États-Unis: certains républicains se méfient des vaccins

FRONT ROYAL, Va. — Dans cette portion rurale de la vallée de la Shenandoah, en Virginie, l’ancien président Donald Trump demeure extrêmement populaire.

On ne peut pas en dire autant des vaccins contre le coronavirus.

Laura Biggs, une femme de 56 ans qui a déjà survécu au virus, se méfie des vaccins, quoi qu’en disent les Centres de contrôle et de prévention des maladies et la Food and Drug Administration.

«Je n’ai pas besoin du vaccin en ce moment, a-t-elle dit. Et je ne me ferai pas vacciner tant que ce ne sera pas bien établi.»

Une telle position témoigne des défis qui attendent les responsables de la santé publique, au moment où les États-Unis intensifient une campagne de vaccination qui pourrait endiguer une pandémie qui a déjà fait plus de 530 000 morts.

Cette campagne pourrait toutefois piétiner si elle devient aussi controversée et polarisante que l’était le port du masque au début de la crise.

Si les sondages témoignent d’un recul généralisé des craintes face à la vaccination, l’opposition dans les rangs républicains demeure robuste. Selon le sondage Associated Press-NORC Center for Public Affairs Research, 42 % des républicains disent qu’ils ne se feront certainement ou probablement pas vacciner, comparativement à 17 % des démocrates — un écart de 25 points.

Même si la demande pour les vaccins demeure plus forte que l’offre presque partout au pays, on constate quand même un déclin de l’engouement en certains endroits. Le phénomène pourrait s’amplifier quand l’offre commencera à surpasser la demande à la fin du mois d’avril ou au début du mois de mai, a dit le doyen de la faculté de santé publique de l’Université Brown, Ashish Jha. 

«Ce sera une question centrale, a-t-il dit. Si on stagne à 60 % ou 65 % de vaccination, on constatera toujours des éclosions importantes et de véritables défis dans notre pays, et ce sera beaucoup, beaucoup plus difficile de revenir à ce nous considérons être ‘normal’ si on ne peut pas gonfler ce chiffre.»

Ron Holloway incarne les obstacles qui attendent les responsables de la santé. L’homme de 75 ans et sa femme de 74 ans habitent Forsyth, au Missouri. Ils ont tout deux un risque élevé de contracter le virus. Mais il martèle qu’ils ne se feront pas vacciner.

«Tout ça a été tellement exagéré et c’est n’importe quoi, a-t-il dit au sujet du virus. Nous n’avons même pas encore perdu 1 % de notre population. C’est tout simplement ridicule.»

Mme Biggs est une conservatrice de la Virginie qui a voté pour M. Trump. Elle dit que les divisions partisanes sont évidentes parmi ses proches et ses amis concernant toutes les facettes de la pandémie, y compris la vaccination.

«Les membres de ma famille qui sont plus à gauche ne sont pas sortis de chez eux depuis un an», a-t-elle dit, ajoutant que son mari et elle sont «allés partout. Nous avons voyagé plus en 2020 qu’à n’importe quel autre moment de notre vie… Je pense qu’il y a beaucoup d’hystérie et que les gens se sont enfermés dans une boîte.»

L’opposition de M. Holloway, qui travaille dans l’immobilier, va encore plus loin. Il se méfie des vaccins en général, mais aussi du gouvernement et des firmes pharmaceutiques. Il croit que le virus a été exagéré pour empêcher M. Trump, qu’il a appuyé, d’obtenir un deuxième mandat.

«Je ne pense pas que nous ayons besoin de vaccins. Je ne pense pas que c’est ce que Dieu voulait, a-t-il dit. La majorité de mes amis et des gens que je côtoie, les gens avec qui nous allons à l’église, nous ne portons pas de masque, nous ne sommes pas vaccinés. Je ne sais pas pourquoi les gens ont si peur de ça. Ce n’est pas pire que la grippe.»

La COVID-19, dans les faits, est nettement plus mortelle.

Les républicains sont sceptiques face à la pandémie. Les sondages AP-NORC ont constaté qu’ils s’inquiètent moins que les démocrates de l’infection et qu’ils s’opposent davantage aux restrictions et aux masques. Au cours des derniers jours, plusieurs d’entre eux ont demandé pourquoi ils devraient être les premiers à se faire vacciner alors que le virus ne les inquiète pas.

Pour convaincre les sceptiques républicains, croit le sondeur Frank Luntz, «il faut commencer par les faits et ajouter une couche d’émotion».

Certains pointent du doigt M. Trump, qui a souvent minimisé les dangers du virus même après avoir lui-même été hospitalisé, avoir eu besoin d’oxygène pour respirer et avoir reçu un traitement expérimental.

M. Trump a été vacciné avant de quitter le pouvoir, mais il l’a été discrètement et en privé, et cela n’a été dévoilé que ce mois-ci.

Et même s’il a profité d’un récent discours pour demander aux Américains de se faire vacciner, il n’a rien fait d’autre pour promouvoir la vaccination et il ne participe pas à une campagne publicitaire en compagnie des anciens présidents Barack Obama, George W. Bush, Bill Clinton et Jimmy Carter, et de leurs épouses.

Le principal expert des maladies infectieuses du gouvernement américain, le docteur Anthony Fauci, a dit dimanche que M. Trump pourrait avoir un grand impact s’il profitait de son influence auprès des républicains pour renverser leurs hésitations.

Mais M. Luntz croit qu’il est trop tard. Dans un groupe de discussion, une annonce présentant les anciens présidents a réduit l’intention des participants de se faire vacciner. Les participants ont aussi dit faire plus confiance à leur médecin qu’à un ancien président.

«Mon conseil aux politiciens est de se tasser et de laisser la place aux professionnels de la santé», a-t-il dit.

Pendant ce temps, l’administration Biden et d’autres responsables disent que des initiatives sont mises en place pour rejoindre les républicains, surtout ceux qui s’identifient comme étant des chrétiens évangéliques.

Le président Joe Biden a demandé aux médecins, aux ministres du culte et aux prêtres de parler de la vaccination à leurs communautés.

Certains comptent quand même se faire vacciner dès que possible.

Lenton Lucas, un homme de 51 ans qui habite Arlington, en Virginie, travaille pour les restaurants de son frère à Front Royal et livre des repas à ceux qui n’osent pas sortir depuis le début de la pandémie.

M. Lucas, qui est noir et républicain, a voté pour M. Trump. Mais là où il vit, dit-il, on s’inquiète surtout d’avoir accès aux vaccins. Et même s’il aimerait en savoir plus au sujet des vaccins «parce qu’il y a du pour et du contre dans tout», il a hâte de recevoir sa dose pour pouvoir passer plus de temps avec sa famille et sa mère de 70 ans.

«Pour qu’elle soit plus confortable, c’est ce que je dois faire, a-t-il dit. Ça doit être fait.»

– Par Jill Colvin et Heather Hollingsworth, The Associated Press

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