Est-ce que certaines tactiques policières «flagrantes» devraient être rejetées?

De nouvelles preuves d’interventions violentes de la part de policiers montrent que certaines tactiques policières sont «si flagrantes» qu’elles font plus de mal que de bien, fait valoir une militante canadienne.

Sandy Hudson, une fondatrice de Black Lives Matter Toronto, affirme que des mesures de plus en plus musclées sont «utilisées contre les Noirs et les Autochtones».

«Cela ne nous protège pas réellement et, dans certains cas, met davantage en danger», affirme Mme Hudson, également étudiante en droit à l’Université de la Californie à Los Angeles.

«De nombreux militants à travers l’Amérique du Nord demandent un « définancement » de la police parce que les agents utilisent souvent une force excessive qui semble si flagrante.»

Parallèlement aux appels à réduire le financement des forces de l’ordre pour investir dans la prévention et l’aide aux plus vulnérables, il y a eu des manifestations contre la brutalité policière et le racisme un peu partout dans le monde depuis la mort le mois dernier de George Floyd. Cet homme noir est mort après avoir été asphyxié par le genou d’un policier blanc de Minneapolis pendant plusieurs minutes.

Des images qui ont fait surface récemment incluent une vidéo datant de 2018 dans laquelle un policier d’Edmonton utilise son genou pour maintenir la pression sur le cou d’un homme noir au sol lors d’une arrestation. La police a déclaré que la mesure de contention a été utilisée pendant environ 40 secondes et a noté qu’une telle tactique «à haut risque» n’était pas encouragée et ne faisait pas partie de la formation.

Cette semaine, l’organisme de surveillance de la police de l’Alberta a annoncé que deux agents de la GRC ont été accusés de négligence ayant causé la mort après avoir tiré sur un véhicule en mouvement qui s’est retrouvé dans un fossé, pour des faits remontant également à 2018.

L’Équipe d’intervention en cas d’incident grave de l’Alberta (ASIRT) a déclaré que la GRC cherchait à ce moment un témoin ou une victime potentielle à questionner au sujet d’une fusillade antérieure.

Le lendemain, les policiers ont découvert un homme endormi alors qu’il était stationné à une halte. Lors d’une confrontation, son véhicule a été «mis en mouvement» et un membre des forces de l’ordre a tiré avec un pistolet de service tandis que l’autre a déchargé une carabine, a indiqué l’ASIRT.

Clayton Crawford, qui avait 31 ans et qui semblait être un homme blanc, est décédé des suites de plusieurs blessures par balle.

Il y a quatre ans, un rapport du Police Executive Research Forum, établi à Washington, a expliqué pourquoi certaines tactiques, telles que tirer sur des véhicules en mouvement, ne devaient plus être utilisées.

À travers le Canada, les services de police ont mis fin aux poursuites à grande vitesse en raison de risques pour la sécurité publique.

Tirer sur des véhicules relève de la politique de la GRC sur le déchargement des armes à feu. Elle stipule que les agents ne doivent tirer sur une personne que pour se protéger ou protéger une autre personne contre «des lésions corporelles graves ou la mort».

«La politique note que décharger une arme à feu sur un véhicule à moteur est une méthode inefficace pour neutraliser un véhicule, explique la GRC par courriel. La politique précise en outre que les agents de la GRC ne peuvent décharger une arme à feu sur une personne dans un véhicule que si le véhicule est utilisé comme arme et qu’il n’existe aucun autre moyen raisonnable d’échapper au danger.»

Les dossiers judiciaires concernant Clayton Crawford montrent des antécédents de violence, notamment des condamnations pour voies de fait, possession d’une arme dangereuse et obstruction et résistance à un agent de la paix. La GRC n’a pas précisé si cela avait été un facteur dans la décision de tirer.

Mme Hudson dit croire que beaucoup trop de vies ont été perdues aux mains de la police alors que des tactiques de désescalade auraient pu être utilisées.

«Le coût est beaucoup trop élevé pour que nous ne regardions pas ces choses et ne disions pas: « Est-ce vraiment ce dont nous avons besoin? Cela nous assure-t-il la sécurité? », fait-elle valoir. Ou est-ce que cela aggrave de beaucoup une situation qui aurait dû être traitée d’une autre manière?»

Mme Hudson mentionne le cas de Chantel Moore, une femme autochtone tuée par la police au Nouveau-Brunswick la semaine dernière. Un policier s’était rendu chez elle pour effectuer une «vérification santé» et l’aurait trouvée avec un couteau à la main.

Christian Leuprecht, professeur de sciences politiques à l’Université Queen’s et au Collège militaire royal du Canada, affirme que les policiers canadiens utilisent la force meurtrière beaucoup moins fréquemment que leurs homologues américains.

«Nous avons des méthodes très différentes, nous avons des cultures policières différentes, nous avons des lois et des procédures très différentes», explique M. Leuprecht, qui a beaucoup écrit sur la surveillance policière.

«En raison de la prolifération des armes aux États-Unis, il est beaucoup plus courant que les membres utilisent leurs armes à feu, car il y a beaucoup plus de situations où ils sentent eux-mêmes que leur vie pourrait être en danger immédiat», ajoute-t-il.

M. Leuprecht soutient que la Cour suprême des États-Unis a interprété la législation de manière à ce que les officiers en uniforme «puissent faire à peu près n’importe quoi» tout en appliquant la loi sans être tenus responsables des impacts de leurs gestes.

«Au Canada, nous procédons à un examen civil indépendant chaque fois qu’une personne est blessée ou tuée lors d’une interaction avec la police», souligne M. Leuprecht.

Il relève deux cas au Canada où la police n’a pas utilisé ses armes lors d’attaques violentes.

La police de Toronto a arrêté Alek Minassian après qu’une camionnette eut foncé sur des trottoirs achalandés, tuant 10 personnes, en avril 2018. Lors d’une attaque similaire à Edmonton en 2017, la police a arrêté Abdulahi Sharif sans ouvrir le feu en sa direction.