Enquête sur le meurtre de Jovenel Moïse: un réseau d’acteurs interconnectés

WASHINGTON — L’enquête sur l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse le 7 juillet dernier a jusqu’à présent abouti à au moins 23 arrestations, avec trois suspects tués. Mais on ignore toujours qui a ordonné le meurtre et pourquoi. Ce qui a émergé du peu d’informations fournies par les autorités haïtiennes; par des responsables en Colombie et ailleurs; et par des proches des suspects pointe vers un réseau d’acteurs interconnectés. Voici un aperçu de quelques personnes clés identifiées à ce jour:

JOVENEL MOÏSE

Jovenel Moïse était un homme d’affaires peu connu du nord d’Haïti, sans expérience politique, lorsqu’il a été choisi par l’ancien président, le flamboyant musicien Michel Martelly, comme candidat du Parti haïtien Tèt Kale.

Jovenel Moise a été déclaré vainqueur des élections de 2015 avec une pluralité de voix, mais les résultats ont été rejetés en raison de soupçons de fraude. Après une nouvelle élection, il est entré en fonction en février 2017 avec des promesses de renforcer les institutions, de lutter contre la corruption et de créer des emplois.

Sous sa présidence, il y a eu une spirale de violence, des pannes de courant généralisées et des pénuries alimentaires aggravées par la pandémie. Il a commencé à gouverner par décret en janvier 2020 après le report des élections législatives, provoquant une augmentation des troubles sociaux et des accusations selon lesquelles il devenait de plus en plus autoritaire.

Le 7 juillet avant l’aube, des hommes armés, parmi lesquels figuraient d’anciens soldats colombiens, l’ont abattu à l’intérieur de sa maison sans blesser aucun membre des forces de sécurité présidentielles.

MARTINE MOÏSE

La première dame a été grièvement blessée dans l’attaque et a été évacuée vers la Floride, où elle reste hospitalisée. Elle a publié une déclaration audio depuis l’hôpital dans laquelle elle accuse des «mercenaires» de chercher «à assassiner le rêve, la vision et les idées du président pour le pays»,  mais n’a nommé aucun suspect potentiel.

Elle a indiqué que celui qui était responsable «ne veut pas voir une transition dans le pays». On ne sait pas si elle a été interrogée par le juge d’instruction chargé de l’enquête.

CLAUDE JOSEPH

Claude Joseph est le premier ministre par intérim d’Haïti et il était sur le point d’être remplacé lorsque l’assassinat a eu lieu. Claude Joseph a été nommé à ce poste en avril à la suite de la démission de Joseph Jouthe, qui a occupé le poste pendant un peu plus d’un an.

Deux jours avant l’assassinat, Jovenel Moïse a annoncé qu’il avait choisi un nouveau premier ministre, le neurochirurgien Ariel Henry. Mais le 7 juillet,  le nouveau premier ministre n’avait pas encore prêté serment. Après l’assassinat, Claude Joseph a annoncé qu’il occuperait le poste de premier ministre par intérim et a déclaré  «l’état de siège» dans le pays, similaire à la loi martiale.

Ariel Henry a indiqué qu’il devrait être premier ministre puisque c’était l’intention exprimée par Jovenel Moïse. Les États-Unis ont reconnu Claude Joseph comme premier ministre par intérim, mais une délégation américaine a également rencontré Ariel Henry et le sénateur Joseph Lambert, président du Sénat démantelé d’Haïti, un Sénat qui ne fonctionne pas, car le mandat des législateurs a expiré sans que de nouvelles élections aient lieu.

Joseph Lambert aspire également à diriger le pays. Les responsables américains disent qu’ils veulent voir des élections. Celles-ci étaient prévues pour septembre.

CHRISTIAN EMMANUEL SANON

Christian Emmanuel Sanon est un médecin, pasteur et homme d’affaires né en Haïti et résident américain de longue date qui a été détenu en tant que suspect dans le complot d’assassinat du président. Il a mentionné qu’il avait fait du travail caritatif en Haïti, où il a également possédé plusieurs entreprises.

Dans une vidéo sur YouTube datant de 2011, il exprimait son désir d’être président du pays et accusait ses dirigeants de corruption. Après son arrestation, le chef de la police nationale d’Haïti, Léon Charles, a déclaré que Christian Emmanuel Sanon s’était envolé pour Haïti en juin à bord d’un jet privé et accompagné d’une équipe de sécurité avec l’intention de prendre la présidence d’Haïti.

Léon Charles a déclaré qu’après la mort de Jovenel Moïse, un suspect a téléphoné à Christian Emmanuel Sanon, qui a ensuite contacté deux personnes soupçonnées d’être les cerveaux du complot. Le chef ne les a pas identifiés et n’a pas dit non plus si la police savait qui ils sont.

Les amis de Christian Emmanuel Sanon ont exprimé leur scepticisme quant à son implication dans un complot violent. Il ne semble pas que Christian Emmanuel Sanon, qui a dirigé une série d’entreprises infructueuses aux États-Unis, a déclaré faillite en 2013 et était largement inconnu dans les milieux politiques haïtiens, aurait les ressources ou le soutien politique nécessaire pour monter une telle opération.

ANTONIO ENMANUEL INTRIAGO VALERA

Intriago Valera est un émigré vénézuélien de la région de Miami qui dirige l’entreprise de sécurité CTU Security en Floride. Le chef de la police nationale colombienne, le général Jorge Luis Vargas, a déclaré que la carte de crédit de l’entreprise CTU Security avait été utilisée pour acheter 19 billets d’avion de Bogota à Saint-Domingue pour les suspects colombiens. Un associé de Christian Emmanuel Sanon a déclaré que l’homme d’affaires a assisté à une récente réunion en Floride avec Intriago Valera au cours de laquelle une présentation a été faite sur le développement d’Haïti.

DIMITRI HÉRARD

Dimitri Hérard est chef de la sécurité générale au Palais présidentiel d’Haïti. Le chef de la police nationale colombienne a déclaré que Dimitri Hérard s’était envolé pour la Colombie, l’Équateur et le Panama des mois avant l’assassinat, et que la police colombienne enquête pour savoir s’il a joué un rôle dans le recrutement des mercenaires. En Haïti, des procureurs cherchent à interroger Dimitri Hérard.

L’ANCIEN SÉNATEUR JOHN JOËL JOSEPH

John Joël Joseph est un homme politique bien connu qui est un opposant au parti Tèt Kale auquel Jovenel Moïse appartenait. Il a été élu sous le parti de René Préval et a servi pendant six ans. La police affirme qu’il est l’un des cinq fugitifs recherchés dans l’assassinat et l’a décrit comme étant armé et dangereux.

RODOLPHE JAR

La police recherche également Rodolphe Jaar dans le cadre de l’enquête pour le meurtre de Jovenel Moïse, affirmant qu’il est l’un des cinq suspects en fuite. Rodolphe Jaar utilise le pseudonyme de «Whiskey».

Il a été inculpé en 2013 avec deux autres hommes devant un tribunal fédéral du sud de la Floride pour complot en vue de faire de la contrebande de cocaïne aux États-Unis depuis la Colombie et le Venezuela en passant par Haïti. Il a plaidé coupable et a été condamné à 46 mois de prison, selon des archives judiciaires.

Lors de son audience de détermination de la peine en 2015, l’avocat de Rodolphe Jaar a déclaré au tribunal qu’il avait été une source confidentielle pour le gouvernement américain pendant plusieurs années avant son inculpation.

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