Études: les conservateurs mangent de la viande, les solidaires se déplacent en bus

MONTRÉAL — Les partisans d’Éric Duhaime mangent beaucoup de viande, ceux de la CAQ privilégient les déplacements en voiture alors que les solidaires sont nombreux à être écoanxieux. Voilà quelques conclusions provenant d’une étude des chercheurs de la Chaire de leadership en enseignement des sciences sociales numériques de l’Université Laval, qui ont créé l’application Datagotchi.

Si l’enjeu climatique s’impose comme un thème incontournable de la campagne électorale, l’importance que lui accorde l’électeur varie beaucoup selon le parti pour lequel il votera.

Par exemple, le Datagotchi, une application qui utilise les algorithmes pour sonder les préférences politiques, a questionné ses utilisateurs concernant la façon de se déplacer.

La question posée dans l’application était: «Quel moyen de transport utilisez-vous le plus régulièrement?».

Parmi les six choix de réponses, on trouve trois moyens de transport «verts», soit la marche, le vélo et le transport en commun, ainsi que trois moyens de transport «moins verts», c’est-à-dire la voiture, le véhicule utilitaire sport (VUS) et la moto.

Les transports «verts» sont utilisés par 48 % des partisans de QS, 31 % de ceux du PLQ, 30 % des péquistes, 14 % des caquistes et 11 % des conservateurs.

Sans grande surprise, ces données se reflètent dans l’offre politique des différents partis, a remarqué Alexandre Gajevic Sayegh, spécialiste des questions climatiques et professeur adjoint au Département de science politique de l’Université Laval.

«On voit qu’il y a seulement 14 % de l’électorat de la CAQ qui prend un transport vert, alors on comprend pourquoi ils sont aussi insistants sur des projets routiers, comme le troisième lien par exemple, et pourquoi on ne voit pas de volonté d’avoir des mesures solides d’écofiscalité. On comprend aussi pourquoi, un peu, la CAQ et le Parti conservateur ont étiqueté les mesures d’écofiscalité comme des mesures punitives», plutôt que de décourager les comportements polluants, a résumé M. Gajevic Sayegh.

Cette grande opposition entre les comportements des partisans de QS et ceux du PCQ est également présente dans les autres données de l’application Datagotchi qui sont en lien avec l’environnement et la crise climatique.

Par exemple, une analyse semblable a été réalisée concernant les habitudes alimentaires. Les partisans du Parti conservateur du Québec (PCQ) sont de loin ceux qui consomment le plus souvent de la viande, suivis par les partisans de la Coalition avenir Québec, du Parti libéral du Québec (PLQ), du Parti québécois et de Québec solidaire (QS), selon le Datagotchi.

Ainsi, 45 % des partisans du PCQ «mangent de la viande une fois par jour et plus», alors qu’ils ne sont que 16 % chez Québec solidaire.

QS a également la plus grande proportion de végétariens, avec 17 %, devant le PLQ à 7 % et le PQ à 6 %, alors que la CAQ et le PCQ sont égaux avec 4 % de partisans qui ne mangent pas du tout de viande.

Les citoyens qui utilisent l’application Datagotchi doivent répondre à des questionnaires en ligne et ils fournissent des détails sur leurs préférences et habitudes de vie.

Avec un nom inspiré du Tamagotchi, ce jeu populaire dans les années 90, l’application tente de deviner le parti auquel l’on prévoit voter aux élections provinciales du 3 octobre prochain, en analysant les habitudes de vie. Si elle se trompe, on peut alors indiquer la bonne réponse, permettant ainsi à l’algorithme de s’améliorer.

Les réponses aux questionnaires sur les habitudes alimentaires et les modes de transport utilisés proviennent de participants qui ont déclaré pour quel parti ils voteront le 3 octobre. Ces réponses ne sont donc pas des prédictions, mais bien des affirmations.

L’échantillon de 1500 répondants a été et pondéré sur la base de variables sociodémographiques (âge, genre) afin d’en assurer la représentativité.

«L’échantillon est très représentatif, c’est un échantillon assez fort de répondants pour le Québec, alors ce sont des données fiables», a fait valoir le professeur Gajevic Sayegh.

Tolérance variable envers une marche pour le climat

Les chercheurs de la Chaire de leadership en enseignement des sciences sociales numériques de l’Université Laval, qui ont créé l’application Datagotchi, ont également eu recours à des sondages classiques pour connaître l’opinion des partisans des différents partis politiques concernant l’environnement.

Ils ont demandé à 1500 répondants jusqu’à quel point ils seraient prêts à tolérer «une marche pour le climat» comme action politique «pour faire avancer la cause climatique».

À plus de 62 %, les partisans de QS sont les plus «tolérants» envers ce type de manifestation, suivis de ceux du PQ. Le parti d’Éric Duhaime se retrouve en troisième position, avec 45 %, devant le PLQ et la CAQ pour sa «grande tolérance» envers «la marche pour le climat».

La tolérance aux manifestations des conservateurs s’explique sans doute par «le penchant libertarien du chef», selon Alexandre Gajevic Sayegh.

«Il y a quand même un 20 % de conservateurs qui ne sont pas du tout tolérants, et c’est la même chose qu’on observe chez la CAQ et chez les libéraux», a ajouté le spécialiste des questions climatiques.

La Chaire de recherche de l’Université Laval a également réalisé que l’écoanxiété n’est pas partagée par tous les groupes de partisans.

Afin de déterminer le niveau d’écoanxiété des individus, ils ont demandé aux participants s’ils croyaient que les changements climatiques constituaient une menace à leur vie, si une catastrophe écologique majeure arrivera bientôt ou encore si les changements climatiques mèneront à la fin de l’humanité.

Environ 55 % des partisans de Québec solidaire se retrouvent dans la catégorie des individus «très écoanxieux». Entre 33 % et 36 % des partisans du PQ, du PLQ et de la CAQ se situent dans cette catégorie. Seulement 10 % des partisans d’Éric Duhaime sont très «écoanxieux».

«Au PCQ on voit que 70 % de l’électorat se dit aucunement écoanxieux. Ça veut peut-être dire que c’est un électorat qui n’a pas beaucoup de soucis pour la crise climatique parce que, en principe, on devrait avoir un certain niveau d’anxiété, si on comprend bien ce qu’est la crise climatique. Ce sont des chiffres qui sont quand même inquiétants», a résumé Alexandre Gajevic Sayegh.

Selon la Chaire de leadership en enseignement des sciences sociales numériques (CLESSN) de l’Université Laval, moins de trois semaines après son lancement, plus de 70 000 Québécois ont utilisé le Datagotchi, «permettant ainsi à l’algorithme d’offrir désormais des prédictions dont la marge d’erreur est remarquablement faible», selon les chercheurs de la CLESSN.

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