Entreprises québécoises au Consumer Electronics Show: bilan d’une édition numérique

MONTRÉAL — La grand-messe du plus grand salon de l’électronique mondial se termine ce jeudi. La formule entièrement virtuelle semble avoir refroidi plusieurs entreprises, mais d’autres n’ont pas hésité à tenter l’aventure. 

Si le Consumer Electronics Show (CES) peut compter sur de grandes marques internationales, comme Sony ou Intel, une grande place est accordée aux petites et moyennes entreprises du monde entier.  

De ce lot, Mels, l’entreprise québécoise bien connue dans le monde de l’audiovisuel pour ses studios de postproduction, présente son nouveau produit phare: un plateau de production virtuelle. Celui-ci peut être monté et démonté selon les besoins. 

À l’heure où bon nombre d’avions sont cloués au sol, Mels propose de recréer des environnements de manière plus réaliste que peut le faire un écran vert. Pratique pour planter son décor à Paris ou New York sans traverser les frontières.  

Pour le président Martin Carrier, il était hors de question de passer son tour pour cette édition uniquement en ligne du CES. 

«On présente un produit qui peut répondre à un besoin spécifique et demandé de l’industrie cinématographique d’aujourd’hui», affirme-t-il.  

«Le virtuel a ses limites»

Pour sa part, le président d’entreprise Alain Phaneuf a décidé de ne pas participer à l’édition numérique. Deux facteurs ont pesé dans la balance. Premièrement la fermeture des usines au printemps, en raison de la pandémie, a retardé ses échéanciers et il préfère peaufiner la mise au point de son plus récent prototype de surfaceuse (zamboni) à conduite autonome. 

Ensuite, «le virtuel a ses limites», reconnaît celui qui a participé à une dizaine de salons en ligne en 2020. La dernière expérience s’est avérée particulièrement décevante. Après y avoir investi le fort prix, seulement deux personnes se sont présentées à son kiosque virtuel, deux personnes qu’il connaissait déjà de surcroît. 

Une différence marquée avec le succès remporté l’an dernier quand l’événement s’est tenu à Las Vegas. Sa zamboni entièrement automatisée, qui se déplace sans chauffeur, s’est rapidement fait repérer des médias présents. 

Résultat: son carnet de commandes a explosé, des ententes qui étaient en pourparlers se sont concrétisées et son calendrier de rencontres s’est rempli avant même son retour au Québec.

Un investissement plus rentable, qui lui avait alors ouvert les portes de la Maison du Québec à Los Angeles où il a commencé à tisser des liens d’affaires. 

La grand-messe en ligne

Le salon annuel le plus connu de l’électronique est un lieu d’échange important, alors participer à la version numérique de l’événement vaut-il la peine?

Pour Frantz Saintellemy, président et chef de l’exploitation de LeddarTech (microprocesseurs pour le secteur automobile), la réponse est oui. 

«C’est la grand-messe», dit-il. C’est donc un rendez-vous incontournable auquel il participe depuis une vingtaine d’années. 

Son entreprise se spécialise dans le développement de capteurs qui permettent aux voitures autonomes de repérer des obstacles sur leur chemin. 

«Traditionnellement, à LeddarTech, on a une présence assez physique et assez importante.»  

Par physique, il veut dire tenir un kiosque, discuter avec les gens sur place, se déplacer d’un bout à l’autre de la salle ou d’un hôtel à l’autre. 

Car il faut comprendre que le terrain de jeu du CES est grand, voire très grand. «Parfois, jusqu’à deux heures à pied, pour se rendre à une autre conférence», souligne-t-il. 

Cette année laisse place à une expérience qu’il qualifie «d’assez unique», mais non moins intéressante. En fait, il est plutôt agréablement surpris. 

«Je n’avais pas nécessairement de grandes attentes», confie l’ingénieur de formation. C’est pourtant une quarantaine de courriels qu’il a reçus dès le premier jour. Plus qu’à l’habitude. 

«L’avantage du numérique est que cela a permis de prendre contact avec des gens qui, en temps normal, sont plus difficilement accessibles», explique-t-il. 

Il apprécie particulièrement l’outil d’échange que le CES a mis à la disposition des exposants. 

L’expérience jusqu’ici lui plait. Il admet toutefois qu’elle ne remplace pas le fait d’y être en personne. «Les relations qui se bâtissent au CES se font beaucoup de façon informelle, en allant prendre un café. Là, en ligne, c’est très formel. Il manque l’aspect des relations humaines», reconnaît M. Saintellemy. 

Plus d’une centaine de rencontres pour les entreprises québécoises

Marie-Ève Jean, vice-présidente exportation à Investissement Québec International, confirme la participation de 20 entreprises de la Belle Province cette année, comparativement à 70 l’an dernier. 

«Le virtuel attire moins de participants, d’autres prennent leurs repères dans le monde numérique et préfèrent s’informer auprès de leurs pairs qui participent cette année avant de tenter l’expérience», explique Mme Jean. 

Pour ceux qui ont répondu présents, les opportunités ne manquent pas, dit-elle. Lors de la journée d’ouverture lundi, 120 rencontres d’affaires virtuelles avaient été organisées, selon les données préliminaires d’Investissement Québec.  

Malgré la formule du salon numérique «notre souhait est d’aider les entreprises québécoises à réussir leur projet d’exportation», souligne la vice-présidente.

«On déploie les mêmes efforts et la même énergie pour les accompagner», ajoute-t-elle. 

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.