Fin de la surveillance des délinquants par des centres résidentiels communautaires

OTTAWA — Le meurtre de Marylène Levesque pousse le Service correctionnel du Canada (SCC) à reprendre en main la surveillance de tous les détenus en semi-liberté.

Presque un an après la mort de la jeune femme à Québec, le SCC, inspiré par une enquête sur cette affaire, annonce la fin prochaine des contrats de surveillance qui le lient aux Centres résidentiels communautaires comme la Maison Painchaud où habitait Eustachio Gallese.

Ces centres surveillent quelque 155 délinquants en semi-liberté au Québec.

Le comité d’enquête nationale conjointe sur les circonstances de la mort de Mme Levesque a publié son rapport jeudi matin.

Le 22 janvier 2020, Gallese, en semi-liberté, a tué la femme qu’il avait rencontrée grâce à une permission obtenue au printemps précédent de fréquenter des «établissements de massages érotiques». Cette permission, donnée par son agente de libération conditionnelle, lui avait été retirée par la Commission des libérations conditionnelles en septembre 2019.

À son procès, en février 2020, Gallese a reconnu avoir fait fi de cette interdiction. Il a plaidé coupable aux accusations de meurtre au premier degré.

Le comité a constaté des lacunes dans la gestion du cas et la surveillance de Gallese. 

«Considérant les difficultés de communication entre les organismes concernés, de la complexité de la hiérarchie dans la prise de décision et de la disparité des exigences de formation, le comité d’enquête est d’avis que la surveillance du délinquant ne répondait pas aux attentes minimales d’une gestion de cas adéquate», peut-on lire dans le rapport.

C’est ce qui conduit à la recommandation de retirer cette responsabilité à la Maison Painchaud, ce que le SCC fera dès le 31 mars. Le SCC examinera les contrats qui le lient à sept autres centres résidentiels semblables et reprendra toute la responsabilité de la surveillance.

Dans un courriel, la Maison Painchaud a dit prendre acte des constats du rapport et s’engage à les étudier «rigoureusement». 

Des quelque 2000 délinquants en semi-liberté, environ 155 sont surveillés par des organismes partenaires des autorités fédérales, un arrangement qui n’existe qu’au Québec et qui cessera. 

Réactions politiques

Cette affaire avait soulevé toute une tempête politique à Ottawa. Les partis d’opposition, les conservateurs en tête, avaient reproché au gouvernement de nommer des gens incompétents à la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Or, le comité d’enquête ne reproche rien à la commission.

Tout au plus, note-t-il que la décision écrite de la commission, suite à l’audience pendant laquelle on avait interdit verbalement à Gallese de fréquenter un salon de massage pour fins sexuelles, «pouvait porter à confusion» car «elle ne reflétait pas l’intégralité de ce qui avait été souligné par les commissaires à l’audience».

Dans la réaction initiale du Bloc québécois au rapport, aucune mention de la Commission des libérations conditionnelles.

«Nous comptons prendre plus longuement connaissance du rapport avant de se prononcer sur l’absence de recommandations sur les travaux de la Commission des libérations conditionnelles», a répondu le porte-parole bloquiste Julien Coulombe-Bonnafous lorsqu’il a été invité à expliquer l’omission.

Les conservateurs, eux, continuent de blâmer la commission. 

«Un criminel dangereux qui a brutalement assassiné sa conjointe, Chantale Deschênes, n’aurait pas dû avoir droit à la libération conditionnelle en premier lieu», écrit le député Pierre Paul-Hus dans un communiqué.

Que s’est-il passé?

Le comité d’enquête écrit dans son rapport «qu’une série de facteurs se sont enchaînés» et «ont contribué directement» au drame. 

Parmi ces facteurs: 

– La fréquentation par Gallese d’un salon de massage pour fins sexuelles à plus d’une occasion, dont trois autorisées par son équipe de gestion de cas. 

– L’absence de vérification des déplacements de Gallese. 

– Les difficultés de communication entre les intervenants de la Maison Painchaud et l’équipe de gestion du SCC «tout au long de sa surveillance dans la collectivité». 

Le comité d’enquête en arrive à cette conclusion: «Les lacunes présentes au niveau de la surveillance de ce cas ont contribué à l’incident.»

Des punitions à venir?

Dès l’an dernier, on a retiré la surveillance de délinquants aux employés du SCC directement impliqués dans le dossier Gallese. Maintenant que le comité d’enquête a remis son rapport, la commissaire du SCC, Anne Kelley, a lancé des enquêtes disciplinaires. 

«Ça va nous permettre de déterminer si d’autres mesures (…) sont requises», a offert Mme Kelley lors d’un point de presse jeudi matin pour commenter la publication du rapport. Mme Kelley n’a pas dit combien de ses employés sont sous enquête.

En mars dernier, Mme Kelley, qui témoignait devant un comité parlementaire, n’avait fait référence qu’à une seule agente de libération conditionnelle mise en cause, celle qui avait donné la permission de fréquenter des salons de massage.

Jeudi matin, comme elle l’avait fait l’an dernier, Mme Kelley a répété qu’elle a vérifié au sein de tout son service et pareille permission n’a été jamais été donnée à aucun autre détenu en liberté surveillée.

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