Financement politique: Charest est le suspect numéro un, selon Amir Khadir

QUÉBEC – L’ex-premier ministre Jean Charest est le suspect numéro un de malversations dans le financement politique du Parti libéral du Québec, a déclaré mardi le député Amir Khadir.

M. Khadir a affirmé lors d’un point de presse que M. Charest, qui a défendu l’intégrité de son gouvernement lundi, commandait une «machine» qui a commis des crimes.

«Le plus clair de cette période-là, c’est Jean Charest qui était à la commande de cette organisation, a-t-il dit. Alors, dire ça et le reste, ça veut dire que, s’il y a des pratiques frauduleuses, du trafic d’influence, des contrats gonflés, de la collusion, en définitive ça relève de celui qui avait les commandes de l’État.»

Selon le député de Québec solidaire, les gestes reprochés à l’ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau, arrêtée le mois dernier par l’Unité permanente anticorruption (UPAC), relèvent également de la responsabilité de M. Charest.

«Je soupçonne qu’il a été à la commande de la machine qui a commis ces crimes, a-t-il dit. Je soupçonne que c’est lui qui décidait en dernier lieu que oui ou non on opérait comme ça. Je soupçonne donc que les choses qu’a faites Mme Normandeau et qui ont conduit l’UPAC à l’accuser en matière criminelle relèvent aussi de la responsabilité de M. Charest.»

M. Khadir a exprimé le souhait que l’UPAC poursuive son travail, même si cela nécessite l’arrestation de M. Charest.

«C’est sûr que dans la tête des gens M. Charest est gravement accusé, c’est le premier suspect dans toutes ces affaires-là», a-t-il dit.

Alors que le premier ministre Philippe Couillard a pris ses distances la semaine dernière des pratiques de financement à l’époque de M. Charest, M. Khadir a estimé qu’il nuit à sa crédibilité en tentant de nier qu’il était au courant de malversations dans le financement politique du PLQ.

«S’il est la personne intelligente qu’on sait, capable de discernement, capable de savoir ce qui se passe alentour de lui, il ne pouvait pas ne pas savoir», a-t-il dit.

En concluant cette charge contre ses adversaires, M. Khadir a mis au défi M. Charest de le poursuivre en diffamation.

«Je mets au défi M. Charest, s’il pense le contraire, qu’il n’est pas suspect d’avoir collaboré, orchestré ce que ses ministres ont fait, qu’il me poursuive en justice», a-t-il dit.

Un porte-parole de M. Charest, Grégory Larroque, n’a pas donné d’indication précise sur le moment où une poursuite pourrait être intentée.

«Nous prenons bonne note de la déclaration de M. Khadir et agirons en temps et lieu», a-t-il écrit dans un courriel.

M. Larroque a accusé le député de QS de propager des exagérations sans fondement.

«De toute évidence, M. Khadir souffre d’une obsession à l’endroit de M. Charest, ses propos sont totalement gratuits», a-t-il dit.

Lundi, M. Charest s’en est remis aux enquêtes en cours ainsi qu’au processus judiciaire pour déterminer si des personnes sont responsables de malversations au PLQ.

La ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, a noté que l’arrivée de M. Couillard à la tête du PLQ, en 2013, avait été précédée par certaines pratiques douteuses.

«Je ne dis pas que dans le passé, peut-être, il y a eu des comportements douteux par certaines personnes», a-t-elle dit.

Mme de Santis est revenue sur ses propos de la semaine dernière, quand elle a affirmé que les objectifs de financement de certains membres du gouvernement Charest, qui excédaient 100 000 $, étaient des «peanuts».

«Je suis très, très désolée si on a pu comprendre que je voulais banaliser les pratiques douteuses du passé, a-t-elle dit. Ce que je voulais dire, c’est que je suis fière qu’au Québec on a pris des décisions à la fin des années 2000, dont peut-être dans les autres juridictions canadiennes, on pourrait s’inspirer.»

Le chef péquiste Pierre Karl Péladeau a estimé que M. Charest ne pouvait pas ignorer les gestes qui ont mené à l’arrestation de Mme Normandeau et de l’ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté, relativement à des allégations de trafic d’influence.

«Ça ne m’apparaît pas plausible», a-t-il dit.

Selon M. Péladeau, M. Couillard rejette toute responsabilité sur le gouvernement M. Charest, dont il a été le ministre de la Santé, pour éviter d’avoir à expliquer certaines contributions.

«Il ne souhaite pas le faire parce qu’il a certainement des choses à cacher», a-t-il dit.

Le chef caquiste François Legault a répété que M. Couillard devrait s’engager à rembourser tout le financement que le PLQ pourrait avoir reçu illégalement depuis 1996, soit davantage que ce qu’exige la loi, qui fixe le délai de prescription à sept ans.

«M. Couillard essaie de se distancer de Jean Charest, mais, en même temps, il veut garder l’argent qui a été collecté pendant l’ère Jean Charest, a-t-il dit. Donc, il n’y arrivera pas.»