Examen d’une victime de viol: les commentaires de Blaine Higgs sont mal reçus

FREDERICTON — Les commentaires du premier ministre du Nouveau-Brunswick au sujet d’une victime de viol qui n’avait pas pu obtenir immédiatement aux urgences un examen médico-légal sont trompeurs et constituent une «gifle» pour les infirmières, a estimé vendredi une de ces infirmières examinatrices en cas d’agression sexuelle de Fredericton.

CBC a rapporté cette semaine qu’une femme de 26 ans qui s’était rendue à l’hôpital régional Dr. Everett Chalmers de Fredericton, le mois dernier, après avoir été violée s’est fait dire qu’il n’y avait pas d’infirmières disponibles pour effectuer immédiatement l’examen en cas d’agression sexuelle. 

On aurait demandé à la femme de rentrer chez elle pour la nuit, de ne pas prendre une douche et d’éviter d’aller aux toilettes, puis de revenir le lendemain matin pour être examinée par une infirmière spécialisée.

Dans une déclaration écrite, le premier ministre Blaine Higgs a qualifié d’«inacceptable» cette affaire, qui reflète selon lui «une procédure guidée par une prise de décision très médiocre et un manque de compassion».

Janet Matheson est une infirmière de 45 ans qui travaille comme infirmière examinatrice en cas d’agression sexuelle à l’hôpital de Fredericton, où cet incident a eu lieu. Elle estime que les commentaires de M. Higgs attaquent les infirmières et détournent l’attention des problèmes de santé urgents dans la province.

«Nous sommes jetés devant l’autobus, crucifiés en public», a déclaré Mme Matheson en entrevue. Ce qui s’est passé à l’hôpital de Fredericton n’était pas le résultat d’un manque de compassion, mais plutôt «la faute d’un système qui croule sous son propre poids» en raison d’une pénurie d’infirmières examinatrices en cas d’agression sexuelle, a-t-elle estimé.

«Je peux vous assurer que nous sommes extrêmement sollicités et que nous sommes probablement à personnel réduit à chaque quart de travail», explique Mme Matheson.

Elle soutient qu’à l’hôpital de Fredericton, il y a cinq infirmières examinatrices en cas d’agression sexuelle de garde et disponibles pour couvrir 90 % des heures d’ouverture de l’hôpital 24 heures sur 24. Or, il faudrait une ou deux infirmières qualifiées de plus pour couvrir les 10 % restants, soutient Mme Matheson.

Margaret Melanson, PDG du Réseau Horizon, a déclaré dans un communiqué plus tôt cette semaine que cette autorité sanitaire responsable de l’hôpital de Fredericton examinera son processus et ses protocoles pour le programme d’infirmières examinatrices en cas d’agression sexuelle.

«La patiente a fait absolument tout ce qu’elle devait faire dans sa situation, écrit Mme Melanson. Ce qui est arrivé à cette patiente est inacceptable. Nous devons améliorer la façon dont le programme est offert pour toutes les personnes qui en auront besoin à l’avenir.»

Mais Mme Matheson estime qu’elle et ses collègues n’ont pas eu de soutien de Mme Melanson et du premier ministre dans cette affaire. «J’ai accepté cette tâche parce que je veux simplement prodiguer les meilleurs soins possibles à quelqu’un qui passe la pire journée de sa vie, a-t-elle déclaré à propos de sa tâche d’examinatrice en cas d’agression sexuelle. Et j’ai juste l’impression qu’on n’en est pas conscient.» 

L’infirmière a déclaré avoir entendu deux de ses collègues dire qu’elles ne seront plus disposées à faire des quarts de travail supplémentaires en octobre jusqu’à ce qu’elles reçoivent des excuses du premier ministre et du Réseau Horizon.

Le premier ministre Justin Trudeau avait déclaré aux journalistes à St. Andrews, au Nouveau-Brunswick, plus tôt cette semaine, que l’incident était «horrible» et qu’il était «inacceptable qu’une survivante (d’agression sexuelle) soit confrontée à ce genre de réaction».

M. Trudeau a déclaré que le système de santé du pays subissait une pression «énorme», et il a souligné que son gouvernement avait investi 72 milliards $ supplémentaires dans les soins de santé depuis le début de la pandémie, et qu’il s’était «fortement engagé à investir davantage».

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.