EXPLICATION: Trump ressuscite une histoire douteuse concernant Biden et l’Ukraine

Le texte du New York Post suscite cependant plus de questions qu’il n’apporte de réponses, notamment en ce qui concerne l’authenticité du courriel sur lequel il s’appuie.

WASHINGTON — Déterminé à saper la candidature de son rival Joe Biden à seulement deux semaines du vote, la campagne du président Donald Trump s’est emparée d’une histoire publiée par un tabloïd new-yorkais et qui ajoute des méandres étranges à une affaire que le président évoque souvent : la relation de M. Biden avec l’Ukraine.

Mais le texte du New York Post contribue plus de questions que de réponses, notamment en ce qui concerne l’authenticité du courriel sur lequel il s’appuie.

Les racines de l’histoire remontent aussi jusqu’à Rudy Giuliani, l’avocat personnel de M. Trump qui multiplie les allégations sans fondements concernant M. Biden et son fils Hunter.

Même si les courriels du Post sont authentiques, ils ne valident en rien les allégations de MM. Trump et Giuliani, selon lesquelles les actions de M. Biden ont été influencées par les activités d’affaires de son fils en Ukraine.

Voici ce qui se passe.

COMMENT LE FILS DE M. BIDEN S’EST-IL RETROUVÉ AU COEUR DE LA CAMPAGNE?

Hunter Biden s’est joint au conseil d’administration de la firme ukrainienne de gaz naturel Burisma en 2014, approximativement au moment où son père, qui était alors vice-président, aidait à façonner la politique étrangère de l’administration Obama envers l’Ukraine.

Rien ne permet de croire que l’embauche d’Hunter Biden a influencé la politique américaine.

Cela n’empêche pas M. Trump et ses partisans de répéter une théorie, largement discréditée, selon laquelle M. Biden aurait fait pression pour que le principal procureur ukrainien soit limogé afin de protéger son fils et Burisma.

M. Biden a bel et bien exigé le congédiement de ce procureur, qui était considéré comme inefficace et possiblement corrompu. Ces pressions reflétaient la position officielle de l’administration Obama et de nombreux pays occidentaux.

QUE RACONTE L’HISTOIRE DU NEW YORK POST?

Le courriel au coeur de cette histoire daterait d’avril 2015 et aurait été envoyé par Hunter Biden à Vadym Pozharskyi, un conseiller du conseil d’administration de Burisma. Dans un message bourré de fautes, M. Pozharskyi remercie Hunter Biden «pour m’avoir invité à (Washington) et m’avoir offert l’occasion de rencontrer votre père et de passer du temps ensemble. Ça a vraiment été un honneur et un plaisir.»

Il n’est pas clair si M. Pozharskyi a effectivement rencontré l’ancien vice-président. Selon la campagne Biden, l’agenda du candidat démocrate à ce moment ne fait aucunement état de la rencontre décrite par le quotidien.

COMMENT LE POST A-T-IL OBTENU CES COURRIELS?

C’est vraiment compliqué.

Le Post prétend avoir reçu de M. Giuliani un disque dur concernant les courriels. M. Giuliani répète que l’Ukraine essayait d’interférer avec l’élection de 2016 et que Hunter Biden pourrait s’être enrichi en monnayant l’accès à son père.

Le Post dit que les courriels se trouvaient dans les données récupérées dans un portable laissé à une boutique de réparations informatiques du Delaware en avril 2019. Le client, que le propriétaire de la boutique ne peut formellement identifier comme ayant été Hunter Biden, n’aurait jamais payé pour les réparations ou récupéré l’ordinateur. Le propriétaire aurait remis une copie du disque dur à l’avocat de M. Giuliani.

Le propriétaire de la boutique a refusé de répondre aux questions de l’Associated Press, mais il a déclaré à d’autres médias avoir communiqué avec la police fédérale américaine par le biais d’un intermédiaire et lui avoir fourni une copie du disque dur.

LES NOUVEAUX COURRIELS SONT-ILS AUTHENTIQUES?

Hunter Biden ne s’est pas exprimé publiquement depuis une semaine, notamment pour dire si le portable lui appartenait ou non. La campagne Biden n’a pas non plus répondu à cette question, mais l’avocat de Hunter Biden, George Mesires, a dit par voie de communiqué la semaine dernière que «nous n’avons aucune idée d’où ça sort, et nous n’accordons aucune crédibilité à ce que Rudy Giuliani fournit au NY Post.»

D’anciens responsables de la sécurité nationale et d’autres experts trouvent cet épisode inquiétant et y voient une possible tentative étrangère de désinformation, surtout compte tenu de l’implication de M. Giuliani et de son rôle dans la promotion d’un discours anti-Biden concernant l’Ukraine.

Mais John Ratcliffe, le directeur du service national de renseignements, a déclaré au réseau Fox lundi que rien ne permet de croire qu’il s’agisse bel et bien d’une tentative par une puissance étrangère d’influencer l’issue du scrutin.

SI LES COURRIELS SONT AUTHENTIQUES, ENDOMMAGENT-ILS LA CAMPAGNE BIDEN?

Ils pourraient avoir un certain impact, puisque Joe Biden a souvent répété ne jamais avoir discuté des affaires de son fils avec lui.

Mais les courriels ne fournissent aucun détail concernant une éventuelle rencontre entre MM. Pozharskyi et Biden, et ce dont ils pourraient avoir discuté.

Si M. Biden a bel et bien rencontré M. Pozharskyi, il ne serait pas le seul dirigeant américain à l’avoir fait. M. Pozharskyi faisait partie d’une délégation de Burisma qui s’est rendue à Washington en 2014 pour tenter de démontrer que la compagnie n’était pas corrompue.

COMMENT LES RÉSEAUX SOCIAUX ONT-ILS RÉAGI?

Des entreprises comme Twitter et Facebook, qui faisaient déjà l’objet de pressions pour s’autoréguler avant le vote, ont rapidement pointé l’article du doigt et en ont restreint l’accessibilité. M. Trump et ses partisans, dont des républicains du Congrès, ont crié à la censure.

Un porte-parole de Facebook, Andy Stone, a annoncé sur Twitter que la compagnie tentait de freiner la distribution de l’article sur sa plateforme.

Twitter a éventuellement permis à ses utilisateurs de partager un lien menant à l’article du Post.

QUEL EST L’IMPACT POLITIQUE?

À deux semaines du vote et en retard dans les sondages, M. Trump semble vouloir recommencer à s’attaquer à la famille du candidat démocrate pour mobiliser ses partisans.

Mais lors d’une élection dominée par la pandémie de coronavirus, il est loin d’être assuré que la stratégie de M. Trump plaira aux électeurs qu’il doit séduire, comme les républicains modérés ou les banlieusardes.

M. Trump a déclaré à Newsmax que le Post a pris M. Biden «la main dans le sac» avec des allégations «graves».

La campagne Biden met en relief l’implication de M. Giuliani, rappelant que ses «théories du complot discréditées et ses liens avec les renseignements russes sont bien documentés».

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