéo traînant M. Kwandibens jusqu’à sa cellule. On peut aussi les entendre utiliser un langage injurieux à son endroit.

Me Keen a déclaré mardi aux jurés que des images seront visionnées plus tard pour montrer comment les Autochtones qui semblaient en état d’ébriété ont été traités à Thunder Bay cette nuit-là.

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Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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