Est-ce que les réseaux sociaux s’attaqueront au compte de Trump?

OAKLAND, Calif. — Au cours des quatre dernières années, le président Donald Trump a profité du statut spécial de «dirigeant mondial» sur Twitter et Facebook, tandis qu’il utilisait ses puissants réseaux sociaux pour colporter de la désinformation et s’attaquer à ses détracteurs.

Alors que les utilisateurs normaux auraient pu être suspendus ou même exclus des plateformes, les déclarations trompeuses et les attaques personnelles de M. Trump n’ont jusqu’à présent recueilli que des mises en garde.

Est-ce que les réseaux sociaux pourraient durcir le ton le 20 janvier, lorsque son successeur, Joe Biden, prêtera serment?

Voici quelques explications sur ce que les entreprises ont déjà fait — ou pas fait — et sur ce qui pourrait advenir dans les prochains mois:

— Pourquoi tant de micromessages de M. Trump sont-ils accolés d’une mise en garde?

Depuis qu’il a perdu l’élection présidentielle, Donald Trump répand des mensonges sur une prétendue fraude électorale et tente par ailleurs de délégitimer la victoire de Joe Biden. Dans la plupart des cas, Twitter et Facebook ont réagi en ajoutant des mises en garde aux lecteurs pour les inviter gentiment vers des sources d’informations fiables.

Mais ces mises en garde ne touchaient pas seulement les messages du président. Twitter en a publié des centaines de milliers depuis octobre, en vertu de sa politique «d’intégrité civique», visant à signaler les informations contestées ou potentiellement trompeuses sur l’élection, le processus de vote et les résultats.

Sur Twitter, plus d’une centaine de messages écrits ou partagés par M. Trump ont été étiquetés en vertu de cette politique depuis le jour du scrutin. Par exemple, celui du 15 novembre, où il a écrit: «J’AI GAGNÉ L’ÉLECTION!». On pouvait lire un message en dessous qui disait: «Plusieurs sources ont annoncé l’élection différemment». D’autres micromessages faux et trompeurs sur la fraude électorale portent la mention: «Cette allégation concernant la fraude électorale est contestée.» Lorsqu’on clique dessus, les utilisateurs sont dirigés vers des sources d’information fiables sur les résultats de l’élection et la prévalence de la fraude électorale, qui est extrêmement rare.

Facebook a également accolé des étiquettes sur de nombreux messages de Donald Trump sur les résultats des élections. Plus récemment, Facebook indique que «Joe Biden est le vainqueur prévu de l’élection présidentielle américaine de 2020».

— Qu’est-ce que Facebook et Twitter font différemment?

Les deux entreprises ont été plus incisives dans les mises en garde accompagnant les déclarations de M. Trump sur la fraude électorale et les résultats de l’élection, comparativement d’autres informations trompeuses relayées sur ses comptes pendant sa présidence. Mais Twitter en a fait davantage pour limiter la portée des messages, en accolant cette mise en garde et en appliquant d’autres freins avant qu’ils ne puissent être partagés massivement.

De nombreuses mises en garde de Facebook pouvaient être supprimées simplement en cliquant sur un «X». Les deux entreprises ont changé la façon dont elles ont caractérisé les déclarations de victoire de Donald Trump lorsque plusieurs médias, dont l’Associated Press, ont déclaré M. Biden comme étant le gagnant de l’élection. Twitter dit maintenant que «Plusieurs sources ont annoncé l’élection différemment», tandis que Facebook nomme Joe Biden comme le gagnant. Il est toujours possible de partager les messages étiquetés sur les deux plateformes, bien que des fenêtres tentent d’amener les utilisateurs à s’arrêter et à réfléchir avant de le faire.

— Est-ce que les mises en garde fonctionnent?

Selon certaines mesures — et les relations publiques, bien sûr — les entreprises de médias sociaux ont mieux réussi en 2020 qu’elles ne l’ont fait en 2016 en ce qui concerne la protection de l’intégrité des élections américaines. Mais certains détracteurs disent que les étiquettes à elles seules n’aident pas beaucoup, autrement que pour protéger les plateformes de réseaux sociaux, qui donneraient seulement l’impression qu’elles travaillent pour contrer la désinformation.

Si celles-ci continuent de permettre à M. Trump et à d’autres de propager de fausses informations sans conséquence autre que ces étiquettes, même des mises en garde sur chaque message ne suffiraient pas. En fait, si tous les messages avaient une mise en garde, elles perdraient de leur force.

Évidemment, les deux entreprises n’ont pas uniquement publié des mises en garde. Elles ont encouragé le vote, diffusé des informations fiables et surveillé les efforts d’ingérence étrangère et intérieure. Mais les avertissements ont été l’initiative la plus visible: elles sont faciles à voir, faciles à montrer, et sans doute, faciles à ignorer.

Les réseaux sociaux ont fait un pas dans la bonne direction, mais cela n’a pas été si efficace, estime Jennifer Grygiel, professeure à l’Université de Syracuse et experte en médias sociaux.

«Chaque plateforme a un profil de risque différent», a-t-elle soutenu. Dans le cas de Twitter, le risque vient d’être une plateforme en temps réel sur laquelle les gens se tournent pour obtenir des informations immédiates. Cela signifie qu’une mise en garde ajoutée à un micromessage 15 minutes seulement après son envoi est déjà trop tard. Facebook est moins immédiat, mais le risque vient avec la propagation. Si un message est étiqueté, mais peut continuer à se répandre, ce n’est pas suffisant.

— Qu’arrivera-t-il lorsque Joe Biden sera investi?

Donald Trump redeviendra un simple citoyen et en théorie, il devra se soumettre aux règles officielles des plateformes, comme tous les autres utilisateurs. Twitter exempte les «dirigeants mondiaux» de certaines règles, dont celles interdisant la glorification de la violence et l’encouragement du harcèlement. Cela signifie que même s’ils enfreignent les règles de l’entreprise, leurs micromessages peuvent rester derrière une étiquette d’avertissement. Il existe toutefois certaines règles qui sont interdites même pour les dirigeants mondiaux, comme la promotion du terrorisme ou la menace directe de violence contre quelqu’un.

Le 20 janvier, lorsque Joe Biden deviendra président, M. Trump perdra son statut de dirigeant du monde.

Sur Facebook, le grand changement est que les messages de Donald Trump pourront être vérifiés par des tiers.

Twitter et Facebook prévoient transférer les comptes officiels du gouvernement à M. Biden et son équipe le jour de l’investiture. Cela inclut les comptes @POTUS et @WhiteHouse sur Twitter et White House sur Facebook et Instagram.

— Est-ce que Donald Trump pourrait être exclu des plateformes?

Ce sera plus facile lorsqu’il redeviendra simple citoyen, mais les chances sont faibles. Toutes les vérifications de faits et les étiquettes contestant ses affirmations ne l’affectent pas lorsqu’il s’agit de son statut sur Facebook ou Twitter. Pour faire face à des répercussions telles que la suspension ou le renvoi définitif, il devrait enfreindre les règles des entreprises, dont du harcèlement ciblé ou des menaces racistes. La publication de fausses informations, à moins qu’elle ne soit extrêmement précise au sujet de la COVID-19 ou du processus de vote, ne compte pas.

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