Facebook a commis des «violations graves», selon le Commissariat à la vie privée

OTTAWA — Une enquête menée par le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada révèle que Facebook a commis des «violations graves» aux lois canadiennes et a failli à ses devoirs de protection des renseignements personnels dans la foulée de l’affaire Cambridge Analytica.

Devant le refus de l’entreprise d’admettre ses torts, le Commissariat pourrait même porter l’affaire devant la Cour fédérale afin qu’elle rende une ordonnance pour obliger Facebook à corriger ses pratiques.

Le commissaire à la protection de la vie privée, Daniel Therrien, estime que cette attitude de la part de Facebook est «très troublante» en raison de la quantité des renseignements personnels confiés par ses utilisateurs.

«Le cadre de protection de la vie privée de l’entreprise était une coquille vide et ses politiques de confidentialité étaient vagues. Par conséquent, les usagers ne bénéficiaient pas d’une protection réelle de leur vie privée», a-t-il indiqué par voie de communiqué.

Le Commissariat recommandait entre autres d’obtenir un consentement valable des utilisateurs et de leurs «amis» pour le partage d’informations privées par le biais du réseau social. Le partage de certaines informations sensibles devrait aussi être demandé avant ou au moment de cette communication à des tiers.

Facebook a refusé d’appliquer les recommandations mises de l’avant par le chien de garde de la vie privée du Canada. 

En conférence de presse, jeudi, M. Therrien a ajouté qu’il était «inacceptable» que la multinationale traite son rapport comme de «simples opinions». À son avis, cette attitude est «irresponsable» et «intenable» pour les utilisateurs.

À son avis, Facebook tient un double discours entre les promesses de confidentialité des informations sensibles des utilisateurs et la volonté de prendre les moyens d’y parvenir. «Il y a un écart immense entre la parole et le geste», a résumé M. Therrien.

L’enquête, menée de pair avec le Commissariat à l’information et à la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique, est survenue à la suite de plaintes et de reportages médiatiques sur une application de Facebook qui a recueilli des renseignements personnels.

Certains de ces renseignements ont été communiqués à des organisations, y compris Cambridge Analytica, une entreprise impliquée dans les campagnes électorales américaines.

Environ 600 000 Canadiens ont été touchés par cette divulgation des renseignements personnels à l’époque.

Le député néo-démocrate Charlie Angus, qui a déposé une plainte au Commissariat à propos des pratiques de Facebook, s’est réjoui de voir que ses suspicions étaient fondées. Il a donné son accord pour que le commissaire aille de l’avant avec une poursuite.

Appelé à commenter, le chef adjoint néo-démocrate Alexandre Boulerice s’est dit surpris par la pugnacité du commissaire.

«C’est rare qu’on a un commissaire à la vie privée qui tient des propos aussi durs envers une compagnie et ça, ça devrait inquiéter tous les citoyens et les citoyennes», a fait valoir M. Boulerice.

Mais ce recours devant les tribunaux pourrait prendre plusieurs mois. À l’approche des élections fédérales, le commissaire Therrien en appelle donc à la prudence dans le partage d’informations personnelles sur les réseaux sociaux.

«Il n’y a absolument aucune raison de croire que ce genre de chose-là, qui s’est produite avec Cambridge Analytica et les électeurs des États-Unis, ne puisse pas se produire au Canada», avertit-il.

Il appelle également le gouvernement qui sera élu en octobre à adopter des lois sur la protection de la vie privée qui auront plus de mordant, tant pour les entreprises que les partis politiques.

Réaction de Facebook

Dans une déclaration écrite transmise à La Presse canadienne, un porte-parole de Facebook s’est dit «déçu» que le Commissariat à la vie privée considère que les enjeux soulevés dans son rapport sont «non résolus». L’entreprise considère avoir collaboré à l’enquête en toute bonne foi.

«Il n’y a pas de preuves que les données des Canadiens ont été partagées avec Cambridge Analytica, et nous avons fait des améliorations majeures à notre plateforme pour protéger les informations personnelles des individus», soutient le réseau social.

Facebook dit avoir offert au commissaire des mesures concrètes pour souscrire à ses recommandations, dont accepter de se plier à un accord de conformité.

Depuis l’éclatement du scandale Cambridge Analytica, la multinationale dit avoir instauré des mesures pour limiter les cas d’abus d’utilisation d’informations personnelles et simplifié les procédures pour signaler les cas d’abus, entre autres.

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