Fermeture des liaisons régionales d’Air Canada: onde de choc à Val-d’Or

VAL D’OR, Qc — L’annonce faite aujourd’hui par Air Canada d’abandonner plusieurs de ses liaisons régionales a créé une onde de choc dans la région de Val-d’Or. L’entreprise avait déjà mis fin à sa desserte entre Montréal et l’Abitibi, et devait réévaluer la situation le 8 septembre prochain. Mais il semble que le transporteur aérien va privilégier Rouyn-Noranda et laisser tomber Val-d’Or une fois que la desserte aura repris.

«C’est une histoire d’amour de plus de 50 ans qui se termine, déclare le maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil. C’est surtout une façon cavalière d’annoncer une nouvelle de cette importance pour notre région. Et ce n’est pas seulement le cas pour Val-d’Or, c’est le cas d’une région comme la Côte-Nord. On attend au 30 juin pour faire cette annonce, dans le temps des vacances pour certains et du congé de la fête du Canada pour d’autres. Un timing parfait, ironise-t-il.»

Le maire de Val-d’Or a du mal à comprendre la décision d’Air Canada. «En 2019, 20 878 personnes ont eu recours aux services d’Air Canada, ce qui représente une moyenne de 60 passagers par jour, précise-t-il. Il y avait un certain dynamisme chez la clientèle d’affaires, et Air Canada va perdre une bonne partie de sa clientèle.» Pour le maire de Val-d’Or, c’est une question pratique. «Air Canada fait le pari que les voyageurs de Val-d’Or vont faire une heure et demie de route pour aller prendre l’avion à Rouyn-Noranda. Or, je suis persuadé qu’il n’en est rien. Si on calcule, 90 minutes de route, au moins une heure d’attente à l’aéroport, plus une heure et demie de transport, on en est à quatre heures pour faire Val-d’Or-Montréal. En voiture, on est à Mont-Laurier en trois heures. Le gain n’est pas assez significatif pour prendre l’avion.»

La Chambre de commerce prépare la contre-attaque

La Ville de Val-d’Or, l’aéroport régional et la Chambre de commerce comptent rencontrer le transporteur aérien pour tenter de le convaincre de revenir sur sa décision. «Il y a un enjeu de correspondance pour plusieurs professionnels et gens d’affaires de Val-d’Or, avise Jérémi Fournier, président de la Chambre de commerce. Les services d’Air Canada répondaient à un besoin récurrent chez plusieurs de nos membres, notamment avec les trois départs par jour vers Montréal, ainsi que les vols de correspondance. Les conséquences seront majeures sur la communauté d’affaires.»

La possibilité de revoir une liaison Val-d’Or-Montréal ou Val-d’Or-Rouyn-Noranda ne se matérialisera pas avant trois ans. La directrice générale de l’Aéroport régional de Val-d’Or, Louise Beaulieu, n’entretient pas de faux espoirs. «Croyez-vous vraiment qu’ils (Air Canada) vont revenir dans trois ans? Un plus un, ça fait deux, dit-elle. Ça fait longtemps qu’Air Canada nous dit que c’est illogique pour une région comme la nôtre d’avoir deux aéroports. Ça n’a aucun sens.»

Des impacts insoupçonnés

Les trois intervenants s’accordent pour dire que les impacts négatifs sont importants pour Val-d’Or. «Plusieurs professionnels, que ce soit en santé ou en éducation, prennent l’avion pour venir dispenser des services, explique le maire Pierre Corbeil. Il n’y a pas que les voyageurs d’agrément qui seront touchés.» «Val-d’Or est un carrefour important pour le secteur minier, notamment en ce qui a trait aux cadres, qui sont tous à Vancouver ou à Toronto, explique la directrice générale de la Chambre de commerce, Hélène Paradis. Le corridor n’est pas que nord-sud, il est aussi est-ouest dans ce cas.»

De son côté, Louise Beaulieu ne croit pas que l’aéroport de Val-d’Or est en péril. «Nous avons quand même plusieurs vols nolisés qui amènent les travailleurs dans le Grand Nord, sur des sites miniers, précise la directrice de l’aéroport. Sauf que la fermeture complète des comptoirs d’Air Canada, ce sont des pertes d’emplois à Val-d’Or, et une perte de revenus pour nous.»

Les trois intervenants sont d’accord sur un autre point : Air Creebec peut et saisir l’opportunité qui leur est offerte. «Nous sommes privilégiés d’avoir un transporteur solide comme Air Creebec dans la région », indique Pierre Corbeil. «Cette rupture de services est des plus contraignante. Par chance, nous avons l’opportunité d’avoir une compagnie aérienne régionale, avec des horaires fiables, qui couvre le circuit Val-d’Or-Montréal», ajoute la directrice générale de la CCVD, Hélène Paradis.

Chez Air Canada, la porte-parole, Pascale Déry, a fait parvenir aux médias une déclaration expliquant la décision du transporteur. Elle y explique notamment que la pandémie a fait très mal à l’entreprise, et que la décision draconienne de réduire les liaisons vient directement du fait que la demande a chuté radicalement en raison de la COVID-19. «La Société perd présentement près de 20 millions de dollars par jour, de dire Mme Déry. Face à cette situation insoutenable, Air Canada n’a d’autres choix que d’adopter des mesures décisives pour alléger sa structure de coûts et ralentir l’épuisement de sa trésorerie. Ce qu’il faut aussi comprendre c’est que la rentabilité du réseau régional dépend des correspondances sur le réseau domestique et international : les routes régionales ne peuvent être maintenues seulement avec le trafic local. »

Texte de l’Initiative de journalisme local

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