Fausse alerte à la bombe sur la colline du Parlement: des sikhs exigent des réponses

OTTAWA — La police d’Ottawa fait face à des questions croissantes sur l’origine d’un faux signalement d’une «bombe» qui a conduit à l’arrestation de deux organisateurs d’un rassemblement de sikhs près de la colline du Parlement, samedi — certains réclament une enquête sur ceux qui ont contacté la police au sujet de ces deux hommes.

Marco Mendicino, ministre fédéral de la Sécurité publique, a rappelé mardi qu’il était illégal de lancer un canular, pour quelque raison que ce soit, mais il a aussi admis qu’il était tout aussi préoccupant qu’une fausse information alimente des préjugés systémiques. Le ministre a dit partager les inquiétudes de la communauté sikhe au sujet de cet incident.

«Je ne saurais trop souligner que s’engager dans tout type de canular dans le but d’induire la police en erreur, de dénigrer une communauté, d’alimenter les stéréotypes, c’est une erreur. C’est catégoriquement mal», a déclaré M. Mendicino mardi. Les décisions d’enquêter sur un canular potentiel sont prises de manière indépendante par les forces de l’ordre, a-t-il rappelé.

La police d’Ottawa, malgré des tentatives répétées de La Presse Canadienne, a refusé de répondre aux questions sur le récit des événements donné par les deux hommes, de fournir plus de détails sur la nature de la dénonciation qui a conduit aux arrestations, ou de confirmer si elle enquêtera sur ceux qui ont lancé ces allégations.

Dans une déclaration d’une ligne publiée lundi, le service de police a simplement précisé que l’enquête sur l’affaire était maintenant terminée et qu’aucune accusation n’avait été portée.

Le chef néo-démocrate fédéral, Jagmeet Singh, a souligné le traitement différent que cette dénonciation avait reçu de la part de la police, comparativement au «convoi de la liberté» qui a envahi le centre-ville d’Ottawa pendant plus de trois semaines en février.

«Lorsqu’il y avait sur la colline du Parlement des gens qui brandissaient des pancartes et des drapeaux liés à des organisations d’extrême droite, des organisations dangereuses, il y a eu très peu de réactions» de la police, a déclaré M. Singh. Le traitement des organisateurs du rassemblement sikh, sur la base d’un faux appel à la bombe, «montre clairement qu’il y a un problème avec la manière dont les menaces sont prises».

Enquête réclamée

L’Organisation mondiale des sikhs du Canada affirme que les autorités canadiennes devraient mener une enquête approfondie et poursuivre en justice les personnes impliquées dans l’information qui a mené à l’arrestation injustifiée de deux organisateurs d’un rassemblement sikh près de la colline du Parlement.

«La fausse alerte à la bombe visant un rassemblement sikh à Ottawa est profondément préoccupante», a déclaré Tejinder Singh Sidhu, président de l’organisation nationale. «Nous appelons les forces de l’ordre, y compris le Service canadien du renseignement de sécurité, à mener une enquête approfondie sur cet incident et à veiller à ce que les responsables de cette fausse menace soient poursuivis et tenus responsables.»

Brandon Champagne, porte-parole du SCRS, a déclaré que l’agence de renseignement travaillait en étroite collaboration avec les forces de l’ordre de tout le pays pour assurer la sécurité des Canadiens, mais a renvoyé les questions sur les enquêtes à la police d’Ottawa, qui «dirige l’enquête en cours sur l’incident».

Le Service de police d’Ottawa n’a pas confirmé qu’une enquête était en cours.

Les autorités ont publié peu de détails sur la «menace potentielle» qui a provoqué une évacuation du Parlement et la fermeture des rues environnantes pendant plusieurs heures, samedi après-midi. Après plusieurs heures, la police a déclaré qu’aucune menace pour la sécurité publique n’avait été trouvée et que le secteur était rouvert.

Manveer Singh et Parminder Singh ont pris la parole publiquement pour défendre leur réputation et pour tenter de savoir qui avait donné leur nom aux enquêteurs et pourquoi; ils se questionnent aussi sur la manière dont la police a traité ces informations.

Parminder Singh a qualifié cette expérience d’«irrespectueuse» et de «harcèlement».

Un rassemblement avec permis

Les deux hommes étaient les organisateurs d’un rassemblement commémoratif pour les victimes du massacre des sikhs en 1984 en Inde. Ils détenaient un permis pour organiser l’événement sur la colline du Parlement, mais à leur arrivée, on les a informés que l’accès avait été bloqué en raison d’une «menace», et ils ont alors déménagé dans un autre secteur à proximité.

Manveer Singh et Parminder Singh ont déclaré que peu de temps après le début du rassemblement, la police les a arrêtés et leur a dit que leurs noms étaient liés à une grave alerte à la bombe sur la colline du Parlement. Selon Manveer Singh, la police a affirmé qu’elle disposait d’«informations crédibles» le liant à cette menace.

La police a fouillé leurs voitures à la recherche d’explosifs avant de leur passer les menottes et de les emmener au poste, où ils ont été obligés de retirer leur turban et ont été interrogés, ont raconté les deux hommes. Manveer Singh a également dû retirer d’autres symboles religieux, dont un bracelet d’acier appelé «kara» et un kirpan.

Les hommes ont finalement été relâchés. Parminder Singh a déclaré que la police s’était excusée et avait déclaré l’avoir arrêté sur la base d’informations erronées. Les deux hommes ont déclaré que la police leur avait dit que les informations qui les reliaient à la menace provenaient de l’Agence des services frontaliers du Canada.

Rebecca Purdy, porte-parole de l’ASFC, a déclaré lundi que l’agence travaillait régulièrement avec les forces de l’ordre pour assurer la sécurité des frontières, y compris le renseignement et l’application des lois.

Robin Percival, porte-parole de la Gendarmerie royale du Canada, a déclaré mardi que pour des raisons opérationnelles et des enjeux de confidentialité, la police fédérale pouvait confirmer les détails liés aux enquêtes criminelles seulement lorsque des accusations ont été portées.

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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