Entrevue avec l’homme qui défie Trump

Les médias sont beaucoup trop complaisants envers Donald Trump, dénonce le journaliste-vedette américain Jorge Ramos, expulsé d’une conférence de presse du milliardaire. Notre journaliste l’a rencontré.

Photo : Jonathan Trudel
Photo : Jonathan Trudel

Pour les journalistes qui couvrent la course à la présidence des États-Unis, les conférences de presse de Donald Trump offrent un spectacle incontournable.

Depuis l’annonce de son intention de briguer l’investiture républicaine, l’excentrique milliardaire multiplie les déclarations incendiaires et les attaques personnelles contre ses adversaires politiques et contre les journalistes — y compris ceux de Fox News, qui agissent pourtant souvent comme des porte-paroles non officiels du Parti républicain.

Mardi, en marge d’un rassemblement partisan à Dubuque, en Iowa, les services de sécurité de Trump ont carrément expulsé de la salle un journaliste qui se montrait un peu trop incisif aux yeux du milliardaire.

Assis tout juste devant moi, et à quelques mètres de Trump, le chef d’antenne du réseau hispanophone Univision, Jorge Ramos, s’est levé d’entrée de jeu pour interroger le candidat à propos de son projet d’expulser quelque 11 millions d’immigrants sans papiers.

Trump était furieux. «Sit down!» (assieds-toi), lui a-t-il lancé à plusieurs reprises, avant que des gardes du corps de Trump escortent Ramos hors de la salle.

Le journaliste a par la suite pu réintégrer la conférence de presse et poser quelques questions.

Mais l’affaire a rapidement fait le tour des États-Unis — et des médias du monde entier.

Jorge Ramos, qui jouissait déjà d’un statut de véritable vedette au sein de la communauté hispanophone, gagnera sans doute d’autres admirateurs.

Et le journaliste de 57 ans ne compte surtout pas s’arrêter là.

Je l’ai rencontré à son hôtel après le rassemblement de Trump à Dubuque, en Iowa.

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Comment réagissez-vous à votre expulsion?

En tant que journaliste, c’est ma responsabilité de poser des questions difficiles. J’avais déjà demandé une entrevue avec Trump il y a plusieurs semaines. Non seulement il a refusé, mais il a diffusé ma lettre avec mon numéro de téléphone privé dans les réseaux sociaux. Je n’ai pas eu d’autre choix que de m’y prendre autrement pour obtenir des réponses; voilà pourquoi je suis venu de Miami jusqu’ici, en Iowa. Trump veut déporter 11 millions d’immigrants! Ce qu’il propose pourrait avoir des effets terribles sur la communauté hispanique. Cela séparerait des centaines de milliers de familles. Des étudiants et des enfants seraient expulsés. Les enjeux sont importants.

Vous croyez que les journalistes sont trop indulgents envers Donald Trump?

Oui, ça a été trop souvent le cas depuis qu’il a annoncé sa candidature. Étonnamment, ce sont surtout les modérateurs de Fox News, au premier débat des candidats républicains, qui ont agi comme de vrais journalistes. Tous les journalistes devraient se comporter en chiens de garde, c’est notre rôle. À la fin de notre échange d’aujourd’hui, il a promis de m’accorder une entrevue, sur mon réseau [Univision]. Je compte bien continuer à le talonner.

Trump peut-il renverser la vapeur et conquérir le vote hispanophone?

Je suis convaincu que non. Les derniers sondages indiquent que 75 % des hispanophones voteraient contre lui. Écoutez, je suis moi-même un immigrant [NDLR: il est né à Mexico]. Quand il parle des immigrants, il parle de moi. La seule différence, c’est que j’ai ma citoyenneté américaine. Et que d’autres hispanophones aux États-Unis ne l’ont pas. Pour nous, les positions de Trump en matière d’immigration sont des attaques personnelles. Ce n’est pas qu’un jeu politique.

L’avance de Trump dans les sondages et son éventuelle accession à la présidence soulèvent beaucoup d’indignation et de craintes. Comme journalistes, nous devons aborder les questions difficiles avant qu’il soit trop tard. En 2003, avant la guerre en Irak, nous, journalistes, sommes restés silencieux devant les mensonges du gouvernement américain. On sait maintenant que le pays est entré en guerre sous des prétextes fallacieux: il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak. J’ai appris de cet épisode. Le péché capital pour un journaliste, c’est de rester silencieux.

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MISE À JOUR

L’«affaire» Ramos-Trump continue de faire des vagues aux États-Unis.

Certains commentateurs se demandent si Ramos, chef d’antenne à Univision, n’a pas franchi la ligne entre reportage et militantisme.

En entrevue au quotidien L.A. Times, le directeur de MRC Latino, un organisme conservateur qui surveille les médias hispanophones, rappelle que les avocats et les militants ne sont pas admis aux conférences de presse. Or, à son avis, Jorge Ramos se comporte davantage comme un militant que comme un journaliste. Il devrait choisir son camp «et ne pas mélanger les deux», dit-il.

Il faut aussi rappeler que Trump réclame 500 millions de dollars à l’employeur de Ramos, Univision, pour «bris de contrat». Le réseau de télé avait mis fin au contrat de télédiffusion du concours Miss USA, en juin dernier, après les propos controversés de Trump au sujet des immigrants mexicains. «Le Mexique ne nous envoie pas ses meilleurs gens, avait déclaré le milliardaire lors du lancement de sa campagne électorale. Il nous envoie ceux qui ont des problèmes. Ils nous apportent la drogue, la criminalité. Ce sont des violeurs. Certains, je présume, sont de braves gens.»

Ces propos ont profondément offusqué la communauté hispanique — et Jorge Ramos les a souvent dénoncés à son émission Noticiero Univision.

Les talk-shows de fin de soirée aux États-Unis, dont celui de Conan O’Brien, s’en sont aussi donné à cœur joie au sujet de l’«affaire» Ramos-Trump…

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6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Si je n’avais pas eu accès à la vidéo disponible j’aurais quasiment tout gobé de ce que vous rapportez. Vous insinuez que Trump a agi comme un rustre lors de ce non-événement et qu’en plus il était furieux. Haha! Elle est bien bonne. La seule partie de votre texte qui semble crédible est les propos rapportés de Jorge Ramos. Vous le citez verbatim au moins? Ce n’est certainement pas votre meilleur publireportage si j’en crois vos « cinq médailles d’or décernées par la Fondation nationale des prix du magazine canadien… et le prix Jean-Paré remis au «journaliste de l’année» par l’Association québécoise des éditeurs de magazines. »

« La fortune ne donne pas l’intelligence et la capacité, elle ne donne pas la probité et la bonne conduite. »
Extrait de: JOURNAL HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE, Tome IV, Liége, 1er mai 1837, p.21.

D’accord ou pas avec Donald Trump Il dit ce qu’il pense. Et cela nous change de toutes ces marionnettes en mode électorale, Canada inclus.

Trump c’est l’extrême droite en puissance. Très dangereux! Avec quel nouveau Premier Ministre Canadien va-t-il le mieux matcher?