Entente sur les tiers pays sûrs: Goodale ouvre la porte à une modification

OTTAWA — Le Canada est en discussions «très préliminaires» avec les États-Unis pour éventuellement rouvrir l’Entente sur les tiers pays sûrs, a révélé le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, mardi.

Cette entente permet aux deux pays de refuser des migrants qui ont déposé une première demande d’asile dans l’autre pays. Une potentielle révision de l’accord viserait à freiner l’afflux de demandeurs d’asile, qui sont de plus en plus nombreux à traverser de façon irrégulière la frontière canadienne.

«C’est une discussion que nous avons avec les Américains sur les moyens variés qui pourraient être utilisés des deux côtés de la frontière pour assurer sa sécurité et son intégrité», a déclaré M. Goodale à sa sortie de la rencontre hebdomadaire du cabinet.

«Mais c’est très préliminaire en ce moment, on regarde les enjeux et les solutions potentielles.»

L’année dernière, la plupart des demandeurs d’asile arrivés de façon irrégulière provenaient d’Haïti, car plusieurs craignaient d’être déportés avec l’abolition, par le président Donald Trump, du statut de protection de temporaire leur permettant de rester au pays. Dans les derniers mois, le nombre de demandeurs d’asile a encore augmenté, mais ils sont pour la plupart originaires du Nigéria.

Le Québec est la province la plus touchée par ce mouvement de population, et de loin.

Certains médias rapportaient cette semaine que le gouvernement canadien voulait réviser l’entente pour qu’elle s’applique à toute la frontière — et non seulement aux postes frontaliers. Ralph Goodale a toutefois rejeté cette idée.

«Cela augmenterait l’insécurité à la frontière et rendrait les traversées encore moins sécuritaires», a-t-il indiqué.

M. Goodale a ajouté que le gouvernement n’avait pas entamé de pourparlers officiels avec l’administration Trump dans le but de réduire le nombre de demandeurs d’asile à la frontière entre les deux pays.

Le gouvernement veut s’assurer que la frontière soit bien gardée, mais il veut aussi demeurer compatissant lorsqu’il est question des demandeurs d’asile, a indiqué le premier ministre Justin Trudeau à la Chambre des communes, mardi.

«Être compatissant et accueillant est l’une des grandes forces du Canada», a-t-il déclaré.

«Mais nous savons aussi que l’application des règles et des lois de notre système d’immigration est essentielle pour être juste, mais aussi essentielle pour assurer notre soutien continu envers l’immigration et les réfugiés.»

Une entente critiquée

En vertu de l’Entente sur les tiers pays sûrs, entrée en vigueur en décembre 2004, le Canada et les États-Unis se reconnaissent mutuellement comme un pays sûr pour protéger les demandeurs d’asile.

Cela signifie que lorsque des demandeurs d’asile se présentent à un poste-frontière, les autorités canadiennes peuvent refuser de les laisser entrer au pays parce qu’ils ont demandé l’asile en premier aux États-Unis. C’est pour cette raison que plusieurs d’entre eux choisissent d’entrer au Canada de façon irrégulière.

L’opposition conservatrice demande depuis longtemps au gouvernement de combler ce vide dans l’entente. Selon la porte-parole conservatrice en matière d’immigration, Michelle Rempel, ces discussions arrivent «trop tard».

D’autres intervenants critiquent cette entente, car selon eux, les États-Unis ne sont pas nécessairement un pays sûr pour les gens qui fuient la persécution.

L’Entente sur les tiers pays sûrs fait d’ailleurs l’objet d’une contestation judiciaire en Cour fédérale. Le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), Amnistie internationale et le Conseil canadien des églises se sont joints à une femme, identifiée seulement comme «E», qui demande au tribunal d’invalider l’entente.

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