Fertilité: des traitements liés à un risque un peu plus élevé de complications

MONTRÉAL — Quand les femmes désirent au plus haut point avoir un enfant et que cela ne fonctionne pas, plusieurs se tournent vers les traitements de fertilité. Mais elles ne savent peut-être pas toutes que certaines de ces options — surtout la fécondation in vitro — peuvent légèrement augmenter le risque de complications sévères pendant la grossesse, selon une récente étude canadienne publiée lundi.

Quand ils parlent de complications sévères, les chercheurs font ici référence aux infections graves, au risque d’hospitalisation aux soins intensifs au moment de l’accouchement et aux hémorragies.

Et l’incidence est un peu plus élevée pour la fécondation in vitro par rapport aux autres méthodes moins invasives, comme l’insémination ou l’induction de l’ovulation par la prise de médicaments.

Mais si le risque est un peu plus élevé pour les femmes ayant reçu un traitement de fertilité que pour des femmes n’en ayant jamais eu, ce risque demeure faible dans l’absolu, dit l’auteur principale de l’étude, la docteure Natalie Dayan. 

Les chiffres à l’appui sont les suivants: 30,8 femmes participantes à l’étude sur 1000 avaient vécu une complication grave pendant leur grossesse, comparativement à 22,2 femmes sur 1000 qui avaient donné naissance à un enfant sans avoir reçu quelque traitement de fertilité que ce soit. L’étude a comparé des femmes de caractéristiques similaires, comme l’âge au moment de la grossesse, a indiqué la chercheure.

Bref, ce nombre demeure faible, moins d’un pour cent, insiste la docteure Dayan, clinicienne-chercheuse à l’IR-CUSM et directrice de médecine obstétricale à la division de médecine interne générale du Centre universitaire de santé McGill.

L’étude, publiée dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ), a été menée par des chercheurs de l’Institut de recherche du CUSM, de l’Institute for Clinical Evaluative Sciences (ICES) et de l’hôpital St. Michaels de Toronto. Les chercheurs ont analysé les données provenant de 813 719 naissances dans des hôpitaux ontariens entre 2006 et 2012.

Cette situation peut concerner beaucoup de futurs parents: au Canada, un couple sur six est touché par l’infertilité, et bon nombre d’entre eux ont recours à des technologies de procréation assistée. Quelque 18 000 bébés voient le jour chaque année au Canada après des traitements de fertilité, est-il rappelé dans la recherche. 

Et au Québec, le programme d’aide financière du gouvernement a permis à beaucoup plus de couples qu’avant de pouvoir bénéficier de traitements de fertilité.

Pour la docteure Natalie Dayan, il est important de connaître ces données afin de pouvoir déterminer quelles sont les femmes les plus à risque, afin de leur assurer un meilleur suivi pendant la grossesse et leur éviter au maximum les problèmes de santé. 

Au Canada, le taux de complications graves est d’environ de 10 à 15 cas pour 1000 naissances.

La docteure Dayan souligne toutefois qu’il ne faut pas alarmer les futurs parents, malgré toutes ces statistiques: «Pour la plupart des femmes, les traitements sont quand même très sécuritaires».

«Mais c’est quelque chose qu’on devrait savoir avant une grossesse, ou avant un traitement. Et les femmes devraient être conseillées en pré-conception afin qu’elles puissent prendre une décision éclairée avec leur médecin.»

Et certaines devraient être suivies de plus près, juge la chercheure.

Cette étude, comme d’autres avant elle, démontre qu’une future mère âgée de plus de 40 ans et le fait d’être enceinte de jumeaux ou de triplets sont liés à un taux plus élevé de complications.

La recherche souligne toutefois cette limite aux résultats observés: on ne peut pas encore conclure si ce sont les composantes précises du traitement de fertilité qui contribuent aux complications chez la mère, ou bien le profil des femmes qui optent pour cette forme de traitement, est-il souligné.