Extrémisme: un colloque pour comprendre les impacts de la pandémie sur la démocratie

MONTRÉAL — Afin d’étudier les impacts de la pandémie sur la démocratie, un colloque sur l’extrémisme, le populisme et les théories du complot aura lieu mercredi et jeudi au cégep Édouard-Montpetit. 

Le Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR) réunit pour cette occasion plusieurs experts québécois et internationaux sur la question.  

La percée de l’extrême droite et des théories du complot est mondiale, selon le directeur du CEFIR, Martin Geoffroy.  

Le colloque accueillera le chercheur français en psychologie sociale Sylvain Delouvée ainsi que le professeur à l’Université de l’Alberta Frédéric Boily.  

La conférence d’ouverture, par M. Delouvée, portera sur le complotisme comme outil de mobilisation collective.  

M. Geoffroy souligne que la pandémie a eu un impact sur la démocratie, car des mouvements extrémistes, souvent d’extrême droite, se sont servis des mesures sanitaires pour mobiliser les gens autour d’un agenda antidémocratique.  

L’accélération de la diffusion des théories du complot

Le directeur du CEFIR rappelle néanmoins que la pandémie de COVID-19 n’est pas responsable de cette polarisation, mais qu’elle a accéléré la diffusion des théories du complot.  

«Les gens étaient enfermés chez eux. Tout ce qu’ils avaient à faire, c’était d’aller dans des chambres d’écho et de regarder leur ordinateur, explique M. Geoffroy. Les recherches montrent que, quand on regarde notre ordinateur, ce qui va nous attirer, ce ne sont pas les colloques scientifiques, ce sont des photos de chats, des trucs comiques et… des trucs choquants.» 

Les influenceurs conspirationnistes ont surfé sur cette vague d’éléments choquants sur les réseaux sociaux pour attirer les gens dans leur chambre d’écho, les nourrir et leur soutirer de l’argent, selon le chercheur. 

Il explique que les personnes qui croient aux théories du complet, même si elles pensent avoir un groupe autour d’elles, peuvent se retrouver complètement isolées, de leurs proches notamment. «Elles peuvent alors se faire exploiter par des gourous qui vont leur siphonner tout leur argent, ajoute-t-il. (Elles sont) prêtes à tout perdre pour défendre des théories qui ne tiennent pas la route.» 

Du côté financier, il cite l’exemple des mouvements antivaccins, derrière lesquels sont notamment des naturopathes et des personnes proposant des thérapies alternatives. «Il y a donc un enjeu financier pour ces gens-là», ajoute-t-il, puisqu’ils vendent leurs produits ou leurs services. 

D’autres se présentent comme un média alternatif ayant besoin de fonds. Certains influenceurs complotistes sollicitent directement les personnes qui les suivent sur les réseaux sociaux pour des dons, comme Amélie Paul. 

Les mécanismes sociaux derrière le complotisme

Les chercheurs tentent de comprendre ce comportement. Ils observent aussi que, dans ces mouvements-là, les gens sont contre la démocratie. M. Geoffroy cite l’exemple du convoi des camionneurs à Ottawa, qui voulaient renverser le gouvernement. 

Quant aux liens avec l’extrême droite, il explique que lorsqu’on veut remplacer les institutions élues démocratiquement par des institutions qui seraient menées par nous-mêmes, c’est du cryptofascisme.  

Il rappelle cependant que les scientifiques ne sont pas là pour dire pour qui voter, mais pour comprendre quels sont les mécanismes sociaux et psychoaffectifs qui font qu’un individu va se mettre à croire à des théories du complot.  

Le colloque, qui est gratuit et ouvert au public, se déroule à Longueuil. Il est organisé en partenariat avec la Chaire UNESCO-PREV, le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) et l’Équipe Recherche et action sur les polarisations sociales (RAPS). 

Un bloc du colloque sera consacré aux dimensions idéologiques et politiques du mouvement anti-mesures sanitaires et un autre portera sur le mouvement QAnon. D’autres séries de conférences seront sur l’engagement dans l’extrémisme et ses dimensions psychosociales.  

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