La coroner amorce l’enquête sur la mort d’un adolescent tué par la SQ à Lac-Brome

SHERBROOKE, Qc — Près de quatre ans après que son fils adolescent a été tué d’une balle dans la tête par un policier de la Sûreté du Québec, une mère a déclaré lundi lors de l’enquête de la coroner qu’elle espérait enfin avoir un récit complet de ce qui lui était arrivé le jour de sa mort.

Tracy Wing a témoigné que d’attendre quatre ans pour obtenir des réponses pour un événement «qui a duré 61 secondes» représentait un manque de respect envers son fils Riley, envers elle, envers le père et la famille.

Riley Fairholm, âgé de 17 ans, a été abattu tôt le matin du 25 juillet 2018 dans le stationnement d’un restaurant abandonné à Lac-Brome, dans les Cantons-de-l’Est.

Il était entièrement vêtu de noir, et c’est lui qui a appelé le 911.

La police a déclaré qu’à l’arrivée des agents, ils avaient tenté de négocier avec l’adolescent pour qu’il laisse tomber une arme – un pistolet à air comprimé qu’il avait pris au domicile de son père. Le pistolet a été retrouvé sur place.

L’interaction entre la police et Riley Fairholm a duré un peu plus d’une minute, puis un agent lui a tiré une balle dans la tête.

«Il n’y a pas eu de négociation – en 61 secondes, vous ne négociez pas», a fait valoir Mme Wing.

La famille de l’adolescent a critiqué la SQ et la «police des polices» au Québec, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), pour leur manque de transparence. L’événement a fait l’objet d’une enquête par le BEI et le Directeur des poursuites criminelles et pénales a ensuite décidé de ne pas porter d’accusations contre les policiers.

La famille a depuis porté plainte au civil et auprès du comité de déontologie policière.

Riley n’avait jamais parlé de vouloir être tué par la police, a dit Mme Wing. Elle a dit avoir reçu un message texte dans les minutes qui ont précédé la mort de son fils, à 1h42 du matin, disant : «Je t’aime».

Elle a dit qu’elle s’est précipitée dans la maison à sa recherche et a trouvé une lettre manuscrite de son fils lui disant au revoir.

Affolée, Mme Wing s’est rendue sur place et est tombée sur des feux de police clignotants et un corps sur le sol.

La mort de son fils a été prononcée par un médecin d’un hôpital à proximité, mais il aura fallu 90 minutes pour qu’une policière dise à Mme Wing que Riley avait été tué par la police.

Elle a relaté avoir dit à la policière qu’elle «gardait son fils en vie depuis cinq ans» et que la police l’avait tué en cinq minutes.

Mme Wing a raconté que son fils était sportif, réussissait bien à l’école, avait toujours des amis et était proche de sa famille. Les choses se sont compliquées lorsqu’il a eu 12 ans, a-t-elle dit, ajoutant qu’en 9e année, ses notes ont commencé à baisser et qu’il a été suspendu de l’école pour des problèmes de comportement.

Elle a témoigné qu’elle avait eu du mal à obtenir l’aide appropriée de l’école pour son fils. Riley, a-t-elle dit, souffrait de dépression et était mécontent de ne pas pouvoir obtenir son diplôme avec ses pairs, car il n’avait pas réussi certains cours obligatoires.

Elle a déclaré qu’à la suite de la mort de son fils, elle a dû se battre pour chaque morceau d’information. Elle a dit qu’elle avait dû se battre contre le BEI pour réviser une déclaration publique selon laquelle les policiers avaient pratiqué la réanimation cardiorespiratoire sur son fils, ce qu’ils n’avaient pas fait.

«J’ai essayé de prendre les pièces que j’avais et de reconstituer un casse-tête, mais il me manquait beaucoup de pièces et c’était important pour moi de tout savoir», a déclaré Mme Wing à la coroner Géhane Kamel, qui dirige l’enquête au palais de justice de Sherbrooke.

Lundi, l’enquête a entendu Juliette Blais, une amie qui a eu un échange de messages textes inquiétant avec Riley dans les heures précédant sa mort. Elle a dit qu’il n’allait pas bien et qu’il se sentait découragé par la vie, ajoutant qu’il était vague dans ses réponses par messages textes.

Un jour avant que Riley ne soit tué, son ami Anders Koraen a passé du temps avec lui dans les glissades d’eau. Il a dit qu’il n’avait rien remarqué de particulier avec Riley ce jour-là, mais qu’il savait qu’il souffrait de dépression.

Également lundi, l’enquête a entendu un enquêteur de surveillance de la police et un technicien en scène de crime de la police de Montréal qui ont documenté la scène.

Mme Kamel a présenté ses excuses à Mme Wing lundi pour les retards dans l’enquête, qui devrait durer deux semaines. La coroner s’est engagée à faire la lumière sur la mort de Riley Fairholm et à publier des recommandations sur la manière de mieux protéger la vie humaine.

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