Équiterre dénonce les subventions de Québec à l’industrie des hydrocarbures

MONTRÉAL — Le gouvernement du Québec verse 300 millions $ par année en subventions à l’industrie des hydrocarbures, relève une étude réalisée par l’Institut international du développement durable (IISD) pour le compte d’Équiterre.

Ces subventions ne visent pas la production d’énergie fossile — comme c’est le cas au niveau fédéral —, mais bien la consommation, souligne le rapport publié mercredi.

Selon le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, il s’agit du premier portrait complet réunissant en un seul coup d’oeil l’ensemble des subventions et investissements du gouvernement du Québec destinés à l’industrie des hydrocarbures.

À la lumière des données compilées, l’IISD conclut que le gouvernement québécois a versé environ 1,7 milliard $ depuis 2011 en appui aux énergies fossiles.

Ce montant provient de divers programmes offrant une réduction, une exemption ou un remboursement de la taxe sur les carburants.

M. Guilbeault s’est dit «très surpris» par cette moyenne annuelle de 300 millions $. Des dépenses fiscales qui vont à l’encontre, selon lui, des engagements pris par le gouvernement en faveur d’une transition énergétique.

«D’un côté, on essaye de réduire nos émissions de GES, on adopte une politique énergétique qui a pour objectif de réduire notre consommation de pétrole de 40 pour cent d’ici 2030 et de l’autre côté, on aide les gens à consommer de l’essence», soutient-il.

«Il y a un non-sens total entre les deux.»

Des «contradictions» dans l’utilisation du Fonds vert sont également pointées du doigt par Équiterre et l’IISD.

Le gouvernement du Québec a pigé à même la caisse de ce fonds, censé favoriser le développement durable, pour financer à hauteur de 45 millions $ l’extension du réseau de distribution de gaz naturel d’Énergir (anciennement Gaz Métro).

L’auteur du rapport Yanick Touchette, conseiller en politiques à l’IISD, souligne que le gouvernement continue ainsi «d’encourager la consommation d’un hydrocarbure».

Enfin, M. Touchette rappelle que Québec a agi comme «partenaire financier» pour le développement des hydrocarbures dans la province, notamment en finançant l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti par l’entremise d’Investissement Québec.

Un ménage à faire

Équiterre demande au gouvernement provincial de faire le «ménage» dans ses subventions et dans son système fiscal afin que ses actions soient cohérentes avec son discours en faveur de la réduction des gaz à effet de serre.

Québec est invité à éliminer l’entièreté des subventions encourageant la consommation des hydrocarbures d’ici 2025, ce qui correspond à l’engagement pris par le Canada auprès des États membres du G7 et du G20.

Un échéancier qui tient compte du temps nécessaire pour réformer certaines mesures fiscales, explique Yanick Touchette. «On reconnaît que certains de ces programmes ont des répercussions et sont importants au niveau socio-économique», précise-t-il.

Le gouvernement est toutefois encouragé à resserrer dès maintenant les critères entourant le Fonds vert pour s’assurer qu’il ne serve plus à financer le secteur des hydrocarbures.

Par ailleurs, Yanick Touchette souligne que la compilation des données pour réaliser cet instantané du lien unissant le gouvernement québécois aux énergies fossiles a été très complexe à réaliser. Une plus grande transparence est de mise, croit-il.

De concert avec Équiterre, l’IISD demande à Québec, dès le budget de 2019, de compiler lui-même ces données.

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Une fois de plus, les actions posées par le gouvernement québécois trahissent ses véritables intentions. Alors que le premier ministre Philippe Couillard clame sur les tribunes internationales sa volonté de lutter contre le réchauffement climatique catastrophique en cours, dans les faits, il continue à financer à hauteur de plus de 300$ millions par année la consommation d’énergies fossiles directement en cause dans l’explosion des températures mondiales.

Peu de médias – à part L’Actualité qui se mérite ainsi un grand bravo! – ont encore relevé la duplicité inqualifiable de ce gouvernement qui contribue à nous entraîner tous vers le gouffre d’un désastre incommensurable au lieu de poser les gestes responsables qui pourraient commencer à nous en éloigner. Ce que relève le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, dans cet article n’est bien sûr qu’un élément parmi les nombreux autres problèmes liés à la dissonance cognitive dont semblent être affligés nos gouvernants actuels. On ne peut PAS prétendre lutter contre une chose et la financer en même temps chaque année à coup de centaines de millions de l’argent des contribuables.

Le plus révoltant, c’est que tel qu’indiqué dans cet article, le gouvernement québécois a eu l’audace de piger dans le Fonds vert, « censé favoriser le développement durable, pour financer à hauteur de 45 millions $ l’extension du réseau de distribution de gaz naturel d’Énergir (anciennement Gaz Métro). »

Les gestes parlent plus fort que les beaux discours et ce qu’ils révèlent est révoltant et absolument inacceptable.

Bien sûr, on ne peut blâmer uniquement le gouvernement pour son incohérence patente quand vient le temps de protéger notre environnement des milliards de coups de poignards que nous lui assenons collectivement, jour après jour. Les choix des consommateurs que nous sommes tous, dont ceux qui céderont à la tentation de brûler du méthane de schiste pour chauffer leur demeure – dont la consommation sera subventionnée à même le Fonds vert! – sont tout autant responsables de la crise mondiale dans laquelle nous nous enfonçons.

Mais nos élus ont une responsabilité toute particulière, par les décisions qu’ils prennent et par celles qu’ils hésitent à prendre et ne font pas, dans la folle course en avant qui nous précipite vers l’abysse de plus en plus profond que nous nous creusons à force de brûler des combustibles fossiles générateurs de gaz à effet de serre.