Éradiquer la tuberculose: des chercheurs montréalais à pied d’oeuvre

MONTRÉAL — Alors que la tuberculose continue ses ravages en 2019, même au Québec, une commission internationale est formelle: il est possible de l’éradiquer d’ici 25 ans. Des chercheurs de Montréal s’y affairent, et ont donné un sérieux coup de pouce en développant récemment un nouveau régime de médicaments pour sa forme latente -beaucoup moins long, donc moins coûteux.

Forts de leur succès, ils sont déjà à pied d’oeuvre pour réduire encore plus la durée du traitement.

Car le manque d’argent demeure le principal obstacle pour se débarrasser de la tuberculose, une maladie mortelle qui sévit encore de nos jours, dit le docteur Dick Menzies, pneumologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et chercheur senior au Centre international de tuberculose (TB) de McGill.

Dans un rapport publié par la revue médicale britannique The Lancet à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la tuberculose, qui avait lieu cette semaine, les experts estiment que ce but peut être atteint avec une stratégie bien ciblée – et si on y met suffisamment d’argent.

Pour y arriver, il faut absolument utiliser un régime de médicaments plus court et plus sécuritaire, ajoute de son côté le professeur Menzies.

Il précise que le coût n’est pas tant celui des médicaments que celui du personnel qui doit l’administrer et assurer le suivi pendant des mois. Bref, plus c’est court, mieux c’est: le traitement sera moins dispendieux et les patients risquent moins d’abandonner en cours de chemin.

La tuberculose tue encore 1,6 million de personnes par année dans le monde, dont beaucoup en Inde, en Indonésie et en Chine.

Cette infection pulmonaire grave, transmise par voie aérienne, est actuellement la maladie infectieuse la plus meurtrière, avec plus de victimes que le sida et le paludisme réunis.

Au Québec

Au Québec aussi, la tuberculose fait malheureusement toujours partie du paysage.

Les sanatoriums en haut des montagnes sont peut-être délaissés, mais il y a toujours des épidémies dans des villages du Nord du Québec, déplore le docteur Richard Menzies, qui soigne et suit ces populations.

Il y a même une recrudescence ces 10 dernières années, dans certains villages inuits, dit-il. « C’est une vraie épidémie ».

Dans les années 1980, le taux de tuberculose dans le nord était 10 fois plus élevé que dans le reste de la province. Maintenant, il est de 280 fois plus élevé, dit-il. Un taux semblable à ce qui est observé dans certains pays d’Afrique.

Elle touche aussi des nouveaux arrivants, et des personnes âgées qui ont été infectées avant les années 1950.

La recherche

Dick Menzies oeuvre notamment au sein du Centre international de TB de McGill qui rassemble plus de 15 chercheurs de l’Université McGill et de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) ayant une expertise en sciences fondamentales, en recherche clinique ainsi qu’en santé publique et mondiale.

Les recherches du Centre ont eu une influence directe sur plusieurs politiques nationales et mondiales. D’ailleurs, il a récemment été reconnu comme centre collaborateur de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) en recherche sur la tuberculose.

Le docteur Menzies et son équipe ont réalisé plusieurs études, dont une sur le traitement de la tuberculose latente. Il s’agit d’une forme inactive de la maladie, qui ne provoque pas de symptômes, mais qui peut se transformer en maladie grave si elle n’est pas traitée.

Les résultats ont le potentiel de changer la donne.

Actuellement, les personnes affectées doivent prendre des médicaments tous les jours, pendant neuf mois. Et malheureusement, ils ont des effets très néfastes sur le foie. Le chercheur a donc testé avec son équipe un régime se servant d’un autre antibiotique pouvant être pris sur quatre mois seulement.

« Il a la même efficacité, mais avec beaucoup moins d’effets secondaires », dit-il. « C’est moins long et moins coûteux ».

Il peut être utilisé partout, car il a été bien toléré là où il a été testé, notamment en Afrique et en Indonésie, ajoute-t-il. Il espère qu’il servira à traiter plus de gens.

Il est aussi d’avis que ce régime doit remplacer le standard actuel. L’OMS tiendra d’ailleurs une conférence en juin pour considérer l’adoption de lignes directrices recommandant ce nouveau régime.

Et pourquoi pas plus court?

Le docteur Menzies a lancé un autre projet de recherche pour réduire encore la durée, soit à deux mois seulement.

Si les médicaments aident, bien d’autres choses sont nécessaires selon lui: une approche intensive, incluant la vaccination, un dépistage systématique pour rejoindre les gens avant qu’ils ne soient trop contagieux, la création de programmes de sensibilisation et de prévention, et aussi, l’expertise de professionnels en santé inuits et autochtones, énumère le chercheur.

Le gouvernement canadien a annoncé l’an dernier qu’il allait investir 27,5 millions $ sur cinq ans pour contrer la tuberculose. « Mais vraiment, c’est une goutte d’eau dans un seau », tranche le docteur Menzies.

Il trouve « terrible » qu’il ait été possible de presque complètement se débarrasser de la tuberculose dans la population générale au pays, mais que les Inuits et d’autres populations autochtones soient encore aux prises avec cette maladie, surtout avec cette ampleur.

« La tuberculose, c’est un marqueur des problèmes de pauvreté, des inégalités socio-économiques », dit-il.

D’ailleurs, dès que les conditions se détériorent dans un pays, la tuberculose refait surface, constate-t-il, notant que c’est le cas actuellement au Venezuela.

Les plus populaires