Fertilité des garçons survivants de cancers pédiatriques: de nouvelles pistes à explorer

MONTRÉAL — Si la survie des enfants touchés par un cancer demeure l’absolue priorité, un autre défi se pose néanmoins pour les garçons qui reçoivent un traitement de chimiothérapie: pourront-ils devenir pères après? Une chercheuse québécoise dévoile de nouvelles données sur l’oncofertilité, un sujet sensible, et travaille pour préserver leurs chances d’avoir des enfants.

Les traitements de chimiothérapie sont utilisés pour traiter de nombreux cancers mais ils peuvent aussi avoir des conséquences néfastes.

L’une d’entre elles touche à la fertilité masculine.

La professeure et chercheuse à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) Géraldine Delbès, spécialisée en toxicologie de la reproduction, s’est penchée sur un groupe d’hommes ayant survécu à des cancers pédiatriques, soit des leucémies et des cancers du lymphome. Elle a réalisé cette étude avec des collègues de l’INRS et des oncologues et spécialistes de la fertilité du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et de l’Université McGill.

Leurs résultats soulèvent d’importantes questions sur les effets à long terme de la chimiothérapie sur les hommes, et sur leur qualité de vie post-traitement.

Parmi les choses qu’elle voulait vérifier, ceci: historiquement, beaucoup de gens de la communauté scientifique pensaient que les testicules pré-pubères sont «dormantes» et non sensibles à des expositions chimiques comme la chimiothérapie, a-t-elle expliqué, contrairement à celles des garçons ayant atteint l’âge de la puberté, qui arrive en moyenne vers 14 ans.

Elle a donc recruté des sujets adultes qui avaient reçu un diagnostic de cancer alors qu’ils étaient âgés de 14 ans et moins, et d’autres qui étaient alors âgés de 15 à 17 ans.

Après investigation, elle n’a pas noté de différence entre les garçons ayant reçu un diagnostic et un traitement de chimiothérapie avant et après la puberté, ce qui laisse croire que les plus jeunes ne sont pas à l’abri de problèmes de fertilité. Dans les deux groupes, «les patients présentaient un risque d’infertilité plus élevé en raison de l’absence ou de la faible quantité de spermatozoïdes produits».

Elle estime que «l’originalité de notre étude réside dans le fait que nous avons dissocié les effets avant et après la puberté et que nous avons observé que l’effet de la chimiothérapie ne semble pas dépendre de l’âge», a expliqué la chercheuse en entrevue avec La Presse canadienne.

Ces résultats doivent être poussés plus loin, juge-t-elle. Sa cohorte sous étude était composée de 13 adultes, un échantillon limité, causé par les difficultés de recrutement: elle devait trouver des survivants de ces deux cancers spécifiques, ayant reçu des diagnostics à un âge précis et qui n’avaient pas reçu de traitement de radiothérapie.

Les données récoltées sont importantes car elles sont rares, juge la chercheuse qui est la principale auteure de l’étude. «Et puis, l’effet de l’âge reste mal connu.»

Un autre objectif des travaux était de comprendre l’impact du type de traitement de chimiothérapie, souvent composée d’un cocktail de différents médicaments ou agents.

Avec son équipe et les coauteurs de l’étude, elle a noté une corrélation entre l’exposition à des agents alkylans, utilisés en chimiothérapie, et la quantité de sperme produite par les survivants.

L’idée est donc d’éviter ces agents pour en choisir d’autres, lorsque c’est possible: «la survie avant tout», martèle-t-elle.

D’ailleurs, les oncologues font d’ailleurs déjà de tels choix, souligne-t-elle.

Les travaux réalisés ont aussi relevé une corrélation entre les anthracyclines — une famille de médicaments anticancéreux, pourtant reconnus comme moins toxiques pour les testicules — et une moins bonne qualité du sperme.

«C’est une donnée nouvelle», dit-elle. Certaines données existaient chez les animaux mais pas sur les humains.

«Cela lance beaucoup de pistes de recherche», indique Mme Delbès.

Bref, elle souhaite valider ces résultats sur de plus grandes cohortes de survivants au cancer et pousser ses travaux pour trouver des façons de préserver la fertilité des garçons. L’une des avenues développée dans son laboratoire est de tester des molécules qui peuvent être administrées au patient en même temps que le traitement pour diminuer ses effets secondaires.

Mme Delbès est bien consciente que l’objectif primordial des parents qui apprennent que leur enfant est atteint d’un cancer est de le sauver. Ils ne sont pas en train de réfléchir à ses chances de pouvoir procréer plus tard.

Mais elle estime que les garçons, comme leurs parents, doivent être informés et avoir une discussion avec leur médecin à ce sujet.

Certains choix sont possibles, comme le type de molécules utilisées en chimiothérapie qui ont moins d’effet que d’autres sur la fertilité, dit-elle. Et dans le cas des garçons ayant atteint la puberté, leur sperme peut être prélevé et congelé avant le traitement de chimiothérapie. Il sera alors disponible plus tard s’ils souhaitent fonder une famille. Pour les garçons pré-pubères, il est évidemment impossible de conserver leur sperme.

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