Exclusion d’un tournoi: un jeune surpris d’être au centre d’un débat identitaire

VANCOUVER – Josiah Wilson a tatoué sur sa poitrine une inscription qui combine deux dates importantes: sa naissance et la mort de sa mère biologique quatre jours plus tard.

Le jeune homme de 20 ans, ayant été adopté bébé en Haïti, compte aussi sa carte de statut en vertu de la Loi sur les indiens.

Il a des racines africaines — mais légalement, culturellement et ethniquement, il s’identifie comme un membre de la Première Nation Heiltsuk.

Ce mariage n’est pas courant, mais M. Wilson a dit n’avoir «jamais vraiment eu de problème» avec son identité avant ces derniers jours, alors qu’il a été expulsé d’une compétition populaire de basketball des Premières Nations dans le nord de la Colombie-Britannique.

Son père a affirmé que le comité du tournoi avait fait valoir qu’il n’était pas suffisamment dans la lignée autochtone pour prendre part à la compétition réservée aux Premières Nations.

Les organisateurs n’ont pas pu être joints pour commenter.

La décision a non seulement fâché M. Wilson, sa famille et la communauté, mais a également soulevé des questions sur les paramètres utilisés pour définir l’identité et l’appartenance à un groupe.

«Il n’y a pas de honte à avoir de multiples identités», a affirmé Don Wilson, le père de Josiah, un médecin établi à Calgary né d’un père autochtone et d’une mère blanche, qui a grandi à Bella Bella, en Colombie-Britannique.

Il a dit croire que son fils était fier de son mariage haïtien et Heiltsuk, son statut adoptif et ses ancêtres.

«Josiah n’en a jamais fait de cas — d’être Noir et d’avoir un grand-père des Premières Nations, un père métissé et une grand-mère blanche. Il a une famille arc-en-ciel, a-t-il expliqué. Ce n’était pas étrange pour nous. Il semble que d’autres personnes de l’extérieur trouvent cela anormal.»

Josiah Wilson s’est dit surpris par l’attention soudaine sur son identité et l’implication sur la décision rendue par les organisateurs du tournoi.

«J’ai dit dans mes classes de 10e et 11e années que j’avais un statut autochtone. Ils répondaient ‘Ok. cool.’ Ce n’était pas un grand enjeu, a-t-il relaté. Et puis cette situation survient et tout le monde est à dire: ‘Oh mon Dieu’ et ça devient viral.»

Josiah Wilson a été apparemment exclu sur la base de la race, un critère controversé par rapport à celui de l’appartenance ethnique, a indiqué la professeure adjointe au département de sociologie de l’Université de la Colombie-Britannique, Wendy Roth.

La race est une catégorie sociale faisant généralement référence aux caractéristiques biologiques ou physiques, tandis que l’appartenance ethnique renvoie au cadre social et culturel dans lequel une personne grandit, a-t-elle fait valoir, ajoutant que les deux repères sont souvent les mêmes pour une personne donnée.

Mais ce n’est pas le cas pour Josiah Wilson — qui est de race africaine et d’appartenance ethnique aux Premières Nations —, et le comité du tournoi pourrait avoir confondu les deux en interprétant les règles, a dit croire Mme Roth.

«Il n’y a aucune raison d’appliquer un critère racial, plutôt qu’ethnique», a-t-elle affirmé.

La famille de Josiah Wilson envisage actuellement de déposer une plainte sur les droits de la personne, et il semble qu’il y aurait des assises pour une telle procédure.

Les plaintes reliées au statut indien réfèrent à la juridiction fédérale, ce qui signifie que si la famille Wilson va de l’avant, la plainte pourrait être soumise au Tribunal canadien des droits de la personne.