«Féminicides zéro»: L’opposition accentue la pression sur le gouvernement

QUÉBEC — Les trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont accentué la pression sur le gouvernement Legault, mercredi, pour qu’il s’attaque de toute urgence et avec vigueur au fléau des féminicides, mais sans grand succès apparent à court terme.

Le gouvernement a refusé de débattre d’une motion visant à créer un nouvel organisme, soit un secrétariat qui serait voué exclusivement à coordonner toute l’action gouvernementale en matière de lutte aux violences sexuelles et conjugales.

Tous les partis formant l’opposition approuvent une telle initiative, qui faisait partie des 190 recommandations contenues dans le rapport d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale, qui a remis son rapport en décembre.

Le gouvernement Legault s’est dit préoccupé par la hausse récente du nombre de féminicides survenus au Québec, mais n’avait rien de nouveau à annoncer mercredi pour contrer le phénomène. 

Deux ministres avaient convoqué les médias en matinée: la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, et la ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, qui ont déploré la situation, sans toutefois apporter de solutions ou envisager de nouvelles mesures.

Dans un contexte de pandémie et de confinement, le phénomène a pris de l’ampleur depuis le début de l’année. Le Québec rapporte sept féminicides survenus au cours des sept dernières semaines. Dans le passé, on en comptait en moyenne une douzaine par année.

La motion de mercredi avait été présentée par Québec solidaire. Plus tôt, en point de presse, la députée et cheffe parlementaire Manon Massé a expliqué que le problème avait pris une telle ampleur qu’il fallait s’assurer qu’une ministre s’occupe de ce dossier «à temps plein» désormais, et qu’elle soit «directement branchée au bureau du premier ministre».

«On sait comment ça marche, ces partis-là, c’est le bureau du premier ministre qui ‘call la shot’. Bien là, il faut qu’il ‘call la shot’, parce que c’est assez, les féminicides au Québec.»

Plus tard, dans un deuxième point de presse, elle s’est montrée en faveur d’adopter le slogan «Féminicide zéro», pour qu’il devienne un «cri de ralliement» au Québec.

La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, a dit pour sa part que cette accumulation récente de féminicides la troublait «profondément». 

«Il y a une urgence d’agir», a-t-elle fait valoir en point de presse. «Il faut qu’il y ait une personne, au gouvernement, qui soit responsable de regarder ce qui se passe, puis de s’assurer qu’il y a un travail, un focus sur cet enjeu-là immédiatement», a dit la cheffe libérale, en ajoutant que l’enjeu de la santé mentale lié à cette question ne devait pas être négligé.

Le confinement et la pandémie ont entraîné beaucoup de détresse et elle dit espérer «que des mesures très fortes dans le budget» seront consacrées à la santé mentale.

Du côté du Parti québécois, on estime aussi que «l’heure n’est plus à la réflexion, ni aux discours d’intention. Le gouvernement doit agir et implanter des mesures urgentes et concrètes comme financer et mettre en place des cellules de crise visant à prévenir les homicides partout au Québec, la généralisation du programme d’évaluation des conjoints violents, et l’imposition du bracelet anti-rapprochement. Je le répète: ça a déjà trop tardé», a observé la députée Méganne Perry-Mélançon.

«Il va falloir qu’on ait quelqu’un qui chapeaute ces recommandations-là (du rapport d’experts), qui s’assure qu’elles soient mises en place, mais il faut aussi qu’on ait des cellules de crise partout au Québec», a-t-elle ajouté, faisant écho à ses collègues des autres partis.

Erreur de calcul

Du côté gouvernemental, on a affiché de l’empathie, mais on n’était cependant pas prêt à procéder à des annonces mercredi.

«Ça doit cesser cette violence envers les femmes», a dit d’entrée de jeu la ministre Guilbault, en mêlée de presse, en affirmant que le gouvernement en faisait déjà beaucoup pour prévenir et contrer la violence conjugale.

La ministre Charest a convenu que la pandémie aggravait la situation, estimant que les conséquences pour les femmes étaient plus graves «et les actes plus violents».

Les deux ministres ont invité les femmes victimes de violence à ne pas hésiter à demander de l’aide.

Mais leur message survient au moment même où le réseau des maisons d’hébergement des femmes victimes de violence conjugale se plaint du manque de ressources et du sous-financement gouvernemental chronique. C’est sans compter le fait que la demande augmente sans cesse, obligeant ces maisons à refuser chaque année entre 10 000 et 15 000 femmes qui crient à l’aide, à la recherche d’un refuge temporaire.

Des 24 millions $ promis par Québec au réseau en mars 2020, la grande majorité des régions (15 sur 17) attendent encore le chèque un an plus tard.

La ministre Charest avait pourtant dit durant le point de presse que seulement deux régions n’avaient pas encore reçu le financement attendu, une affirmation démentie plus tard par la Fédération des maisons d’hébergement.

Au total, Québec s’était engagé à verser au réseau 120 millions $ en cinq ans, ce qui n’ajouterait pas une seule place additionnelle. La fédération évalue à 50 millions $ le budget supplémentaire nécessaire pour mieux répondre à la demande.

La ministre Charest, qui soutient avoir rehaussé le financement du réseau, a dit que si plus de moyens financiers étaient nécessaires «on va mettre plus de moyens», au besoin, sans prendre aucune forme d’engagement. Elle a dit par la suite vouloir tout mettre en oeuvre pour sécuriser les femmes.

Mme Guilbault, qui est ministre de la Sécurité publique, a dit que la répression de cette violence était aussi à la hausse, avec un accroissement récent de 12 % du nombre de signalements à la police et de 45 % d’accusations reliés à des cas de violence conjugale.

Elle a aussi encouragé les hommes violents à demander de l’aide. 

À la population en général, elle a demandé de ne pas hésiter à dénoncer toute situation problématique dont elle pourrait être témoin.

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Exhorter « les hommes violents à demander de l’aide » s’avère déjà mieux, immensément, que juste parler « d’homme à homme », lorsqu’on est, soi, au faîte même de l’État, et que l’État, justement, eût pu faire mieux en amont et pourrait faire mieux, côtés législation, prévention*, police, Justice et, surtout, Éducation…

* « La violence des agneaux », Québec Amérique, 2019

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Il y a peu de temps aura-t-on pu entendre un premier ministre proposer de « se parler d’homme à homme ». A-ce «rapporté»? Était-ce approprié? Non et non.

Aux lendemains de telle exhortation, aussi mal venue et déplacée qu’incongrue, émanant de quelqu’un doté plus que quiconque d’autre du pouvoir de contribuer concrètement, significativement et rapidement, à faire régresser tant la quantité que l’atrocité de féminicides; s’en seront trouvé pour déplorer à raison la chose.

Tels Mickaël Bergeron in La Tribune et la professeure à l’UQAC, Catherine Flynn, in Le Quotidien. L’un arguant que « Ce paternalisme fait partie du problème. [et qu’il s’avère donc] Difficile de faire plus infantilisant ». L’autre disant « qu’en s’adressant directement aux hommes de cette manière, le premier ministre a pu soulever des sentiments de culpabilité et de honte, pouvant freiner la demande d’aide. […] et que le fait d’exacerber un malaise déjà grand, tel que l’a fait François Legault dans sa déclaration, peut être « contre-productif ». »

Contre-productif. Pas fécond. Contre-productif. Compris, monsieur le premier ministre?

La violence faite aux femmes ne l’est pas qu’au moyen d’agressions sexuelles, de coups ou de féminicides. Elle traverse la société et l’État. Elle est institutionnellement organisée ou tolérée telle. Structurelle, systémique, endémique. Qui, en effet, adulte, est le plus abusé en les déclarées deux plus grandes et importantes aires que sont la Santé et l’Éducation? Des femmes, très majoritairement.

Si bien qu’on serait passés d’un monde où la gent féminine écopait davantage, en enfantements après enfantements, contigus à obligation de disponibilité sexuelle; à un monde où, maintenant, en l’aire publique également, femme, t’es, encore, « moins avantagée ». Moins bien traitée ou considérée.

Ce gouvernement, avant de le devenir, proposait de faire passer des « tests de valeurs » aux nouveaux arrivants. Quid, donc, de s’il se questionnait plutôt sur pourquoi le travail de femmes est, trop souvent encore, considéré valoir moins que celui d’hommes?

Si, en effet, « la santé est sans doute le plus grand bien et le fondement de tous les autres biens »; comment se fait-il que la catégorie sociale en produisant ou en prodiguant le plus – de ce plus grand bien de tous -, se voit si souvent, si récurremment ou continuellement, contrainte d’en faire, elle, plus encore, pour « moins »…, et ce, trop souvent, jusqu’à s’en rendre… malade?

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