Les États-Unis veulent se hâter sur l’ALÉNA avant les rendez-vous électoraux

Les États-Unis disent vouloir accélérer le pas pour tenter de conclure rapidement les négociations sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), arguant que des changements politiques attendus au cours des prochains mois pourraient compliquer davantage la tâche.

L’administration Trump a dit être prête à scinder les discussions dans des négociations bilatérales distinctes avec le Canada et le Mexique s’il y a échec à court terme de l’objectif principal de parvenir à un accord à trois.

Le représentant au Commerce des États-Unis, Robert Lighthizer, a évoqué trois élections plus tard cette année pour expliquer sa volonté de précipiter les choses: l’élection présidentielle au Mexique en juillet, les élections de mi-mandat aux États-Unis en novembre et les élections provinciales au Québec et en Ontario.

M. Lighthizer a aussi fait référence indirectement à une autre source d’inquiétude dans le paysage politique. Depuis quelques mois, des républicains à Washington ont exprimé discrètement leur crainte de voir leur parti perdre des sièges au Congrès, ou même d’y perdre la majorité, et de devoir composer avec une législature plus progressiste et protectionniste ayant la capacité de bloquer un éventuel vote de ratification.

M. Lighthizer n’a rien dit explicitement à ce sujet. Mais pour la première fois, il a exprimé publiquement le souhait de renégocier l’ALÉNA, de conclure les consultations requises et de procéder à un vote de ratification avant l’assermentation d’un nouveau Congrès en janvier 2019.

Cela impliquerait de finaliser une entente d’ici quelques semaines. La loi sur le commerce aux États-Unis requiert une période de consultations de six mois avec des comités du Congrès avant la tenue d’un vote.

«Il nous reste très peu de temps», a dit le représentant au Commerce des États-Unis, lundi, à la clôture de la septième ronde de négociations à Mexico, se tenant aux côtés de la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et du secrétaire à l’Économie du Mexique, Ildefonso Guajardo. 

«Tout cela complique notre travail. Je crains que plus nous prenons de temps, plus les vents politiques contraires vont se faire sentir… Nous devons régler nos enjeux en suspens bientôt pour maintenir la possibilité que cette mesure soit examinée par le Congrès actuel», a-t-il ajouté.

Les priorités des États-Unis

M. Lighthizer a dit être prêt à accélérer le rythme des discussions — en travaillant sans relâche pour faire une percée, a-t-il indiqué. Il a identifié les priorités des États-Unis: de nouvelles règles sur les pièces automobiles, des marchés publics plus axés sur le «Buy American» et des clauses permettant de maintenir des emplois en sol américain.

Et il envisage aussi autre chose: la scission des négociations en trois.

M. Lighthizer a fait des commentaires publics semblant confirmer des propos qu’il aurait tenus devant des membres du Congrès derrière des portes closes il y a quelques semaines — à la fin d’une rencontre, ces membres ont affirmé qu’il avait décrit les négociations avec le Canada comme étant difficiles, et qu’il était disposé à conclure des négociations d’abord avec le Mexique.

«Nous préférerions un accord tripartite. Si cela se révèle impossible, nous sommes prêts à agir sur une base bilatérale si un accord peut être conclu», a-t-il affirmé, lundi.

M. Lighthizer a exprimé sa frustration que seulement six chapitres aient été finalisés après sept mois de pourparlers — incluant trois de plus lors de la ronde à Mexico. Il a souligné que les trois pays devaient s’entendre sur 30 chapitres au total.

La ministre Freeland et le secrétaire mexicain voient les choses autrement. Tous deux ont répété qu’il était possible d’arriver à une entente. Selon la ministre Freeland, les trois pays ont fait de «solides progrès».

«Le Canada demeure résolu à poursuivre ses discussions constructives et en collaboration avec nos partenaires de l’ALÉNA», a dit Mme Freeland.

La ministre n’a pas raté l’occasion de répéter devant M. Lighthizer la réaction très négative du Canada à la perspective de l’imposition de tarifs sur l’acier et l’aluminium. Elle a réitéré que le Canada ne resterait pas les bras croisés devant pareille mesure.

Le président Donald Trump menace d’imposer un tarif de 25 pour cent sur les importations d’acier et de 10 pour cent sur celles de l’aluminium. Il reste sourd, jusqu’à maintenant, aux demandes du Canada qui estime que ces tarifs ne devraient pas s’appliquer à lui.

«J’ai décidé que c’était nécessaire aujourd’hui, en public, de soulever l’enjeu, et aussi de soulever l’enjeu avec l’ambassadeur Lighthizer», a expliqué la ministre Freeland, un peu plus tard, au cours d’une conférence de presse. «C’est un enjeu très important pour le Canada, mais les négociations de l’ALÉNA sont un enjeu séparé», a-t-elle tenu à préciser.

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