Erin O’Toole : aviateur, avocat, aspirant au poste de premier ministre du Canada

OTTAWA — Quand il est arrivé à la faculté de droit, Erin O’Toole s’est assuré qu’il était habillé comme il faut. Alors que ses camarades de l’Université Dalhousie portaient jeans et t-shirts, le jeune homme, lui, sortait du lot avec son pantalon et sa chemise boutonnée.

M. O’Toole, âgé de 48 ans, a en fait changé plusieurs fois d’« uniforme » dans sa vie, de l’armée au tribunal, puis aujourd’hui à la politique active.

Les proches du chef conservateur soulignent sa détermination, alors qu’il fait aujourd’hui face à l’énorme pression de vaincre le chef libéral Justin Trudeau après un mandat marqué par une pandémie historique et les tentatives de moderniser le Parti conservateur — avec des succès mitigés, selon certains militants. Tout au long de cette drôle d’année, en tout cas, M. O’Toole a essayé de se présenter aux Canadiens comme un « gars de la classe moyenne ».

Né en 1973 à Montréal, Erin O’Toole a ensuite déménagé avec sa famille à Bowmanville, en Ontario, où son père travaillait chez General Motors. Sa mère, une enseignante, est décédée d’un cancer du sein alors que le jeune Erin avait neuf ans. Après le remariage de son père, il est devenu l’aîné d’une famille reconstituée de cinq enfants. L’adolescent a fait du sport et a siégé au conseil étudiant de son école secondaire, où il a fini avec des A.

Contrairement au chef libéral, Justin Trudeau, M. O’Toole n’est pas fils de premier ministre, mais il est tout de même fils de politicien. Son père, John, a été élu en 1995 député progressiste-conservateur de Durham à l’Assemblée législative de l’Ontario ; il l’a été pendant près de 20 ans, même dans l’opposition.

Erin O’Toole remercie son père de l’avoir inspiré à se consacrer au service public, ce qui signifiait pour lui d’entrer dans l’armée à 18 ans. Après une formation de base en Colombie-Britannique, le jeune O’Toole a fréquenté le Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario, où il a obtenu son diplôme en 1995. Il a aussitôt été nommé officier dans l’Aviation canadienne.

C’est à l’été 1999, alors qu’il était déployé à la base de Shearwater, en Nouvelle-Écosse, que le talent de M. O’Toole pour la politique a été remarqué. Il était alors bénévole lors de la campagne du chef progressiste-conservateur de la Nouvelle-Écosse, John Hamm. « Il était tellement affable et persuasif, dans le porte-à-porte : les gens se sentaient vraiment connectés avec lui », se souvient Jamie Baillie, qui a fait du bénévolat avec M. O’Toole à l’époque, et qui a été plus tard chef des progressistes-conservateurs en Nouvelle-Écosse.

Deux courses à la chefferie

Bien que les conservateurs de John Hamm aient remporté une majorité, M. O’Toole est resté fidèle à son objectif de faire son droit. Il a donc pris sa retraite du service militaire régulier et a rejoint la réserve. À 26 ans, M. O’Toole a épousé sa femme, Rebecca, et le couple a finalement quitté la côte est pour Toronto, où l’avocat a passé la décennie suivante à bâtir sa carrière sur Bay Street et à faire du bénévolat. Le couple a également fondé une petite famille : une fille, Mollie, et un garçon, Jack.

Sa venue en politique active semblait alors toute naturelle, estime son ami Ihor Kozak, qui l’a encouragé à se présenter dans Durham, en 2012, lorsque la députée conservatrice Bev Oda a démissionné. M. O’Toole a facilement remporté cette élection partielle dans une région où son père était encore député provincial. Le nouveau député fédéral a été nommé secrétaire parlementaire d’Ed Fast, ministre du Commerce dans le gouvernement de Stephen Harper. Selon M. Fast, ce choix démontre que M. Harper faisait confiance à cette recrue, au moment où le Canada négociait le Partenariat transpacifique et l’accord de libre-échange avec l’Union européenne.

M. O’Toole, dont le premier ministre préféré était Robert Borden, qui a dirigé le gouvernement canadien pendant la Première Guerre mondiale, a ensuite été nommé ministre des Anciens Combattants, en 2015. Lorsque les conservateurs ont perdu le pouvoir lors des élections cette année-là, M. O’Toole a rapidement levé la main pour remplacer Stephen Harper. « Quand il est entré en politique, je pense que personne ne se doutait qu’Erin allait viser les plus hauts sommets », avoue son ami Ihor Kozak.

Mais ça n’a pas été facile. Sa tentative de devenir chef par intérim a échoué et il a été défait en 2017 dans la course, serrée, à la direction du parti. Il est tout de même arrivé troisième, derrière le député de la Saskatchewan et ancien président de la Chambre Andrew Scheer et le député beauceron Maxime Bernier.

M. O’Toole a finalement remporté la course à la chefferie suivante, en août 2020, en se présentant comme le « vrai bleu » de tous les candidats en lice. Pour l’emporter, il a sollicité l’appui des militants « conservateurs sociaux » du parti dans leur deuxième choix lors du scrutin préférentiel.

Certains croient aujourd’hui que M. O’Toole a fait de la fausse représentation, par exemple en promettant l’abolition de la « taxe carbone », alors qu’il a ensuite adopté l’idée d’un prix au carbone. Mais son coprésident de campagne, Walied Soliman, rejette ces critiques. Il croit que M. O’Toole est authentiquement un homme de famille intègre, qui sait écouter.

« Je dirais qu’il est un peu « vieille école », à une époque où le Canada a vraiment besoin de ça. »

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