Fillette de Granby: un «système complet a failli», selon l’enquête du CIUSSS

Au terme de son enquête interne sur la mort de la fillette de 7 ans à Granby, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie ne montre pas du doigt une personne, mais il blâme un «système complet», qui n’a pas réussi à protéger la petite victime.

Le CIUSSS de l’Estrie, qui englobe la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de la région, rendait publiques mercredi certaines parties de son enquête, sans aller dans les détails étant donné que plusieurs autres investigations sont en cours.

Ces constats généraux en viennent à la conclusion que c’est le «système» entier qui a failli à la tâche — ce qui inclut la cellule familiale et l’école.

«Pour protéger un enfant, c’est l’interaction de plusieurs partenaires. C’est pas seulement le réseau de la santé et des services sociaux», a expliqué le président et chef de la direction du CIUSS, le docteur Stéphane Tremblay, en conférence de presse à Sherbrooke.

La petite fille est morte à l’hôpital le 30 avril, le lendemain du jour où elle avait été retrouvée, mal en point, dans la résidence familiale. Le père de la fillette ainsi que sa belle-mère ont été arrêtés. La belle-mère est notamment accusée de meurtre non prémédité, alors que le père fait face entre autres à une accusation de négligence criminelle ayant causé la mort.

Le CIUSSS a toutefois admis que des erreurs ont été commises de son côté, notamment en ce qui a trait au transfert d’informations. «L’établissement est responsable; on n’a pas été capables au fil des sept dernières années de s’assurer que les intervenants puissent agir correctement avec des pratiques convenues, des pratiques connues», a reconnu le docteur Tremblay.

«Le transfert d’informations n’a peut-être pas toujours été géré de façon exemplaire, soit à l’intérieur de nos services, soit avec nos partenaires», a-t-il ajouté.

Personnel à bout de souffle

Le docteur Tremblay refuse toutefois de blâmer spécifiquement des personnes de son établissement, qui selon lui ont fait de leur mieux dans les circonstances.

«Ce n’est pas de la mauvaise foi des intervenants, ce n’est pas l’incompétence de nos intervenants, ce sont les limites qu’ils ont à travers leur travail au quotidien», a-t-il soutenu.

«Quand on rencontre le personnel, quand on les voit, ce que les gens nous disent c’est: « On ne réussit pas à faire ce qu’on devrait faire dans une journée. Ce qu’on fait en une journée, on n’est pas toujours capables de faire ce qu’on croit qu’on devrait faire ».»

Le CIUSSS est par ailleurs en train de réviser 1900 dossiers pour s’assurer que ces enfants soient bien pris en charge. À l’heure actuelle, environ 40 pour cent du travail est complété, a indiqué le docteur Tremblay.

Plusieurs recommandations

Dans ses 14 recommandations, le CIUSSS suggère notamment d’améliorer les communications à l’interne et à l’externe, et de permettre aux intervenants de visiter «le plus souvent possible» le milieu de vie des enfants.

Il recommande également de changer la Loi sur la protection de la jeunesse pour permettre d’intervenir auprès des conjoints qui ne sont pas les parents biologiques ou d’adoption de l’enfant.

Le CIUSSS souhaite aussi mettre en place des mesures pour attirer et retenir le personnel qui travaille en protection de l’enfance et de la jeunesse.

Carmant refuse de se prononcer

À l’Assemblée nationale, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a assuré que le gouvernement appliquerait les recommandations du CIUSSS.

Il n’a toutefois pas commenté les conclusions de l’enquête. «Il y a encore plusieurs enquêtes à venir. On va attendre les résultats de toutes les enquêtes», a-t-il répété.

Le décès de la fillette a provoqué une onde de choc à travers la province, entraînant la création d’une commission spéciale chargée de se pencher sur l’ensemble du système de protection de la jeunesse au Québec.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et le Bureau du coroner mènent également leur propre enquête.