Enquête réclamée sur le traitement de présumés crimes de guerre par l’armée

OTTAWA — Une enquête indépendante est réclamée auprès du gouvernement libéral fédéral à la suite d’allégations selon lesquelles l’armée n’aurait pas répondu à une plainte, il y a trois ans, voulant que les forces irakiennes entraînées par les troupes canadiennes ont commis des crimes de guerre.

Le porte-parole du NPD en matière de défense, Randall Garrison, suggère que la plainte et les préoccupations concernant le contrôle des autres forces irakiennes travaillant avec le Canada font partie d’une tendance inquiétante qui remonte à au moins une décennie, et c’est pourquoi il pense qu’une enquête indépendante est nécessaire.

«Ce que j’ai vu au fil du temps, c’est que les troupes canadiennes subalternes et les niveaux inférieurs du corps des officiers ont porté ces problèmes à l’attention des hauts dirigeants, et les hauts dirigeants semblent avoir l’habitude de dire aux gens de ne pas prêter attention», a-t-il dit.

«Pourquoi cela se produit-il ? Je pense qu’il doit y avoir une enquête indépendante. Est-ce la faute de certains hauts dirigeants? Ou y a-t-il quelque chose de systémique ici qui nous pousse à ne pas respecter le droit international et même notre propre droit national?»

La police militaire enquête actuellement sur le traitement d’un incident survenu en septembre 2018, où des soldats canadiens aidaient à l’enrôlement de 270 soldats irakiens pour une mission de formation dirigée par les États-Unis près de la ville de Mossoul, dans le nord du pays.

Un rapport interne obtenu par La Presse Canadienne dont des informations ont été rendues publiques pour la première fois par Postmedia indique que les Canadiens ont vu des vidéos de crimes de guerre et de violations des droits de la personne perpétrés par les troupes irakiennes qu’ils étaient là pour former.

Pourtant, lorsque les Canadiens ont soulevé la question auprès de leurs commandants, selon le rapport, on leur a dit que l’affaire serait réglée et qu’ils devaient ignorer les vidéos et «continuer».

L’un des soldats impliqués a déclaré qu’il avait tenté de soulever la question avec ses commandants à trois reprises, mais que lui et d’autres membres de son unité «ne savent toujours pas si des mesures appropriées ont été effectivement prises».

Une note secrète distincte obtenue par La Presse Canadienne montre que le chef de la défense de l’époque, Jonathan Vance, a été averti en janvier 2020 que la vérification des forces de sécurité irakiennes avec lesquelles les troupes canadiennes auraient pu interagir manquait de «profondeur».

M. Garrison dit que les inquiétudes récentes sont une continuation des problèmes soulevés pour la première fois en Afghanistan il y a plus de dix ans, lorsque l’armée a été accusée d’avoir transféré des détenus aux autorités locales tout en sachant qu’ils pourraient être torturés.

C’est pourquoi il pense que l’enquête devrait également inclure un nouveau regard sur ce qui s’est passé à cette époque. Le ministre de la Défense Harjit Sajjan, qui a déjà servi en Afghanistan, a rejeté en 2016 les appels du NPD à une telle enquête sur l’affaire des détenus afghans.

«Des crimes de guerre ont été portés à l’attention des Canadiens, ont été transmis à la chaîne de commandement et rien ne s’est passé», a déclaré M. Garrison à La Presse Canadienne.

Jeudi, le porte-parole conservateur en matière de défense James Bezan a remis en question la décision du gouvernement de prolonger la mission du Canada en Irak, compte tenu des inquiétudes concernant les forces irakiennes travaillant avec les troupes canadiennes.

«Le Canada contribue à une plus grande paix et sécurité dans le monde et demeure un partenaire solide dans la lutte contre (l’État islamique)», a déclaré la secrétaire parlementaire de M. Sajjan, Anita Vandenbeld, à M. Bezan.

«Nous nous engageons à respecter nos obligations en vertu du droit international et national. Les Forces armées canadiennes ne collaborent plus avec les forces de sécurité irakiennes liées à ces allégations.»

Les experts disent qu’il n’est pas surprenant que les troupes canadiennes se soient retrouvées à interagir avec des soldats irakiens qui pourraient avoir commis des atrocités compte tenu de l’histoire récente du pays, et qu’une partie de leur mission consiste à empêcher de tels comportements à l’avenir.

«Cela semble peut-être contre-intuitif, mais cela ne fait que renforcer à quel point on a besoin de nous là-bas», a déclaré Bessma Momani, experte en politique du Moyen-Orient à l’Université de Waterloo.

Pourtant, Mme Momani et son collègue spécialiste du Moyen-Orient Thomas Juneau, de l’Université d’Ottawa, ont déclaré que les informations soulignent la nécessité d’une meilleure transparence et imputabilité lorsqu’on travaille dans de tels environnements — et avec de tels partenaires.

«Le gouvernement devrait être plus transparent avec les Canadiens sur les défis liés à la mission en Irak et sur ce que nous essayons d’accomplir», a déclaré M. Juneau dans un courriel.

«Le gouvernement devrait également être plus particulièrement transparent sur ce qu’il fait pour s’assurer que les troupes canadiennes déployées en Irak, ou dans d’autres missions comparables, se conforment au droit international sur ces questions (et aussi sur ce qui se passe si ou quand les troupes ne se conforment pas avec le droit international).

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