Femmes victimes de violence: des projets d’hébergement sans financement

MONTRÉAL — Les récents féminicides ont été dénoncés sur la place publique, mais où les femmes peuvent-elles se mettre à l’abri de la violence quand il manque de places en refuge? demandent des organismes dont les projets de maison d’hébergement et de logement social n’ont pas reçu les fonds espérés.

Ceux-ci viennent d’encaisser un coup dur: leurs projets viennent d’être mis «en suspens» et ne seront pas priorisés par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) dans le cadre de son Initiative pour la création rapide de logements (ICRL), financée par le gouvernement fédéral.

Les maisons d’hébergement dites de deuxième étape (MH2) sont celles qui accueillent les femmes après leur séjour en refuge d’urgence. L’Alliance MH2, qui avait déposé un projet auprès de la SCHL, incluant des unités adaptées pour des femmes à mobilité réduite à Montréal, vient tout juste d’apprendre son sort: c’est «non, pas maintenant». Pas moyen de savoir s’il le sera dans le futur, a indiqué Gaëlle Fedida, coordonnatrice aux dossiers politiques à l’Alliance MH2.

Pourtant, l’urgence est là, a-t-elle dénoncé mercredi matin en conférence de presse.

Il manque de places pour ces femmes: à Montréal, le taux de refus est de 75 %, a-t-elle rappelé. 

Ces maisons sont cruciales pour les femmes victimes de violence qui quittent leur milieu abusif, car elles visent justement la prévention de l’homicide conjugal. «La violence post-séparation» met les femmes particulièrement à risque, a-t-elle expliqué. Elle est surprise et s’explique mal que leur projet ait été refusé.   

«Dans le climat actuel où les féminicides en contexte conjugal se multiplient, où six femmes ont perdu la vie en un mois et demi au Québec, faisant 13 orphelins, il est consternant de voir ce projet tomber à l’eau. Si notre membre ne trouve pas d’alternative de financement d’ici trois mois, elle va perdre le terrain qui était réservé à cet effet. Et on sait qu’à Montréal, c’est une denrée très rare.»

Et après leur passage en maison de deuxième étape, ces femmes doivent habiter quelque part: c’est là que le logement social permet de maintenir le filet de sécurité qui doit être installé autour d’elles.

Malheureusement, les projets d’habitation de plusieurs organismes offrant du logement social aux femmes ont aussi été mis «en suspens», a ajouté Mme Fedida.

C’est le cas d’initiatives des Habitations l’Équerre de Sherbrooke, qui souhaitait offrir 12 chambres pour femmes vulnérables à Sherbrooke — il n’y a actuellement aucune maison de chambre dans cette ville, a souligné sa directrice générale, Denise Godbout —, et de la Fédération régionale des OSBL d’habitation de la Montérégie et de l’Estrie (FROHME).

À la mi-mars, la FROHME a appris que la SCHL refusait ses projets. «Une claque au visage pour le milieu communautaire», a lancé mercredi son directeur, Martin Bécotte.

L’organisme a dépensé 47 000 $ pour pouvoir déposer son projet auprès de la SCHL: il y a des frais d’architectes et d’ingénieurs, entre autres choses. M. Bécotte était particulièrement enthousiaste à l’égard de l’initiative ICRL qui permettait de bouger rapidement, beaucoup plus qu’avec le programme de financement Accès-Logis du gouvernement du Québec. Son organisme aurait pu livrer 26 unités d’habitation en juillet prochain, et cinq autres dans les mois suivants.

Les trois organismes déplorent le transfert de fonds du volet communautaire du ICRL du fédéral au provincial en janvier dernier, à hauteur de 115 millions $. Le gouvernement du Québec s’en sert pour financer des projets qu’il a déjà annoncés, et dont l’argent avait été réservé dans des budgets antérieurs, ne laissant pas de sous pour de nouveaux projets comme les leurs, ont-ils dénoncé.

Ils demandent au gouvernement du Québec de soutenir leurs projets d’habitations rapidement via les 115 millions $ obtenus de la SCHL dans le cadre de son récent programme, en plus de ceux déjà annoncés par le gouvernement du Québec dans ses budgets passés.

Sinon, «pour nous, ce sont 115 millions $ qui disparaissent, de pertes, en logement social», a dit M. Bécotte.

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