Enquête sur la tuerie: l’ex-commandante de la GRC en Nouvelle-Écosse témoigne

HALIFAX — Les premiers policiers qui ont été appelés à intervenir lors de la fusillade de masse d’avril 2020 en Nouvelle-Écosse ont fait tout ce qu’ils pouvaient, selon l’ancienne commandante de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans la province, mais les opérations ne se sont pas déroulées rondement, a avoué Lee Bergerman lundi.

Au cours de son témoignage devant la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur cet événement, Mme Bergerman a souligné les gestes «héroïques» des premiers policiers qui se sont rendus sur les lieux, à Portapique, tout comme ceux des premiers répondants.

«Je crois que les personnes qui étaient les premières sur les lieux ont fait tout ce qu’elles pouvaient à ce moment. C’était une situation extrêmement inhabituelle», a mentionné Mme Bergerman.

L’ancienne commissaire adjointe, qui a pris sa retraite en octobre 2021, a toutefois admis lors de son contre-interrogatoire que l’enquête publique a mis en lumière certaines parties de l’opération policière qui ne se sont pas bien déroulées.

Le 18 avril 2020, un homme armé a assassiné 13 personnes à Portapique, puis s’est échappé dans une réplique d’une voiture de police. Le tueur a ensuite assassiné neuf autres personnes le lendemain, avant d’être abattu par des agents dans une station-service.

Selon Mme Bergerman, l’un des aspects qui auraient pu être améliorés est la communication entre le poste de commandement de la GRC et les agents sur le terrain. Les relations avec la communauté devront aussi être revues: la police doit mieux transmettre les informations au public et mieux comprendre les réalités des communautés qu’elle sert, selon elle.

«Ce sont tous des aspects sur lesquels nous devons tirer certaines leçons», a-t-elle reconnu.

Mais lorsqu’on lui a demandé ce qui, selon elle, devrait être d’abord fait pour améliorer l’efficacité des opérations, Mme Bergerman a répondu qu’il faudrait accorder davantage de ressources à la GRC. Le corps policier s’est souvent plaint de manquer d’effectifs et d’équipements pour faire son travail adéquatement dans toute la province.

«Dans des circonstances comme celles-là, nous aurions tiré avantage d’avoir des ressources additionnelles où nous aurions pu aller puiser», a estimé Mme Bergerman. Elle a ajouté que la police devra discuter avec le gouvernement provincial et avec la population afin que tous s’entendent sur le rôle de la police dans la province.

«J’imagine que ce serait une question d’argent, et on sait que l’une des grandes priorités dans cette province est la santé. Mais il faudrait peut-être se poser la question: voulons-nous cinq médecins ou 10 policiers?»

Peu d’informations au début de l’enquête

Lors de l’entretien qu’elle a accordé le 2 août aux avocats de l’enquête, Mme Bergerman a révélé qu’elle n’avait que peu de détails au début de la journée du 19 avril sur ce qui s’était initialement passé la nuit précédente, peut-on lire dans la transcription de la rencontre, qui a été rendue publique lundi.

Mme Bergerman a indiqué qu’elle avait d’abord été informée que quelque chose se passait avant d’aller se coucher vers 23h, le 18 avril. Elle a confirmé qu’elle avait appris le lendemain matin l’existence de la réplique d’une voiture de police du tueur Gabriel Wortman, mais qu’elle avait été «stupéfaite» lorsqu’elle l’avait vue aux informations peu de temps avant de quitter la maison pour se rendre à son bureau vers 9h30.

«Je me souviens avoir été, je dirais, stupéfaite par le (…) quand j’ai vu la voiture de police qu’ils avaient», a déclaré Mme Bergerman.

Elle a ajouté qu’elle était convaincue qu’une des voitures de police de la GRC avait été volée. Elle a donc appelé le surintendant principal Chris Leather pour lui demander si c’était le cas.

«Il a confirmé que toutes nos voitures de police avaient été retrouvées», a dit Mme Bergerman.

Elle a soutenu que ce n’est qu’après son arrivée à son bureau qu’elle a été informée que la photo avait été fournie à la GRC par un témoin.

En fait, la photo avait été obtenue d’un parent de Lisa Banfield – la conjointe du tueur – par la police régionale de Halifax, qui l’avait envoyée à la GRC vers 7h30. La photo n’a pas été partagée publiquement par la police jusqu’à ce que la GRC publie un message sur Twitter environ trois heures plus tard.

Mardi, la commissaire de la GRC, Brenda Lucki, doit à son tour comparaître devant la commission. Mme Bergerman et elle ont toutes deux témoigné devant un comité parlementaire à Ottawa qui enquête sur une possible ingérence politique dans le traitement de l’affaire par la GRC.

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