Facebook prend des mesures pour lutter contre les fausses nouvelles

NEW YORK, États-Unis – Facebook prend de nouvelles mesures pour contrer le partage de fausses nouvelles sur le réseau social en se concentrant sur les «pires parmi les pires» délinquants et en faisant équipe avec des vérificateurs externes pour départager les véritables nouvelles des histoires inventées qui attisent les passions et les idées préconçues des gens.

Les fausses nouvelles touchent une vaste gamme de sujets, allant des traitements contre le cancer non prouvés aux canulars sur les célébrités, mais les fausses nouvelles politiques ont particulièrement attiré l’attention, en raison de la possibilité qu’elles aient pu influencer l’opinion publique et, du même coup, les résultats de la récente élection présidentielle aux États-Unis.

L’un des dirigeants de Facebook, John Hegeman, a déclaré en entrevue que l’entreprise croyait avoir l’obligation de lutter contre la propagation de fausses nouvelles, mais qu’elle prenait au sérieux son rôle, qui est d’offrir aux internautes une plateforme ouverte. Ce n’est pas le rôle de l’entreprise de départager le vrai du faux, a-t-il précisé.

LE PLAN

Facebook prévoit faciliter la façon dont les utilisateurs peuvent signaler qu’une nouvelle est fausse. Si suffisamment de gens font le signalement, Facebook soumettra la nouvelle à des organisations de vérification externes qui font partie de l’International Fact-Checking Network de l’institut Poynter.

Les organisations avec lesquelles travaille actuellement Facebook sont ABC News, l’Associated Press, FactCheck.org, Politifact et Snopes. Facebook précise que ce groupe s’élargira sans doute.

Les nouvelles qui ne passeront pas le test de la vérification ne seront pas retirées de Facebook. Elles seront toutefois signalées comme étant «critiquées» par des vérificateurs externes, de sorte qu’elles apparaîtront plus loin dans le fil de nouvelles des utilisateurs. Ceux-ci pourront cliquer sur un lien pour voir pourquoi elles ont reçu cette étiquette. Et s’ils décident qu’ils souhaitent malgré tout partager la nouvelle, ils pourront le faire, mais ils recevront un autre avertissement indiquant qu’elle est critiquée.

En signalant les nouvelles critiquées par de tierces parties plutôt qu’en les retirant du site, Facebook apaise les plus grandes inquiétudes des experts, qui craignaient que le réseau social ne se mette à agir en censeur sans avoir l’expérience nécessaire pour le faire.

LE PROBLÈME

Le grand patron de Facebook, Mark Zuckerberg, a déclaré que les fausses nouvelles ne formaient qu’un pour cent de ce qui se trouve sur le réseau social, mais les critiques estiment que cette donnée est trompeuse. Pour un site comptant près de deux milliards d’utilisateurs, même un pour cent représente beaucoup de nouvelles, surtout que le total inclut toutes les publications sur Facebook, soit les photos, les vidéos et les mises à jour quotidiennes, en plus des nouvelles.

Dans une étude publiée jeudi, le Pew Research Center révèle que près du quart des Américains admet avoir partagé une nouvelle inventée, la sachant fausse ou ne réalisant que plus tard qu’elle l’était. Quarante-cinq pour cent des répondants affirment que le gouvernement, les politiciens et autres élus ont un rôle à jouer pour empêcher les fausses nouvelles de retenir l’attention. Quarante-deux pour cent estiment plutôt que la responsabilité appartient aux réseaux sociaux et moteurs de recherche, et un pourcentage semblable croit que c’est au public de se responsabiliser.

LA PISTE DE L’ARGENT

Le premier pas de Facebook pour régler le problème des fausses nouvelles depuis l’élection américaine a été de publier une déclaration annonçant que les sites de fausses nouvelles ne pourraient plus utiliser son lucratif réseau de publicités. Mais les politiques de Facebook empêchaient déjà les sites partageant de l’information trompeuse d’accéder à son réseau publicitaire, un système automatisé plaçant des publicités sur des sites. Facebook affirme maintenant avoir éliminé la possibilité pour les entreprises de pourriels de se faire passer pour de véritables médias en imitant des noms de domaine.

S’attaquer au portefeuille des entreprises de désinformation pourrait être efficace.

«Google et Facebook sont les deux principaux sites pour la monétisation, explique Susan Bidel, analyste de Forrester Research. Je ne crois pas qu’il sera possible d’éradiquer complètement (les fausses nouvelles), mais elles pourraient atteindre un nombre plus facile à gérer.»

LES ROBOTS POUR CONTRER LES FAUSSETÉS

La principale approche de Facebook pour régler les problèmes a toujours été d’étudier les nombreuses données à sa disposition. En plus des vérificateurs humains, Facebook utilise également ses algorithmes pour s’assurer que les fausses nouvelles soient moins en évidence. Par exemple, si les gens ont moins tendance à partager un article après l’avoir lu, c’est «un bon signe que l’article était trompeur ou ne contenait pas vraiment d’information», croit John Hegeman.

Les fausses nouvelles ne disparaîtront pas de Facebook, comme c’est le cas pour la pornographie juvénile, les pourriels et les activités illégales. Ce n’est pas l’objectif du réseau social.

«Nous croyons que donner davantage de contexte pourra aider les utilisateurs à décider eux-mêmes à qui faire confiance et quoi partager», a écrit le vice-président des produits pour le fil de nouvelles de Facebook, Adam Mosseri.