Entre célébrations et inquiétudes pour les droits civiques à la fierté LGBTQ+

NEW YORK — Les commémorations de la fierté LGBTQ+ qui semblent parfois être des fêtes de la victoire pour les droits civiques sont maintenant aux prises avec un environnement de batailles législatives et de rhétoriques intensifiées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. La décision de la Cour suprême sur l’avortement fait également craindre des pertes de droits pour la communauté.

De grandes foules sont attendues dimanche lors des événements de la fierté à New York et dans d’autres villes, dont San Francisco, Chicago, Denver et Toronto, dans le cadre d’un retour à de grands événements en personne après deux ans de restrictions induites par la pandémie.

Comme chaque année, les célébrations s’annoncent exubérantes et festives. Mais, pour beaucoup, ils seront également porteurs d’un sentiment renouvelé d’urgence et d’inquiétude.

«Il y a tellement d’attaques anti-LGBTQ+ en cours dans tout le pays, et beaucoup d’entre elles visent vraiment à effacer notre existence et à nous rendre invisibles, et à rendre nos jeunes invisibles et nos aînés invisibles», a souligné Michael Adams, qui est à la tête de l’organisme de défense des droits des aînés LGBTQ+, SAGE.

Les extrémistes ont adopté une position de plus en plus hostile envers les événements de la fierté, notamment en complotant une attaque contre une marche dans l’Idaho, tandis que les gouvernements conservateurs des États ont proposé et, dans certains cas, adopté une multitude de lois anti-LGBTQ+.

Un autre coup dur est venu vendredi, lorsque la majorité conservatrice de la Cour suprême a invalidé l’arrêt «Roe contre Wade», qui garantissait de longue date un droit national à l’avortement, et qui amène plusieurs personnes à se demander si le mariage homosexuel pourrait être le prochain.

La décision majoritaire a affirmé qu’il s’agissait uniquement d’avortement, mais dans son opinion concordante, le juge Clarence Thomas a déclaré que d’autres cas devraient être réexaminés, y compris celui qui a légalisé le mariage homosexuel.

En mars, le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a signé une loi interdisant l’enseignement de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre de la maternelle à la troisième année, que les critiques ont décriée comme un effort pour marginaliser les personnes LGBTQ+ et fustigée comme la loi «Don’t Say Gay».

Au Texas, le gouverneur Greg Abbott, un républicain comme Ron DeSantis, a envoyé une lettre aux agences de santé de l’État en février disant que ce serait de la maltraitance d’enfants en vertu de la loi de l’État pour les jeunes transgenres d’obtenir des soins médicaux affirmant leur genre. Un juge a interrompu la pleine mise en œuvre de toute poursuite parentale. 

Un historique de protestations

La protestation a toujours été un élément du défilé de la fierté de New York, qui coïncide à peu près avec l’anniversaire du début du soulèvement de Stonewall du 28 juin 1969 — des jours de manifestations de colère déclenchées par une descente de police dans un bar gay de Manhattan.

Les marcheurs des années 1980 ont protesté contre le manque d’attention du gouvernement à l’épidémie de sida.

Ces dernières années, cependant, elles ont souvent célébré des victoires majeures pour les communautés LGBTQ+, comme en 2015 lorsque la Cour suprême a rendu la décision Obergefell c. Hodges reconnaissant le mariage homosexuel.

Ce n’est pas le cas cette année cependant.

«Cette année, nous avons assisté à une avalanche de projets de loi anti-LGBTQ+ agressivement hostiles dans de nombreux États et plusieurs d’entre eux ont été adoptés l’année dernière», a précisé Jennifer Pizer, directrice juridique et politique de Lambda Legal.

Un besoin d’activisme

Cela rappelle une réalité : en plus de la célébration, il y a toujours un besoin d’activisme, a clamé Joe Negrelli, 70 ans, un participant de longue date à la fierté de New York, qui s’inquiétait de l’égalité du mariage.

«Pourrait-il être renversé ? Oui, je le crois. C’est une possibilité», a-t-il dit à propos de la décision du tribunal légalisant le mariage homosexuel dans tout le pays. Cela «me donne envie de mettre plus d’énergie à m’engager dans la marche».

Quiconque aurait pu être «bercé dans un faux sentiment de sécurité» par les précédentes victoires des droits civiques «a été réveillé maintenant», a ajouté Michael Adams. «Je pense que beaucoup d’entre nous qui comprenons l’histoire de la lutte pour l’égalité, l’équité et la justice sociale dans ce pays savent que la lutte n’est jamais terminée.»

Il ne s’agit pas seulement de lois et de décisions de justice. Ceux qui suivent les discours de haine disent que les propos anti-LGBTQ+ ont augmenté en ligne, ce qui fait craindre que les extrémistes ne le prennent comme un appel à s’engager dans l’action, comme la vague de protestations et les interruptions physiques qui ont eu lieu à Drag Queen Story Hours, où des adultes en drag lisent des livres aux enfants.

Plus tôt ce mois-ci, 31 membres d’un groupe suprémaciste blanc, portant du matériel antiémeute, ont été arrêtés pour avoir été accusés de comploter une perturbation majeure lors d’un événement de la fierté dans l’Idaho.

«L’amour peut persister»

Cela ne signifie pas que la célébration est mise de côté, selon des militants.

«Il peut y avoir des célébrations et de la joie, et aussi un but dans la protestation», a déclaré Jennifer Pizer.

Ellen Ensig-Brodsky, 89 ans, a assumé ces deux rôles au cours de ses décennies de participation à la fierté en tant que militante des droits LGBTQ+.

«Le défilé est l’affichage, publiquement, de mon identité et de mon groupe dont je fais partie depuis au moins 40 ans ou plus», a-t-elle dit, ajoutant qu’elle marchera à nouveau dimanche. «Je ne voudrais certainement pas le manquer.»

Après tout ce temps, l’animosité et l’hostilité qu’elle constate à travers le pays ne lui sont pas étrangères.

«L’intention d’augmenter la présence anti-LGBTQ+ est un retour à ce avec quoi j’ai commencé il y a des décennies, a-t-elle rappelé. À l’époque, nous ne sommes pas sortis. Nous nous sommes cachés.»

Ce ne sera plus le cas, a-t-elle conclu. «Je pense que nous devons montrer que l’amour peut persister, continuer et se propager.»

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