Erin O’Toole explique sa décision d’avoir défendu, puis exclu Derek Sloan

OTTAWA — Le chef conservateur Erin O’Toole dit qu’il était autrefois prêt à donner le bénéfice du doute à son ancien rival à la course à la direction Derek Sloan, mais plus maintenant.

Il a rejeté l’idée que l’expulsion du caucus de M. Sloan l’oppose à l’une des ailes les plus puissantes du parti, les conservateurs sociaux, que M. O’Toole avait courtisés directement lors de la course à la direction de l’année dernière. M. O’Toole avait défendu le député de Hastings-Lennox Addington lorsque celui-ci avait attaqué l’administratrice en chef de la santé publique, la docteure Theresa Tam.

En entrevue avec La Presse Canadienne, le chef conservateur a expliqué qu’il ne croyait pas que Derek Sloan était raciste l’an dernier lorsque celui-ci avait mis en doute la loyauté de la Dre Tam

C’est pourquoi il s’était opposé au mouvement visant à l’évincer du caucus à ce moment-là, a-t-il soutenu.

M. O’Toole a dit qu’il est à donner le bénéfice du doute à un collègue député et à l’écouter une première fois.

C’était le cas avec Derek Sloan, lorsque celui-ci avait dit qu’il n’avait pas voulu critiquer les intentions de la docteure Tam, a précisé le chef.

Impact des événements aux États-Unis

Mais selon M. O’Toole, «une tendance s’est dégagée» depuis ce temps et de la grogne s’est intensifiée à l’idée que les opinions extrêmes de M. Sloan puissent nuire à la volonté du parti de former un gouvernement.

Toute cette affaire semble avoir atteint un sommet la semaine dernière, dans la foulée de l’émeute menée au Capitole par des partisans d’extrême-droite de l’ancien président Donald Trump.

M. O’Toole a subi les pressions du caucus, des partisans conservateurs et de ses rivaux pour dénoncer fermement l’extrémisme dans ses rangs.

Dimanche dernier, le chef conservateur a publié une déclaration où il a fait exactement cela. Le jour suivant, l’organisation PressProgress a rapporté que M. O’Toole s’est indigné d’un don que la campagne à la direction de Derek Sloan a accepté d’un suprémaciste.

Bien que M. O’Toole ait agi rapidement dans le processus pour exclure M. Sloan — il devait obtenir l’appui de 20 pour cent des députés comme l’exige la loi — il a insisté pour dire que la demande provenait du caucus.

«Le caucus était prêt à prendre cette décision et à envoyer un message fort indiquant que nous sommes un parti accueillant, que nous nous respectons les uns les autres et que nous respectons les Canadiens», a-t-il soutenu.

M. O’Toole a rejeté les accusations de M. Sloan et de groupes antiavortement selon lesquelles la décision de le renvoyer n’avait rien à voir avec les déclarations antérieures du député ontarien. 

Les conservateurs sociaux prennent leur place

Ces dernières semaines, Derek Sloan a milité activement pour que le plus de conservateurs sociaux possible soient inscrits au congrès politique du parti en mars.

Le député Sloan et les groupes Campaign Life Coalition et RightNow, veulent recruter plus de délégués dans leur camp pour que certaines motions soient adoptées, dont une qui supprimerait la politique existante selon laquelle un gouvernement conservateur ne réglementerait jamais l’avortement.

Ils veulent également élire plusieurs membres à l’exécutif national pour bien ancrer leur force au sein du parti.

M. Sloan a déclaré que la décision de le renvoyer était une réaction impulsive à ce qui s’est passé aux États-Unis.

Mais il croit aussi que plusieurs collègues députés étaient frustrés de le voir récolter de l’argent et du soutien dans leurs circonscriptions. Il s’est engagé à les nommer pour que les conservateurs sociaux sachent quels députés tentent de les faire taire, a-t-il dit.

«Ils pensent être des petits princes qui dirigent ces fiefs et que personne d’autre ne peut avoir son mot à dire», a-t-il déploré.

M. O’Toole a écarté l’idée que les démarches de M. Sloan visaient à prendre le contrôle du parti, et que sa décision de l’exclure était motivée par la volonté de l’arrêter.

Une figure controversée

Derek Sloan était peu connu sur le plan national lorsqu’il est entré dans la course conservatrice seulement quelques mois après avoir été élu député.

Mais très tôt, il a attiré l’attention en suggérant qu’il doutait des bases scientifiques liées à l’appartenance à la communauté LGBTQ.

À partir de là, il est rapidement devenu bien connu pour ses opinions conservatrices sociales souvent extrêmes. Ses commentaires sur Theresa Tam, dans lesquels il suggérait que sa loyauté était envers la Chine plutôt qu’avec le Canada, ont suscité l’indignation.

Le printemps dernier, en discutant de la réponse du gouvernement libéral à la pandémie et de l’utilisation par Mme Tam de données suspectes de l’Organisation mondiale de la santé sur la Chine, M. Sloan a demandé de manière provocante si l’administratrice en chef travaillait pour le Canada ou la Chine.

Mme Tam est née à Hong Kong. Remettre en question la loyauté de quelqu’un est considéré comme un thème raciste récurrent.

Un appui d’Erin O’Toole

M. Sloan a nié avoir exprimé une opinion raciste. Malgré cela, plusieurs députés ontariens — dont certains qui appuyaient l’ancien ministre Peter MacKay dans la course — ont lancé des démarches pour qu’il soit exclu du caucus.

Erin O’Toole a rejeté ces efforts, pour des raisons qu’il n’a pas expliquées à l’époque. Mais selon certains, c’était pour des raisons politiques.

M. MacKay menait une campagne progressiste. M. O’Toole visait le centre-droit, tandis que M. Sloan et Leslyn Lewis visaient la droite socialement conservatrice.

Avec M. Sloan éliminé, ses partisans seraient probablement allés vers Mme Lewis, ce qui aurait divisé le vote entre elle et M. O’Toole, ouvrant la victoire à M. MacKay.

Mais Erin O’Toole a défendu le député Sloan et a même diffusé des publicités pour rappeler sa décision. 

Depuis la course, plusieurs se sont demandé comment M. O’Toole allait concilier les demandes de l’aile sociale-conservatrice, avec sa volonté d’élargir les appuis du parti. 

Des «problèmes de confiance»

Le chef conservateur a déclaré qu’il était conscient que les gens avaient des «problèmes de confiance» avec son parti, suggérant que les médias sociaux contribuaient au problème et qu’il devrait briser cette bulle en ligne s’il espère voir son parti gagner.

«Le premier ministre doit essayer de rassembler le pays: la diversité de ses habitants, sa géographie, ses industries, les points de vue et l’historique de chacun», a-t-il indiqué à propos du poste qu’il espère occuper.

«Personne n’a dit que c’était facile.»

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